Terre de sang, terre chérie, terre catalane

RaffaelePar Raffaele  •  8 Jan 2015 à 17:01  •  Espagne, Tour du Monde  •   1 view

Un jour en 2003, un évènement remarquable s’est déroulé au cœur de Genève. C’était pendant le 4ème festival antiraciste et antifasciste à l’Usine, à l’époque où cet évènement au décor improbable existait encore. Pendant trois jours, une marée humaine de centaines de punks venus de l’Europe entière a investi le centre alternatif de la cité de Calvin.

Le festival antiraciste et antifasciste de Genève offrait un paysage très singulier. On pouvait pêle-mêle y distinguer des crêtes iroquoises, colorées ou pas, partout des blousons en cuir, des chiens, une poignée de jongleurs et de cracheurs de feu. Le hall d’entrée empestait (embaumait, c’est selon) le hashish d’âcre vapeurs, et les camions-maison-dortoirs de ces drôles de voyageurs trônaient sur un lit de canettes de bière.

Il faut imaginer le rez de l’Usine plein à craquer de ce beau monde et, fait exceptionnel, le balcon de la salle également ouvert au public. S’enchaînaient sous la bannière antiraciste (« antifa » comme on dit) des formations déclinant tous les styles de musique punk-rock et de ska, provoquant de leurs guitares saturées des tourbillons de pogos et de sueur. Et l’évènement remarquable, j’y viens, était le concert d’un groupe catalan, Opció K-95. Ils ont électrisé la foule dans un déchainement généralisé. Et dans cette salle du rez de l’Usine, au milieu de cette marée de punks, on a pu scander: Oi! Oi! Oi! per Catalunya! À cet instant, on était tous un peu catalans.

C’est presque une ironie que d’évoquer un groupe catalan lorsque notre pays du mois est l’Espagne. La Catalogne chérit et revendique son indépendance, c’est d’ailleurs l’un des chevaux de bataille d’Opció K-95, qui ne chante d’ailleurs qu’en catalan. Bravant le risque de la barrière linguistique, ils ont acquis une renommée bien au-delà de leur ville d’origine, Barcelone. Par renommée, entendons-nous: les genres Oi! et streetpunk visent par essence à demeurer « underground« . Opció K-95 ne déroge pas à la règle: leur site web ne fonctionne pas, le dernier album date de 2010 alors que le groupe continue à donner des concerts et les nouveaux posts sur leur page Facebook apparaissent à un rythme très aléatoire.

Qu’importe qu’ils ne soient pas des professionnels de la communication. Le chant rauque, les riffs simples et efficaces du punk-rock rendent une énergie propre à ce type de musique érigé en style de vie. L’autre aspect que l’on rencontre de façon récurrente,  l’opposition marquée au fascisme, s’inscrit logiquement dans la continuité d’une Espagne post-franquiste. Le pays ayant subi ce régime dictatorial pendant des décennies, nombre de musiciens depuis 1975 et la fin du franquisme, manifestent un engagement politique antifasciste dans leurs productions. Le Oi!, variante du punk-rock ayant comme lui ses racines en Angleterre rassemble plutôt un public de « redskins« . Entendez par là skinheads de gauche, de tendance communiste et issus de la classe ouvrière. Pour boucler la boucle, les membres d’Opció K-95 viennent de Gràcia, un quartier populaire de Barcelone.

La Catalogne, ce terreau de contre-culture dans lequel ont fleuri nombre de groupes de punk-rock, comme la prolongation de l’Histoire et la revendication commune de ne plus jamais revoir le franquisme ou n’importe quel régime d’extrême-droite. Un message de fierté et d’autonomie que, par un beau jour de 2003, Opció K-95 est venu chanter dans les cloisons enfumées du noyau alternatif genevois.

Raffaele

J’ai grandi dans les années 90, mes influences sont un vrai patchwork musical. J’apprécie selon l’humeur un gros beat electro, un flow hip hop ou l’effervescence d’un concert de rock. ‘Faut que ça groove !

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