Montreux Jazz 2017: transes désertiques et frissons

AlexPar Alex  •  15 Juil 2017 à 18:15  •  Live  •   6 views

Les attentes n’existent pas au moment de glisser entre le flux de personnes dans le sous-voie de la gare de Montreux. J’avance en simple curieux de voir ce que Tinariwen et Michael Kiwanuka proposeront dans la soirée au Montreux Jazz Lab. 

Photographie: © 2017 FFJM – Marc Ducrest

Une foule condensée se dirige déjà en direction des rives du lac Léman. La déambulation commence. Je suis dans le tunnel du sous-voie où l’écho du bon son vibre avant même d’atteindre les multiples scènes du Montreux Jazz.

Encore une fois, le traditionnel détour par la scène de Music In The Park s’impose et j’ai la ferme volonté de me laisser surprendre ou decevoir par l’inconnu. Le panneau des concerts annonce Pete Muller. Qui est-ce ? Aucune idée. Un américain. Un pianiste. C’est tout ce que je sais au moment de m’appuyer contre un poteau et observer le groupe en action. J’écoute en regardant trois amies qui se lâchent dans le demi cercle devant la scène. Elles n’ont cure du regard des festivaliers. Elles dansent heureuses, libres. Et si seulement tout le monde avait cette aisance dans le public Suisse.

Pete Muller annonce soudain une reprise au micro: ‘Dancing Barefoot’ de Patti Smith. Il avertit qu’il le mélangera avec un autre morceau que le public connaîtra aussi. Un défi que je relève. Le morceau réjouit un homme au milieu de la foule assise. Il se lève dès les premières notes pour danser sans contrôle. Les congas remplacent la batterie. Les violons crissent. Ce n’est pas aisé de deviner le morceau suivant. Je tergiverse. Je connais les paroles. Qui est-ce ? Gotye ! ‘Somebody That I Used to Know’.

Des brutes épaisses de la guitare à l’amour contagieux

Mon dieu ! Tinariwen commence dans cinq minutes. Je me précipite à l’entrée du Montreux Jazz Lab. On me propose un cocktail à la noix de coco sur les quais. J’aimerais bien, mais je suis pressé. Un homme en habit touareg entre à côté de moi et j’espère sentir le blues des Maliens dans mes veines. Une nostalgie du désert qui se mêle parfaitement à l’univers de Howlin’ Wolf. Un pont entre deux continents.

D’abord le public ne semble pas touché par les deux premiers morceaux. Il y a quelque chose de l’ordre de la découverte d’une culture nouvelle. Quand l’un ne sait pas exactement de quoi parle l’autre et inversément. Et puis une femme crie à la manière des touaregs. Un cri qui agit comme un détonateur. Les membres de Tinariwen insistent, haranguent la foule, l’invitent à perdre contrôle. C’est là que tout commence et qu’un mot résume la suite: transe.

Les percussions deviennent plus lourdes. Tinariwen accélère les riffs. Eyadou Ag Leche, le bassiste, prend les choses en mains à la basse comme à la guitare. Tout le corps du musicien est immobile et ses doigts pincent nerveusement les cordes. Et cette pensée: oh la brute ! oh le patron ! Juste ces mots d’un guitariste à la voix grave au public: « Ça va?“ Pas besoin de plus puisque la musique fait gentiment effet. C’est contagieux. Les premiers spectateurs se mettent à bouger. Et puis toute la salle se lâche. C’est la folie. Oui, oui, je crois que c’est le mot.

Le concert s’arrête trop rapidement. Tinariwen aurait pu jouer toute la nuit. C’est la loi du temps de jeu. Un peu dommage – surtout dans le cas de ce groupe – dans un festival qui pourrait avoir plus souvent le luxe de laisser longuement la scène à l’artiste et de le laisser totalement libre.

Le talent, la solidité et les frissons

Il entre en scène sans un mot alors que le musicien aux claviers tient une note. Il empoignent sa guitare. S’en suit une entrée en matière qui m’évoque les longs solos de Pink Floyd – sans volonté de comparaison. Les festivaliers crient déjà. Il n’y a pas eu la phase de découverte puisque le public semble déjà acquis à la cause du Britannique.

Ce qui est moins impressionnant. Même si la musique n’est pas moins bonne qu’à Tinariwen. En témoigne l’aisance de Michael Kiwanuka. Il passe d’une guitare à l’autre au hasard de ses morceaux intimistes comme ‘Tell Me a Tale’ et le merveilleux ‘Love & Hate’. Je frisonne encore au souvenir de ce dernier morceau. Mais il se fait aussi plus nerveux et presque funky notamment grâce à son guitariste sur ‘I’m a Black Man in a White World’. Une palette de genres – qui vont de la soul, au rock en passant par la folk – qui n’est pas donné à tout le monde. Et le concert l’a prouvé.

C’est solide. C’est talentueux. Il n’y a nul doute possible. Et je ne serais pas étonné de le retrouver à l’Auditorium du Montreux Jazz Festival dans les années à venir. Mais j’espère qu’il reviendra avec des choristes, des cuivres et des cordes peut-être. Une soirée que je n’oublierai pas de sitôt.

 

 

Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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