Sarh: « Ce n’est que le début d’une belle aventure »

MalvinPar Malvin  •  15 Jan 2015 à 18:56  •  Interviews  •   0 views

Intéressant est le mot quand, de la salle de concert du D ! Club, nous descendons dans les coulisses pour rencontrer ceux qui viennent de vous plonger un peu plus tôt dans la stratosphère. Rencontre avec le turntablist Dj Pone et le chanteur-guitariste José Reis Fontao, un alliage peu commun où tout est à réapprendre.

Certains artificiers ne dévoileront jamais leurs secrets les plus intimes, cachant au public l’ingrédient qui donne cette étincelle au cœur si convoitée. Cependant, un show magistral peut également voir le jour quand deux atomes bien distincts se rencontrent pour ne former qu’un maelström de sons et de formes. C’est ce qui définirait le cas de Sarh.

L’un est assis là sur le canapé, une atèle à la jambe. C’est le scratcher. L’autre arrive un cocktail à la main. Le chanteur. Sans attendre, on roule nos cigarettes, on entame une bière, et le dictaphone de met en route.

Alors ce concert au D! Club ?

José : Ouais, on a eu un peu peur au début, y’avait pas grand monde. Mais au final, jouer devant un public restreint nous force à aller puiser dans autre chose, loin des automatismes d’un live qu’on connait par cœur. Donc on s’est mis en danger en improvisant, en s’amusant. Et même, je pense que c’était une de nos meilleures prestations des dix concerts qu’on a fait jusqu’à là.

Pone : Très décontracté. A Paris, il y a vachement plus de tension et de monde. Faut être pro, carrés. Là c’est clairement l’inverse.

Les échos jusqu’à maintenant ?

José : On a un joli succès d’estime avec la presse derrière. Après, nous sommes conscients que notre album n’est pas formaté pour les radios françaises. Quand tu entends ce qui se fait à la radio, on est quand même à 2000 kilomètres de là !

Pone : On a pleins de morceaux avec des intros hyper longues, pas de refrains, c’est pas un truc défini avec un cahier des charges, c’est hyper lâché. À partir du moment où il n’y a pas de structures classiques, ça passe pas… Mais nous on s’en fout, y’a pas de refrain y’a pas de refrain quoi !

José : Mais c’est quand même bizarre que Radio Nova ne nous passe pas… Du coup ça ne cartonne pas des masses, ça va surtout se faire par le bouche à oreille, sur le long terme. Mais ce n’est que le début d’une belle aventure !

Ce projet, c’est parti d’un trip entre potes ?

José : C’est parti d’une rencontre. De base on ne se connaissait pas très bien. Thomas (Dj Pone) est venu vers moi dans un club en disant qu’il avait quelques productions en dehors de tout ce qu’il avait fait avec Birdy Nam Nam et compagnie…

Pone : J’ai suivi les conseils d’un ami au fait, Jean Nipon, un Dj assez célèbre sur Paris. De base, je cherchais quelqu’un pour chanter sur quelques tracks.

José : Et j’adhère directement. De fil en aiguille on est devenu super proche, et ça s’est transformé en album. Il m’a forcé à prendre la guitare et paf, c’est devenu un duo ! C’était très rapide, en deux-trois mois. Après, bien sûr, il y a l’enregistrement en studio pour les voix… Sinon tous les sons que tu entends ont été faits dans des cuisines, des salons, des trains…

Pone : C’était professionnellement amateur.

José : Professionnellement amateur… c’est une super phrase ça.

Pone : Merci José

Et pourquoi ce détachement ?

Pone : Je ne pense pas que ce soit un détachement. Quand tu fais un projet comme ça, tu mets en avant ce que tu dégages. Les gens disent : « Mais toi t’es hip-hop, lui électro, l’autre du rock, mais comment vous faites ? ». Evidemment, moi je viens d’un milieu plus hip-hop mais j’écoute énormément de choses qui me touche et qui n’ont rien à voir. Dans un cas comme ça, tu te rends compte que ce qui sera dégagé en surface va principalement te représenter. Alors que le projet le plus perso que j’ai fait avec mes tripes et mon âme c’est bien Sarh. J’ai des influences qui sont parfois communes avec José, des fois non. Portishead par exemple est une référence ultime pour moi, pourtant je ne porte pas de t-shirt et j’en écoute pas tous les soirs, tu vois ? Il ne s’agit pas de détachement, ni de contrées inexplorées, juste de choses qui nous parlent : Musique de film, brésilienne, africaine, portugaise, des années d’accumulation d’écoutes qui à un moment donné se diffuse dans ton corps. Ça s’est fait sans souffrances, sans forceps.

D’où viennent tes douleurs alors, Thomas ?

Pone : Je me suis fêlé une côte l’autre jour. Les dangers du bateau.

Avec votre musique, on pourrait penser que vous traversez une phase plus deep, plus sentimentale…

Pone : Alors que l’album s’est fait dans une ambiance décontractée, assez cool !

José : Après, tous les artistes sont plus-au-moins des sensibles…

Pone : L’autre fois j’ai pris l’avion et ils ont passé Forrest Gump. Et à un moment donné j’ai eu une montée de larme, juste quand il comprend que le gamin c’est son fils. Il arrive à faire la tête du gars un peu attardé mais ému, et ça, ça bouleverse.

José : Moi ça m’a fait ça sur le Hobbit.

Je remarque ton tatouage du logo Birdy Nam Nam sur ton poignet, comme quoi ça te suivra quand même jusqu’au bout.

Pone : Je ne renie pas mon passé, tu sais.

José : En effet, il a fait trois super albums avec Birdy Nam Nam, maintenant ce ne sera plus vraiment la même chose vu qu’il avait quand même une place importante dans le groupe. Mais ça ne l’empêche pas de continuer dans ses projets personnels !

Pone : Et puis je fais de la peinture aussi.

Dernière question. Si on vous envoyait sur une île déserte avec un lecteur CD, quel album prendriez-vous ?

Pone : Nightclubbing de Grace Jones (répond du tac au tac). C’est le premier 33 tours que mon père m’a donné, et en terme de production, de son, de construction, il est juste incroyable.

José : Un disque vierge. Quand je voyage, j’aime composer. En fait, je me nourris de ça.

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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