Une musique classique aux notes électroniques

AlexPar Alex  •  23 Juin 2017 à 09:15  •  Magazines  •   7 views

Tout commence avec “Wintermusik“ de Nils Frahm. Cet album lumineux du pianiste allemand m’est tombé dans l’oreille avec la délicatesse d’un flocon de neige. Ce compositeur m’a fait découvrir le monde de la musique instrumentale et, par la suite, ce que j’appellerai la classique-pop ou l’électro-classique. Nous pourrions regrouper tous les deux sous l’appellation néo-classique. Mais notre distinction nous semble importante pour mieux comprendre l’évolution d’un métissage entre tradition et modernité.

Les deux genres susmentionnés, a priori, n’existent pas. Et c’est peut-être très bien ainsi puisque les catégories n’ont jamais défini la musique. Bien au contraire, elles enferment les émotions des compositions originales dans des boîtes bien trop hermétiques. Mais elles nous aideront à réfléchir à certains changements musicaux peut-être innovateurs de manière claire et concise.

Qu’entendons-nous dès lors avec le qualificatif classique-pop ? Concrètement, il est valable pour tout(-e) musicien(-ne) qui s’appuie sur une formation classique et transforme des bases techniques très solides en des morceaux extrêmement abordables, plus populaires et originaux.

C’est notamment le cas d’Andrew Bird. Le violoniste américain prend un malin plaisir à faire le grand écart entre la musique classique à caractère expérimental (“Uselesse Creatures“, “I Want to See Pulaski at Night“, “Echolocations : Canyon“) et des albums de sonorités plus actuelles (“Noble Beast“, “Break It Yourself“, “Noble Beast“, “Hands of Glory“ ). Il compose, en équilibriste, sur la corde sensible entre musique classique et populaire. Il suscite déjà ou suscitera peut-être par là de la curiosité auprès des plus mélomanes d’entre vous qui iront par exemple, grâce à lui, écouter une sonate pour violon de Bach. Et peut-être qu’ils continueront l’exploration de la musique classique et découvriront toute la richesse de l’Histoire de ce genre musical.

Citons quelques musiciens de la même trempe qu’Andrew Bird dans le désordre : Sufjan Stevens, à la fois chef d’orchestre et songwriter fascinant, l’excellent “Planetarium“ de Nico Muhly, Peter Broderick aussi créatif dans ses productions instrumentales (“Float“, “Docile“, “Keys“) que touchant dans ses albums plus pop (“Home“, “How They Are“, “Colours Of The Night“) et Agnes Obel qui laisse parfois une place importante à des morceaux instrumentaux (“Aventine“). Enfin, The Cinematic Orchestra dès 2007 (“Ma Fleur“) et Message To Bears dès 2009 (“Departures“) appartiennent aussi aux artistes qui souhaitent peut-être “rafraîchir“ la musique classique. Nous oublions certainement de nombreux artistes qui vont dans le même sens. Tout conseil musical sera évidemment la bienvenue.

Erased Tapes et l’expérimentation électro-classique

Venons-en à présent au rôle du piano dans l’émergence d’une musique électro-classique. Autrement dit, la convergence entre des compositions construites en mouvements et des séquences électroniques. Quand la modernité rencontre l’Histoire de la musique.

Erased Tapes mérite une mention spéciale. En effet, le label londonien s’active depuis sa création au rapprochement entre la musique classique et la musique électronique. “Wintermusik“ de Nils Frahm a justement été publié dans cette maison de disque en 2009, tout comme un autre acteur important de ce virage numérique – à défaut d’une désignation plus appropriée : Olafur Arnalds et son “Found Songs“. Les morceaux n’y sont pas encore teintés de nappes électroniques, mais les espaces de silences ne manquent pas pour intégrer des innovations mélodiques.

Le véritable changement intervient plus tard. D’une part, Olafur Arnalds sort “…And They Have Escaped The Weight Of Darkness“ en 2010 toujours chez Erased Tapes. Ici, nous entendons les premiers arrangements électroniques. S’en suit “For Now I Am Winter“ chez Mercury Classics en 2013. Un album, certes, en demi-teinte, mais qui exprime une vraie volonté de combiner des bases techniques solides avec du chant plus populaire et des bidouillages électroniques. Comme quoi les maisons de disque de musique classique ne semblent pas indifférentes au phénomène.

D’autre part, Nils Frahm publie “Spaces“ en 2013, encore chez le même label. La tournée qui suit la sortie de l’album est notamment marqué par des improvisations interminables où les câbles gagnent en importance par rapport aux notes de piano (live au Montreux Jazz Festival). Les deux musiciens se retrouvent par la suite pour une improvisation d’une nuit en 2016 (“Trance Frendz“). Par ailleurs, Olafur Arnalds fait le pas définitif vers la musique électronique avec un side-project (“Kiasmos“) qui ressemble bien plus à Bonobo qu’à Debussy. S’il y a, parmi vous, des curieux qui souhaiteraient s’intéresser de plus près à ce métissage, et bien, le catalogue des artistes du label Erased Tapes sera assurément une bonne porte d’entrée pour d’autres découvertes de ce type.

Un rapprochement nécessaire ?

Nous terminons donc par une question : quel intérêt a la musique classique de s’approcher de la musique électronique ? Concrètement, le mélange pourrait créer des sonorités parfaitement nouvelles ou produire des réinterprétations électroniques et donc innovantes de Beethoven par exemple. Et, commercialement, il pourrait attirer un nouveau public aux différents festivals de musique classique de qualité en Suisse romande (Lavaux Classic, Verbier Festival).

Et peut-être qu’un jour nous verrons la collaboration entre un DJ de renom et un compositeur de musique classique contemporaine. En même temps Outkast a déjà samplé le ‘Treulich Geführt’ de Wagner et les Cunninlynguists l’ont fait avec le ‘Violin Concerto in D, Op. 35 – 1. Allegro moderato’ de Tchaïkovski. Comme quoi, nous sommes sur la bonne voie.

 
Auteur:

Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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