Thrice – « To be Everywhere is to be Nowhere »

PatrickPar Patrick  •  31 Mai 2016 à 17:48  •  Albums  •   7 views

Thrice c’est un peu l’histoire d’une vie. Un début très rebelle, l’expérimentation et l’âge adulte. Ce qui est bien, c’est que le groupe m’a suivi dans mon évolution. Après une pause de cinq ans, Thrice revient au sommet de son art.

En 2000, il y a eu «Identity Crisis» un mélange punk porté sur les bases de l’emocore, pas encore larmoyant. Une entrée tonitruante qui n’a laissé que peu de monde indifférent. Des morceaux comme ‘Phoenix Ignition’ ou ‘T&C’ résonnent encore dans les têtes mouvantes des adolescents de l’époque. Je m’en souviens comme si c’était hier, «Identity Crisis» est mon tout premier album acheté en ligne. Dingue! Après le bon, il y a eu le très bon. Deux ans à peine ont suffi à Dustin Kensrue et ses potes pour pondre «The Illusion of Safety». Débarqué en pleine mode emocore, c’est un carton. Mais il faudra attendre dix-huit mois pour que les Californiens, boulimiques des studios, sortent la merveille de toute une génération.

«The Artist in the Ambulance» porte Thrice au firmament. Un véritable patchwork qui nous a fait voyager au gré de leurs influences. Une réussite totale et difficilement égalable. Evidemment, la suite a déçu. Ils se sont perdus dans des expérimentations qui désespéraient les fans de retrouver l’immense joie d’un «The Artist in the Ambulance». Pourtant, avec le recul, il n’y a rien à jeter. Les phases moins hardcore, moins emocore de «Vheissu», «Beggars» ou «The Alchemy Index» montrent une évolution dans la composition et le mode créatif de Thrice.

Changement de méthode

Ces essais, mêlés aux cinq ans de hiatus et essais de chacun offrent aujourd’hui «To be Everywhere is to be Nowhere». En quatre jours depuis sa sortie, il a déjà tourné dix-huit fois dans ma boîte à disque numérique. Auparavant, trois morceaux nous avaient été distillés: ‘Blood on the Sand’,  ‘Death from Above’ et ‘Black Honey’. Trois éléments très disparates. Il m’était très difficile d’imaginer un liant entre ces individualités. De très bons singles, certes, mais j’avais peur pour l’album dans son entier.

Le final est, pourtant, époustouflant de justesse. Les anciens forçats du studio se sont mués en intermittents de la sono. Ils se sont retrouvés quand cela leur chantait. Parfois plusieurs jours sans aligner une note. L’idée générale devait pourtant bien être ancrée dans la tête de chacun tant le résultat est unitaire. Au revoir l’emocore, au revoir le punk, au revoir le hardcore. Ici, nous avons affaire à un rock sombre d’une pureté inébranlable.

Thrice version tout public… ou presque

Plus facile à l’écoute pour le grand public, «To be Everywhere is to be Nowhere» tend à la limite vers pop-rock bien ficelé sur ‘Stay with me’ ou ‘Blood on the Sand’. Mature, adulte, Dunstin Kensrue sait à qui il s’adresse. Des gars d’une trentaine d’années qui ont connu un début de millénaire aux sonorités alternatives. Comme nous, il a grandi. De fines touches plus simples – mais pas simplistes – pour réussir à faire passer des titres plus pointus tels ‘Whistleblower’, ‘The Long Defeat’ ou le fantastique ‘Black Honey’.

Ce dernier exemple est l’apothéose d’un succès programmé. Parfait en tout point, le single officiel amène tout ce que les fans de longue date attendaient et tire l’oreille des béotiens. Une introduction simple et efficace, un refrain qui tourne dans la tête et une seule envie: l’écouter en boucle. C’est un peu le syndrome «The Artist in the Ambulance» qui se répète douze ans après. Je sais déjà que dans vingt ans ce «To be Everywhere is to be Nowhere» tournera encore et que je connaîtrai toujours par cœur les paroles de ‘Black Honey’ et ‘Wake Up’.

Nous ne sommes même pas au mois de juin, pourtant je connais déjà le nom de mon album de l’année. Sûrement le vôtre aussi.

 

« To Be Everywhere Is To Be Nowhere »

Thrice
2016
 
Auteur:
Patrick

Un jour je chasserai la marmotte. En attendant j’écris bénévolement des articles sur des groupes obscurs pour me payer l’attirail nécessaire afin de réaliser mon rêve. La vie, c’est pas facile.

Dans le même genre...

La sensualité enserre la musique de Warhaus d'une étreinte à la fois ferme et délicate.

Préparez vos oreilles, Metz est de retour... et avec Steve Albini aux manettes.

Les punks de Hateful Monday sont de retour avec un nouvel album.