Tagada Jones – « Dissident »

RaffaelePar Raffaele  •  26 Nov 2014 à 16:30  •  Albums  •   0 views

La scène alternative suit-elle un autre rythme que la musique mainstream, celle qui fait passer les artistes du feu des projecteurs aux limbes de l’oubli ? Une machine sans cesse alimentée de nouveautés dont peu de rouages résistent au temps. L’underground, lui, garde plus de constance : des groupes qui demeurent et produisent régulièrement des albums, dont Tagada Jones fait partie.

Photo: Ronan Thenadey

« Dissident », c’est le nouvel album du groupe français de punk hardcore Tagada Jones. C’est aussi l’album « d’après ». Après l’anniversaire des 20 ans de la formation. Toujours dans la lignée d’une musique et de textes sans concession, Tagada Jones a eu le temps d’en explorer les contours. On trouve dans « Dissident » des morceaux old school comme ‘Skin ou keupon’, un côté metal dans ‘Xxl’ ou carrément punk avec ‘Liberticide’. L’aspect hardcore qui a marqué plusieurs albums de Tagada Jones est nettement moins présent : il teinte certains titres mais n’est plus la marque de fabrique du groupe.

Changement de thèmes

Décrire la musique de Tagada Jones sans parler des textes reviendrait à gravir la moitié d’un sommet et prétendre être arrivé en haut. Leurs paroles ont toujours été engagées. Dures et en colère, elles incarnent toutes les abjections de nos sociétés. Jusqu’ici, le groupe attaquait un thème par chanson: OGM, télé-réalité musicale, hooliganisme… Ici avec « Dissident », l’orientation de la critique s’avère plus générale. Comme sur le morceau éponyme, il s’agit d’un hurlement qui a toujours la force de s’indigner. Et lorsque c’est réussi l’effet est grandiose : ‘De l’amour & du sang’ est sans doute le meilleur titre du disque avec son sample de foule en colère : on a l’impression d’y être.

Trop de morceaux ?

Bien qu’affirmant l’identité contestataire du groupe, l’aspect généraliste des textes provoque un effet d’essoufflement au fil de l’écoute. La faute peut-être aux 20 pistes, un nombre important qui asphyxie d’excellents morceaux avec d’autres de qualité moindre. Deux titres sortent par ailleurs du lot : ‘Superpunk’ qui se moque du punk de mode passant des heures à se coiffer et ‘Dernier rendez-vous’, seul titre chanté où l’on discerne une touche plus personnelle. Les deux clips réalisés pour l’album sont soignés et esthétiques : punk ne rime pas forcément avec « fait à l’arrache ».

Tagada Jones c’est un plaisir à écouter, même si l’on ne retient pas toutes les chansons. 20 ans après ils sont encore là, indépendants comme musiciens, lucides sur leur époque et enragés dans leur critique. Si une occasion vous est donnée de les voir, saisissez-là. Gorgée de bière et poing levé, de gros riffs bien saturés et la sueur d’un public déchaîné seront au rendez-vous.

Enrage ProductionAt(h)home – 2014

Raffaele

J’ai grandi dans les années 90, mes influences sont un vrai patchwork musical. J’apprécie selon l’humeur un gros beat electro, un flow hip hop ou l’effervescence d’un concert de rock. ‘Faut que ça groove !

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