Moaning Cities : « La dynamique a changé »

MalvinPar Malvin  •  8 Juin 2016 à 18:23  •  Interviews  •   3 views

Un groupe dont je suis fan, qui berce plusieurs de mes après-midis ensoleillées, me larguant dans un désert de la Mandchourie, aux confins de la logique du temps. Les Moaning Cities, ce groupe belge qui creuse depuis peu un sillon dans le rock psychédélique, pour en ressortir riffs démentiels, phases planantes et sonorités indiennes.

Crédit photo : Gert-Jan De Baets / Bart Verhelst

Il s’agit bien d’eux, assis juste là. Les heures d’écoute YouTubiennes se matérialisent étrangement devant moi. J’attends alors impatiemment, dans les cuisines du Romandie, que le groupe termine leur repas. Entre une bouchée de bolognaise et une gorgée de bière, Timothée, l’homme-sitar, m’invite soudainement à table. Valsant entre gêne et jubilation, je m’y assois, entouré des quatre musiciens bruxellois et de leur manager, tous souriants. Un groupe d’amis qui ne semble même pas songer à leur imminente prestation.

Depuis 2011, le groupe ne cesse de gravir des échelons. À la veille de leur prochain album, un petit rewind s’impose. Initialement trois, Val, Bert et Greg jamment comme jamais. Un retour de voyage, une envie de concrétiser d’avantage, Juju, la sœur de Val, rentre dans le groupe. Fin 2011, ‘See You Fall’  voit le jour. Tim et son sitar arrivent et orientalisent le move. Milieu 2012, Sortie de leur premier EP, qui s’ensuit d’une petite tournée européenne en 2013. L’album sort en 2014 et entame une transition pour le groupe. Plus de temps, plus d’énergie, Bert et Greg s’en vont et laissent la place à Mél, nouvelle batteuse. Les voici au complet.

LMDS : En parlant de cette transition, elle s’est bien passée ?

Mél : Au fait, il faut savoir que j’aimais déjà bien le groupe avant. Mais ce n’est jamais simple de reprendre la place de quelqu’un d’autre, de garder le truc tout en essayant de se l’approprier.

Juju : Mais maintenant, on a notre nouvel album qui va sortir en septembre, écrit par nous quatre. Depuis notre nouvelle formation, le rythme a également changé. Tout le monde est dispo de manière prioritaire, les résidences se sont multipliées, la dynamique a changé.

Val : On s’est aussi professionnalisés, un engagement progressif quoi. C’est devenu notre activité principale.

Et dans votre musique, vous y percevez également un changement ?

Juju : Il faut savoir que notre son est aussi issu de nombreuses résidences. On est restés à plusieurs reprises dans un lieu, pendant plus de deux semaines, ce qui a laissé une grande place pour la jam et des phases de recul.

Tim : C’est ça, une phase de recherche avec nous-mêmes. Afin qu’on trouve une… symbiôôôse (rires). Tout le monde finalement s’y retrouve, mais vu qu’on a tous des spectres de musiques différentes, on complète la chose tout en prenant un risque. Notre but est vraiment de trouver un fil rouge.

Val : Voilà, mon truc, c’est la polka. J’essaie de défendre ça absolument.

Juju : Après, on y trouve des détails très spécifiques sur cet album, car on change de temps en temps les rôles. Tim prend la basse, moi des parties de clavier, etc. On s’est prêtés à des inversement de rôles qui nous font sortir des zones de confort habituelles. C’est une chouette expérience qui apporte beaucoup à notre musique.

Val : Et on s’est mis à écouter énormément de Hip-Hop, ça s’est tout de suite ressenti (rires).

Mél : Tu rigoles, mais c’est vrai !

Val : C’est du psyché-gangsta. Mais on a pas d’armes, attention.

Du coup, qu’est-ce que le rock psychédélique, au sens large, vous apporte ?

Tim : C’est un peu la fusion des genres. Avant de commencer le sitar, j’écoutais des trucs comme les Black Angels. Ok, c’était sympa, mais ça ne m’avait pas vraiment marqué. Or, cette possibilité de mélanger plusieurs styles, cette liberté de faire ce que tu veux, de ne pas être cantonné dans ta grille de blues, c’est génial.

Val : C’est une musique que j’ai beaucoup écoutée, il y a 7 ou 8 ans, durant la période où l’on emmagasine des choses et qu’on trouve le vocabulaire qui nous plaît. Par contre, avec cet album, j’ai l’impression qu’on prend vachement de recul par rapport à tous les codes et les esthétiques qui se font par beaucoup de groupes. On essaie vraiment d’en faire quelque chose de très personnel. Mais c’est vrai que plusieurs influences sont clairement identifiables. Pour Mél, par exemple, c’était moins son background cette scène-là, qu’elle a découvert en jouant avec nous. C’est une prise de risque qui enrichit l’aventure, qui en fait quelque chose d’inattendu…

C’est encore possible, de nos jours, de trouver une voie à soi sans forcément trouver une comparaison ?

Tim : On comparera toujours. Il y toujours une ressemblance, une similitude avec d’autres groupes.

Juju : Moi je pense clairement qu’on apprend encore, et que l’identité est en train de se créer, mais qu’elle n’est pas encore tout à fait là. Ça va encore se définir…

Val : J’espère qu’on n’aura jamais un moment où notre style sera défini !

Juju : C’est clair ! Car finalement, les groupes d’aujourd’hui où on se dit « Wahou, c’est qui ces gens ? », des types comme Deerhoof, qui font des trucs très bizarres et que jamais personne n’a entendu, il y en a très peu. Peut-être que ça nous arrivera un jour, mais notre parcours a toujours été de chercher un peu ailleurs.

Val : Ça dépend de ce qu’on mange, au fait. Aujourd’hui, la réalité du groupe, c’est qu’il vit avec le live, une des seules choses vraiment importantes. Au-delà de l’enregistrement.

Tim : Et c’est comme ça que tu gagnes ta coupe, hein !

Juju : Mais au-delà de ça, l’album est fait, et en sortant du studio, rien n’était gagné. Il fallait encore que ça tienne un live, qu’il y ait quelque chose qui se passe. Le live prend beaucoup d’importance sur le vécu de la musique. Nous sommes un « groupe », du moment où nous sentons qu’il se passe quelque chose sur scène.

Moaning Cities, les « villes gémissantes ». Pourquoi ?

Mél : Parce que Bruxelles pleure !

Val : Au moment de trouver un nom, ça s’est fait de manière très méthodique, pas du tout impulsive. Celui-ci est ressorti au milieu de pleins d’autres noms, imprimé en grosse typo. Après, j’aime bien sa dimension un peu métaphorique et poétique. Tu peux chercher dedans en fonction de l’humeur, de l’endroit où tu te trouves. Ça peut être autant négatif que positif. On a tous beaucoup voyagé, et je pense que c’est aussi un clin d’œil à ça. À moitié à la maison, à moitié dans une sorte d’incertitude et de découverte. Les textes parlent de la vie en général, ça s’inscrit donc dedans.

Parlez-moi de votre festival à Bruxelles, le Stellar Swamp !

Val : Ah ! C’est dans la ligné des Psych-Fest, mais en version bruxelloise ! Après on essaie de proposer des découvertes, avec toujours l’obligation d’une belle tête d’affiche. C’est super, car on a pu convaincre des salles de Bruxelles à suivre notre idée. Vu que nous passons dans deux salles différentes sur deux jours, ça apporte deux ambiances très différentes. Et ça marche super bien ! L’une est plus « pop », l’autre plus « stoner, métal ».

Si vous ne pouviez prendre qu’un seul album sur une île déserte, lequel choisiriez-vous ?

Mél : Le best-of de Dorothé.

Juju : « The For Carnation », de The For Carnation.

Val: « Novocaine For The Soul », de Eels.

Tim: « Murray Street », de Sonic Youth. Mais j’ai pas envie de finir sur une île déserte. C’est possible plutôt de prendre un instrument avec soi ?

 

« D.Klein »

Moaning Cities

2016
 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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