Moodoïd – « Le Monde Möö »

MalvinPar Malvin  •  24 Déc 2014 à 16:55  •  Albums  •   0 views

Quand une perle du psychédélisme voit le jour, il est difficile de passer à côté sans s’arrêter. Surtout quand celle-ci est chantée en français. Moodoïd et leur premier album « Le Monde Möö » n’en serait que la première brique d’un univers encore inexploré. Je vous propose de nous plonger dans ce que j’appelle une special mixture revisitée.

Le froid s’installe, les feuilles sont quasiment toutes tombées, et la neige se fait de plus en plus attendre dans cette Europe grisée. Même les décorations flashy ne suffisent plus à allumer cette étincelle rougeoyante, pourtant si propre à la période.  Sous ses lunettes de soleil, le Père Noël vous conseillera sûrement de rêver d’été, de musique ensoleillée. Peut-être ici réside la solution, un album sorti dans les bacs mi-août nous plongeant dans une rêverie aux silhouettes floutées : « Le Monde Möö », nouvelle perle francophone de la pop-music.

Moodoïd, on les reconnaît de loin : un jeune homme qui a de la bouteille entouré de quatre musiciennes, métissage coloré qui répond aux strass ornant leurs yeux et leurs accoutrements aux motifs psycho-ethniques.

Groupe franco-martien ayant vu le jour en 2011, il décide très vite de suivre la mouvance peu commune de la pop psychédélique. Forcément : le chanteur et pilier central, Pablo Padovani, n’est d’autre que le petit gratouilleur de frètes de Melody’s Echo Chamber, groupe-phare français auquel l’australien Kevin Parker de Tame Impala aura notamment contribué à la création. Ce n’est pas tout : ce dernier n’est d’autre que le producteur de l’album de Moodoïd en question. De quoi faire saliver n’importe quel dealer de musique environnant.

Les influences, elles, seront donc clairement décelables. « Le Monde de Möö » débute naïvement avec ‘Le Garçons Veulent de la Magie’, véritable invitation à un voyage dans le cosmos de couleurs, d’amour, des paillettes stroboscopiques (j’écris simplement ce qui me vient à l’esprit en écoutant la chanson. Je suis clean, je vous rassure).

Les strophes francophones résonnent et ne sont pas sans rappeler un certain Connan Mockasin, jeune maître dans la pop atmosphérique néo-zélandaise. En tout cas le son du sitar ne se fait pas attendre avec ‘La Lune, qui selon eux n’appartiendrait à personne, si l’on en croit leurs mots. De nouveau là, un rythme lent, un avancement sans hâte à travers les bribes des sixties et le jazz d’Amérique, parfaitement accompagné par la voix fluette de Padovani et la musique millimétrée des quatre muses.

Une véritable machine à voyager dans le temps

Mais un périple ne se fait pas sans déviation, et là réside le fin mot de l’histoire, là où toute l’originalité de l’œuvre prend forme : ‘Machine Metal’ et ses caisses claires très eighties, ‘Bongo Bongo Club’ et son Afrique fortement cuivrée, ‘Heavy Metal Be Bop 2’ et son acid-jazz à la french-touch. Que l’on soit transporté dans des limbes musicaux inconnus, certains morceaux nous font dès lors sortir du songe et apporteront avec la plus grande subtilité un panorama musical digne des plus grands amateurs de sonorités du tiers-monde.

Il faut tout de même se l’avouer : l’originalité du groupe se trouve beaucoup dans l’image qu’ils vendent d’eux-mêmes. Sobres et extravagants à la fois, cette connivence entre un seul être masculin et quatre belles âmes féminines ne fait qu’enjoliver la qualité de la musique qui est certes incontestable.

On peut alors se poser la question : l’esthétique, son image aurait donc une place bien plus importante qu’à l’époque ? Peut-être que pour sortir du lot, il est nécessaire maintenant de créer tout un monde autour de la musique, un univers de groupe-porteur auquel il est facile de s’y identifier. Véritable idée de génie ou bien dangereux piège de flegmatisme musical, il en vient au final à marquer profondément les esprits des écouteurs. Et en cela, Pado & Co ont tout à fait compris.

Quoi qu’il en soit, Moodoïd marquerait à lui tout seul un tournant dans la pop mondiale du 21ème siècle, s’inscrivant grâce à cet album aux côtés des nombreux noms cités auparavant. Ils tapent là où ça sonnait encore creux, et la langue française retrouve enfin une place là où elle en avait délaissé une. Nostalgiques, expérimentaux, tous pourront se retrouver à l’écoute de cette première création emplie d’espoir. Enfin il est possible d‘écouter une bizarrerie qui sort du commun, des notes et des rythmes se distinguant de la si répétitive pop radiophonisée.

Enterprise Records – 2014

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

Dans le même genre...

La sensualité enserre la musique de Warhaus d'une étreinte à la fois ferme et délicate.

Préparez vos oreilles, Metz est de retour... et avec Steve Albini aux manettes.

Les punks de Hateful Monday sont de retour avec un nouvel album.