Montreux Jazz 2017: Ibrahim Maalouf a fait chanter les « embalconés »

KarimPar Karim  •  16 Juil 2017 à 15:00  •  Live  •   11 views

Une première partie abusivement langoureuse et mielleuse, puis deux petites heures de bonheur en 1001 couleurs: George Benson et Ibrahim Maalouf étaient en chaleur, jeudi 13 juillet.

Photographe: ©2017 FFJM – Lionel Flusin

C’était un jeudi à profiter de l’été dans ce qu’il a de plus sensuel par Montreux et environs : piquer plusieurs têtes dans le lac scrutateur et tentateur puis, pour mériter encore davantage les petits extras accompagnant forcément une soirée festivalière, perdre quelques grammes en aiguisant ses mollets en visant les hauts, là d’où le lac est encore plus indécent de beauté.

Mais du coup, c’est à la bourre que je vais chercher mon bracelet. Même si je suis venu pour Ibrahim Maalouf, dont le concert s’annonce comme un évènement puisque certains bruits courent, laissant entendre qu’il compte bientôt ne plus embrasser sa trompette avec autant d’avidité.

On verra bien ; pour l’heure, c’est George Benson au programme, soit une légende du Montreux Jazz, une de plus. Je fonce, donc, arrive alors que le concert vient tout juste de commencer et, et, et très vite, oserai-je l’écrire : je m’ennuie à mourir… J’ai l’impression d’être dans la bande son d’un mauvais Walt Disney qui est jouée par la croisière s’amuse. Mes plus plates excuses aux inconditionnels de cette mélasse (ça colle aux doigts et aux oreilles), mais j’ai tenu tout juste trois morceaux, puis je suis ressorti embrasser les derniers rayons du soleil.

A 22h, je retourne sagement au Stravinsky, qui bruisse d’impatience et d’interrogations en tous genres. Ibrahim et sa bande se font attendre un petit quart d’heure. Il va jouer avec le trio qui l’a accompagné sur son dernier album, “Red and Black Light“, un disque qui se veut une ode à la femme d’aujourd’hui.

Voilà qu’ils arrivent avec d’emblée une patate et une générosité à faire pâlir la plus déjantée des fanfares alcoolisées de la Broye. Ibrahim est accompagné d’Eric Legnini (Claviers), François Delporte (Guitare) et Stephane Galland (Batterie) et il nous annonce qu’il ne compte pas dormir cette nuit, parce que la dernière (et seule) fois qu’il est venu ici, il y a onze ans, il était allé se coucher après son concert au Jazz Café avec le sentiment du travail bien fait, ce qui était sans doute vrai, mais, à son réveil, le lendemain, il apprendra que Prince était revenu sur la scène en question jusqu’à 5h du matin ; Ibrahim s’en était mangé les doigts et n’avait plus pu jouer jusqu’à ce qu’ils repoussent.

Ils s’en donnent donc à cœur et à corps-joie ; Ibrahim saute, et danse, et joue alternativement de son instrument fétiche (pour combien de temps encore, il n’en sera pas question ; les ragots n’étaient pas de mise, seulement la musique et sa propagation bienveillante) et d’un petit clavier aux sonorités électro-pop donnant souvent le tempo.

En plus de son trio le rejoignent trois autres trompettistes ainsi qu’un autre homme au clavier : il faut que la fête soit la plus folle possible, et déroutante, du coup, le chef nous a réservé une surprise : après une heure de concert, Eliott (qui doit avoir, quoi ? sept ans peut-être) et l’orchestre de jeunes d’Aubonne (sauf erreur…) se joignent au programme pour une dizaine de minutes de partage bienvenu.

Il y a eu auparavant un souci technique (le régisseur venant sur scène transpirer pour redémarrer le logiciel ; on le devinait croisant les doigts tellement fort qu’il doit encore avoir la marque) n’ayant pas le moins du monde dérangé les acteurs principaux, au contraire, Maalouf en profite pour montrer sa décontraction, et voilà que, l’air de rien, il est au piano et se lance dans un solo, quelque part entre Michael Nyman et Einaudi ; alors là, soudain, l’ambiance se fait plus intimiste et on a vraiment l’impression qu’il nous dessine une petite partie de ses peines et de ses doutes. Mais ça ne dure pas longtemps, le show man reprenant le dessus dès que tout peut repartir sans embûche informatique.

Il réussit à faire se lever, et même chanter, les « embalconés » de la salle ; il tente de nous faire entonner des séquences plus ou moins ambitieuses, il nous demande de nous baisser, de sauter. Son envie et son énergie sont contagieuses et quand sonne minuit et qu’il se rappelle qu’une Cendrillon sommeille quand même en lui, on est un peu déconfits, parce qu’on en voulait encore, même si les musiciens nous ont beaucoup beaucoup donné (Legnini a transpiré de quoi remplir un bassin olympique, à peu de chose près).

Alors voilà, même s’il y a assurément des registres musicaux (cet homme est une mosaïque d’idées et d’envies sans frontières) du bonhomme que j’apprécie davantage, il m’a comblé par sa présence pleine et attentionnée, pour son public, pour ses musiciens et pour tous ceux qui rendent possible, techniquement, ce genre de prouesse scénique. Chapeau l’artiste.

 

 

Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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