Mahadev Cometo : « Le sitar, c’est un amplificateur de l’âme. »

LauraPar Laura  •  12 Fév 2016 à 13:00  •  Interviews  •   15 views

Après plus de vingt ans de carrière avec les Young Gods, celui que l’on connaissait sous le nom d’Al Comet est devenu Mahadev Cometo.  Du rock à la musique indienne, des décibels à la méditation, découvrons ensemble qui se cache derrière cet artiste.

D’Al Comet à Mahadev Cometo, il n’y a qu’un pas… ou plutôt des tonnes de circonstances. Derrière ces noms d’artistes, se dévoile un homme: Alain Monod, bel amoureux de musique, adepte de gros sons et d’aventures imprévues. Douceur et harmonie sont les maître-mots de cet instrument qui a fait d’Alain Monod un Mahadev, le grand dieu du sitar. Sa carrière au sein des Young Gods a fait de lui un musicien renommé, lui-même pensait avoir tout vu, tout entendu et pourtant, la musique indienne lui aura ouvert un tout autre univers. Interview.

 

LMDS.ch: Vous avez rejoint les Young Gods en 1988. Comment ça s’est passé ?

MC: Ça s’est passé tout naturellement. Cesare Pizzi est un de mes potes de l’école secondaire et Franz Treichler était à l’école avec mon petit frère. Un jour, Franz m’appelle car il recherche un chauffeur pour une tournée. On partait genre le lendemain ! Au bout de deux semaines, après avoir dépanné l’ingénieur son, celui-ci me laisse son poste pour rejoindre sa copine à Londres. Je deviens alors ingénieur son et chauffeur. Puis, en décembre 1988, Cesare quitte le groupe. Franz me propose de le remplacer aux samplers. Ca s’est passé tout naturellement !

Vous vous attendiez à une telle aventure ? 

Au début, il n’y avait pas tant de succès que ça ! Les gens se tiraient, surtout en Suisse ! Il a fallu aller à l’étranger pour que les Suisses viennent à nos concerts. En 1993, il y avait cinq maisons de disques sur les sept que comptait la planète qui voulaient signer les Young Gods ! A ce moment-là, tu te dis que ça va pas mal.

Depuis 2014, je ne joue officiellement plus avec les Young Gods… mais l’aventure a duré plus de 20 ans et franchement je n’aurais pas pensé jouer aussi longtemps avec ce groupe. C’est le genre de choses que tu ne peux pas prédire !

A cette époque, vous êtes aussi un des seuls groupes à aller au-delà des frontières ?

Les gens en Suisse sont un peu comme le pays : entourés de montagnes. Ça ne bouge pas, ça reste là-dedans et il y a une crainte d’aller ailleurs. Et tu as toujours l’impression que c’est mieux ailleurs. Mais moi, je n’ai jamais eu cette impression. C’est la musique, l’art lui-même qui nous donnait la force d’aller partout. Finalement, à Fribourg ou à New York, c’est toujours la même chose. Tu vas mettre ton matos sur la scène et ces 2m2 c’est chez toi. C’est la même scène et tu as tes potes avec toi ! Et plus tu es sincère, plus ça te porte et te donne de la force. Les frontières n’existent plus.

Vous êtes conscient que vous étiez des précurseurs ?

Oui. On a toujours fait la musique par rapport à nous. On ne voulait pas rentrer dans un moule mais les maisons de disque n’ont aucun intérêt à ce que les albums soient différents. Encore maintenant, il y a trop de choses qui se ressemblent. On ne parle plus de musique mais de business.

Vous avez passé près de vingt-cinq ans avec les Young Gods, comment est-ce qu’on arrive encore à enregistrer des sons nouveaux, autant avec le groupe qu’en solo ? 

Quand tu fais partie d’un groupe, tes idées sont mises dans le pot commun puis reprises par le groupe. Elles sont malaxées, reprises ou pas… Mes albums solos sont des idées qui n’ont pas été retenues par le groupe parce que trop ciblées ou autre. Après chaque album des Young Gods, il me restait de la matière inutilisée pour un album solo. Quand tu fais un truc seul, tu prends tes propres responsabilités. Avoir à faire avec moi-même m’a toujours fait du bien.

En 2011, vous passez six mois à Bénarès, en Inde, dans un atelier d’artiste pour perfectionner votre maîtrise du sitar. Cette expérience vous change, tant personnellement que musicalement.

C’est une succession d’événements imprévus qui m’a amené à partir là-bas. Je n’avais aucune envie d’aller en Inde, ni de faire du sitar. La musique indienne j’aimais bien, mais de là à vouloir l’apprendre, il y a un monde !

J’avais reçu un sitar de mon frère qui l’a acheté dans les années 70. A cette époque, impossible de trouver un professeur, ni de savoir comment en jouer et, en plus, je suis en plein dans les Young Gods alors je n’ai pas le temps de m’intéresser à ce « truc » avec vingt cordes qu’il faut accorder tout le temps. Je le garde mais ne le touche pas, l’emmenant avec moi dans mes déménagements, le déplaçant de la cave au grenier. Puis, j’ai rencontré un luthier à Paris qui me propose de la réparer. Après plusieurs allers-retours à Paris, je passe trois jours chez lui et décide de bosser sérieusement dessus. En rentrant à Fribourg, je vois le journal communal 1700 sur la table de mon salon. Je ne lis d’habitude aucun journal mais là, je le feuillette distraitement et je vois l’annonce « Concours, Service culturel, résidence 6 mois à Bénarès ». Je me dis : « C’est pour moi ! ». Je trouve ça incroyable. Je me dis alors qu’il faut que j’aille à Bénarès. C’est pour moi ! On arrive à organiser avec les Young Gods pour que j’aie un congé. Et puis, j’ai gagné le concours et suis parti en Inde. Cette expérience est le grand changement de tout.

La musique indienne était aussi un moyen de revenir au calme après la tempête des Young Gods ?

Bien sûr. Le sitar est un instrument qui date d’il y a 3’000 ans. C’est un amplificateur hyper puissant de ton âme. Tu ne peux pas faire semblant. Si tu n’es pas complètement cool, ça ne sonne pas. Pour jouer du rock, il faut aussi avoir une âme. Mais l’instrument, le sampler, est moins sensible qu’un sitar. Avec le sampler, beaucoup de paramètres sont fixés. Un sitar indien, c’est différent. Ce n’est pas une histoire de force ni de volume sonore mais plutôt d’harmonie, de finesse d’accordage et de jeu. Ce sont des paramètres que je n’avais jamais explorés avec les Young Gods. Le sitar, tu ne fais que de l’accorder ! C’est un tapis volant : ça vole haut et vite… C’est un complément de tout ce que je n’avais pas fait jusqu’à maintenant.

Et votre changement de nom traduit de ce nouvel univers ?

Oui. Ce sont les Indiens qui m’ont baptisé ainsi. J’étais en studio avec des musiciens locaux et l’ingénieur de son m’a tendu une fois la souris pour que je fasse le mix. J’ai bidouillé deux trois trucs et les mecs ont adoré comment ça sonnait ! Tout d’un coup, un a dit « Mahadev », puis au bout de quelques temps tout le monde m’appelait comme ça. Maha veut dire grand et dev c’est le dieu. C’était fou de passé de jeune dieu à grand dieu, sans qu’ils ne sachent que je faisait partie des Young Gods avant !

Quels sont vos projets à venir ?

Un nouveau disque dont je suis très content. Il sortira dans le courant de l’année. Je rentre d’une tournée en Inde qui s’est bien passée. Je joue du sitar indien mais en mélangeant l’électronique. Personne n’a fait ça jusqu’à maintenant. En Inde, ça marque les gens.

Cette année, j’ai été invité par le gouvernement indien à jouer à l’occasion d’un programme, normalement destiné aux jeunes talents locaux. J’ai joué tout seul à mes pédales pour célébrer le lever du soleil sur le Gange. Le public était à 100% indien. C’était quelque chose. Les Indiens étaient transportés. Petit à petit, ça marche là. Même mon gourou m’a appelé Mahadev, cette année.

Qu’en pensent vos collègues des Young Gods ?

Aucune idée. Je n’ai plus de contacts avec eux. Ça s’est voulu comme ça même si je ne l’ai pas cherché. C’était difficile mais ça m’a ouvert vers un nouvel horizon, tout un tas de choses super bien.

 
Auteur:
Laura

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