Montreux Jazz 2017: le fragile Richter face au puissant Jaar

AlexPar Alex  •  1 Juil 2017 à 13:41  •  Live  •   5 views

Le Montreux Jazz a débuté à l’Auditorium Stravinski avec une soirée durant laquelle les émotions ont basculé d’un extrême à l’autre. D’abord la fragilité du compositeur Max Richter a presque eu raison de moi. Et puis la sauvagerie de Nicolas Jaar m’a déchainé.

Photographie: © 2017 FFJM – Lionel Flusin

Deux chefs d’orchestre et leurs musiciens ont revisité les 4 Saisons de Vivaldi : d’un côté, une soliste vigoureuse au violon et de l’autre le placide Max Richter au synthétiseur. Entre les deux, les regards complices se sont multipliés tout au long du concert. Comme si Vivaldi devait d’abord renaître entre leurs deux âmes pour mieux toucher la quinzaine de musiciens – majoritairements très jeunes – autour d’eux et donner le rythme.

Le pari était risqué pour l’ouverture de la 51ème édition du Montreux Jazz. En particulier puisque le concert de Max Richter a précédé l’électro mordante de Nicolas Jaar. La magie n’a pas complètement opéré dans le premier plateau puisque le décalage, entre l’univers de la musique classique et celui des festivaliers, a provoqué quelques incompréhensions entre l’orchestre et son public.

Comme lorsque nous – je m’inclus dans ce groupe – avons applaudi à la fin d’un morceau plutôt qu’à la fin du mouvement. Ce qui a obligé, à plusieurs reprises, les virtuoses à se reconcentrer et trouver un moyen de demander le silence. Nous avons notamment entendu quelques soupirs d’ennui dans l’Auditorium Stravinski. Même s’il faut dire que ces maladresses ont donné une touche humaine à l’ensemble. Et cela n’arrive pas toujours.

Les moments lumineux n’ont pas manqué. Ils sont survenus dans la réaction des musiciens de l’orchestre. D’abord le sourire irradiant d’une violoniste au moment de l’automne, pendant deux ou trois minutes, comme si, dans l’anonymat de l’orchestre, elle vivait à cet instant précis le plus beau moment de la partition. Ensuite, le visage patient d’un violoncelliste, avant l’enchaînement à ne pas manquer, comme s’il fixait la soliste à la manière d’un métronome. Enfin, le final a été bouleversant. La musique est entré dans mon corps, l’a parcouru et j’ai presque craqué sous la vague d’émotions.

Max Richter a ensuite présenté son album “The Blue Notebooks“ dans une formation plus intimiste. Un piano à queue, deux synthétiseurs, deux violoncelles, trois violons et une lectrice qui a lu Kafka. Étonnamment le public a semblé plus réceptif à ce projet puisque nous avons observé plus de visages hypnotisés que pour le précédent. Et surtout, la fragilité des compositions a montré tout le talent des musiciens de Max Richter. Une note de travers et le concert aurait été manqué.

Du calme à la tempête

Il suffit pourtant d’une ligne de lumière dans le noir pour rendre tout fou le public. Cette phrase m’est passé par la tête et a dessiné un sourire sur mes lèvres au début de la prestation de Nicolas Jaar. Quand le public criait déjà tandis que nous entendions seulement des bidouillages électroniques très bizarres. Le contraste a été total.

Nicolas Jaar a d’abord tenu tout son public pendant bien vingt minutes avant de « faire péter » comme l’a dit le jeune homme qui était derrière moi au moment où les basses se sont intensifiés. Certains criaient « Baaaaaalance ! ». D’autres dansaient déjà alors que nous entendions seulement des gouttes d’eau électrisées et amplifiées. Et puis enfin, l’Auditorium Stravinski a explosé. J’ai dansé, tout donné, transpiré. C’était fou.

Un mot résume le set de Nicolas Jaar: puissant.

 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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