Mr Oizo – « Church »

RaffaelePar Raffaele  •  10 Déc 2014 à 17:00  •  Albums  •   11 views

Entre deux réalisations de films, Quentin Dupieux produit sous le nom de Mr Oizo de la grosse electro french touch. Sa nouvelle sortie, « Church », est un album sans pitié, éprouvant et authentique.

L’écoute du dernier Mr Oizo n’est pas de tout repos. Il faut même s’accrocher pour en percevoir la beauté. Les loops et samples « à l’ancienne » qui caractérisent la french touch sont clairement présents. Cela va jusqu’au bruit d’un vieux téléphone dans ‘Machyne’ superposé d’une voix intimant d’y répondre. Agaçant ? Presque, juste pas. Le travail de Mr Oizo, d’un premier abord brutal, relève en fait d’une grande méticulosité. Il ne suffit pas d’aligner quelques beats simplistes pour faire une bonne electro, mais un savant agencement de répétitions et d’effets apparemment improbables, en réalité minutieusement préparés. Cela, Quentin Dupieux le met en pratique, entraînant l’auditeur qui accepte de se prêter au jeu dans un sillage psychotique.

La musique de Mr Oizo vire à la maladie mentale sublimée. Les extraits de voix hachés, répétés et tordus qui transmettent des sentiments pulsionnels proches du gros pétage de câble. Un son caractéristique qui rappelle Gesaffelstein décliné dans un style plus imagé, moins millimétré et tout aussi efficace. Mr Oizo, c’est une hystérie maîtrisée in extremis.

Pure sauvagerie

Le morceau que l’on retiendra de cet album : ‘Ham’, surtout pour son clip ahurissant (ci-dessous) qui synthétise l’univers déjanté de Quentin Dupieux. Deux Américains dans leur caddie électrique pour obèses convoitent la dernière peluche d’un étalage de supermarché. Ils usent de tous les stratagèmes grossiers, cruels, sans vergogne pour la conquérir. Le tout finit en bain de sang, chacun fait feu vers le concurrent et tous s’entretuent. Fait d’images de synthèse ultra réalistes, le clip de ‘Ham’ est une aberrante et grotesque caricature. Sans oublier le clin d’œil à la peluche : la marionnette Flat Eric, déjà présente sur le gros succès de Mr Oizo en 1999 : ‘Flat beat’.

L’absurdité culmine en fin d’album. Quelques paroles synthétisées décrivent une bande d’amis qui, s’ennuyant d’un film sur le cancer, volent une bagnole pour se retrouver devant une église dont les portes leur sont fermées. Une atmosphère sonore, sombre et entraînante qui invite à la grande danse du rien à foutre.

Brainfeeder – 2014

Raffaele

J’ai grandi dans les années 90, mes influences sont un vrai patchwork musical. J’apprécie selon l’humeur un gros beat electro, un flow hip hop ou l’effervescence d’un concert de rock. ‘Faut que ça groove !

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