Parlons-en, du bon temps!

LauraPar Laura  •  20 Nov 2014 à 18:00  •  Magazines  •   0 views

Qu’est-ce que la musique? Quelle en est sa signification?
Certains y trouvent un réconfort. Elle est comme une épaule sur laquelle on peut se reposer, un souffle d’air lorsqu’on ne peut plus respirer. Souvent, elle est une source de joie qui donne l’occasion de l’exprimer.

La musique est une évolution. Elle est le témoignage d’un changement qui s’opère dans nos sociétés. Elle est la témoin de la diversité culturelle. Elle est surtout la gardienne de traditions qui parfois ne sont que trop souvent oubliées. Il est certain que le temps passe et emporte avec lui l’innocence de nos jeunes années. Il est certain qu’il nous faut évoluer au rythme d’une société qui ne sait comment freiner.

Et si nous nous arrêtions? Et si nous prenions le temps? Un temps pour nous remémorer, un temps pour découvrir, un temps pour nous laisser aller.

Je suis allée à la recherche de ce temps. Un temps pas tout à fait perdu. Un temps qui ne s’oubliera jamais pour ceux qui l’ont vécu. Au Manoir à Givisiez, on les appelle les aînés. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer trois; Jacqueline, Marie-Thérèse et Henriette. Trois femmes, trois caractères, une même complicité qui se réunissait autour d’un sujet: la musique.

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Tania et Jacqueline

Ce sont des souvenirs, leurs souvenirs, qui ont été susurrés au creux de mes oreilles. «Je suis une vraie dzodzette. Dès mes 15 ans, j’ai fait partie du choeur mixte. J’adorais chanter. Toute ma famille chantait». Henriette annonce la couleur. Ici on aime le chant, et surtout le populaire, celui qui rassemble.

«Le chant, ça rassemble. Une société, c’est une famille. Il faut s’aider et s’aimer.» Au tour de  Marie-Thérèse de nous faire part de son expérience. «Quand on chantait ensemble, ces unissons de voix, c’était tellement beau. Des fois, je m’arrêtais de chanter et le directeur me demandait pourquoi je ne chantais plus. Je lui répondais avec  beaucoup d’émotions que je trouvais ça vraiment beau.»

Jacqueline, plus discrète écoute avec une grande douceur. Jacqueline, c’est la citadine du groupe: «J’habitais en ville. Je ne sais pas si cela a influencé le rapport que j’entretiens avec la musique. Peut-être. J’aime surtout la musique classique. Je l’écoutais sur des vinyles, à la radio. Et ceci, surtout grâce à mes parents qui me l’ont fait découvrir.»

Le Manoir 004

Henriette et Marie-Thérèse

Quand je leur demande ce qu’elles pensent de la musique actuelle, elles me répondent avec réserve: «on peut aimer, oui. Ces chants conviennent surtout aux jeunes. C’est comme un arrêt, une fois qu’ils vieilliront ils ne les chanteront plus de la même manière. Mais c’est aussi ça qui fait leur charme.» Il est difficile de se faire une opinion sur ce qui peut paraître être à mille lieues de leurs amours.

Je leur parle alors de mon enfance bercée par les vinyles de mes parents; d’un côté, il y avait les sons folkloriques, le séga, la musique traditionnelle israélienne, et de l’autre, les classiques français, Serge Lama, Charles Aznavour, les drôles de chansons de Raymond Devos et puis Jacques Brel. «Quand j’écoutais Jacques Brel, me dit Marie-Thérèse, il me faisait peur. Il parlait de la mort et moi j’aurai préféré qu’il me parle d’autres choses. Aujourd’hui, je me rends compte que ce qu’il chantait c’était vrai. Il était valable.» Valable? «Oui, ça vaut la peine de l’écouter. Vous savez, il ne faut pas s’arrêter au sens premier du mot, ce qui est important, c’est de comprendre son message.»

Des mots sur des maux. Un message qui prend tout son sens lorsqu’on prend la peine de se pencher dessus. «Il y a une chanson qui me faisait pleurer, ajoute-t-elle, c’est ‘La légende des Douzes Brigands’ « . Ce chant est à la fois beau et triste. Il raconte l’histoire de son amour perdu.» Je leur ai proposé de leur faire écouter à nouveau cette chanson, elles me répondent «oui, si vous voulez».

Et la magie opère dès les premières secondes. Henriette chantonne, Jacqueline se laisse transporter par ce chant et puis il y a Marie-Thérèse qui conclut avec merveille: «c’est beau. Je vais me retirer avant de pleurer comme une madeleine».

Qu’est-ce que la musique? Qu’elle est sa signification?
J’y vois surtout une histoire. L’histoire de ces dames qui dessine le contour d’une vie remplie de leurs souvenirs. Celle d’un partage entre deux générations qui ont beaucoup à s’apprendre. Je vois le sourire de Marie-Thérèse qui témoigne de la poésie de ses propos. Je ressens le regard d’Henriette dans toute son intensité. J’admire la tranquillité de Jacqueline. J’aspire, enfin, à en savoir plus, à me questionner davantage sur le rapport que chacun d’entre nous entretient avec la musique. Mon voyage n’est pas terminé. Un voyage aux confins de nos souvenirs. Ces souvenirs qui arrêtent le temps et ceci, le temps d’une chanson.

Remerciements: Un grand merci en particulier, à Tania, animatrice du Manoir qui a tout su mettre en place, à Pif le Clown sans qui ces entretiens n’auraient pas pu être possible. Je remercie Marlise, animatrice bénévole qui en toute modestie amène chaque jour un petit morceau de bonheur. Enfin, un immense merci à mes trois grands-mamans avec qui j’ai passé un excellent moment.
Laura

Si nous étions censés rester sur place, nous aurions des racines à la place de nos pieds.

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