Lula Pena, la troubadour

KarimPar Karim  •  22 Mar 2017 à 07:00  •  Découvertes  •   14 views

C’était la fin de l’année 2011 à Lisbonne. Ailleurs aussi, vraisemblablement. Mais ce qu’on ne sait pas, de l’hiver là-bas, c’est que si le froid dure moins qu’ici, qu’il fait moins le malin au-dessous de zéro, son humidité vous poursuit jusque dans votre piaule. Vous êtes dehors, vous vous les pelez ; vous rentrez, c’est parfois pire.

C’était l’hiver 2011, donc, et j’avais été invité pour un petit Noël. Comme la plupart des invités ne se connaissaient pas, nos hôtes avaient décidé de préparer autant d’enveloppes que de personnes présentes. A l’intérieur de celles-ci : une image, un texte ou autre chose qu’il convenait de partager avec tout le monde, histoire d’apprendre à se connaître, histoire de se serrer les uns contre les autres pour oublier les grimaces de cette saison un peu acariâtre qui nous grignotait la carcasse.

Il y avait déjà eu quelques chouettes moments lors desquels les premiers mis à contribution nous avaient dessiné un bout de leur cœur, quand apparut, telle une cigogne sortie d’une théière, un disque cartonné: « Troubadour ». On devinait sur la pochette une silhouette postée dans une barque.

Il s’agissait de mettre un morceau et de l’écouter sans parler, assis ou couché.

Je ne savais pas encore, mais ce qui se profilait là c’était une flamme douce et folle qui allait se mettre à brûler pour toujours quelque part dans mon regard.

D’abord des notes de guitare qui semblent se chercher. Comme un tâtonnement, mais dans lequel on devine que quelque chose se passe. Ce n’est pas que les doigts hésitent, non, ils sentent, ils écoutent comment ce morceau, joué par ce corps-ci, interprété par ces mains-là, demande à se déplier ; comment ces fragments d’amours épars demandent à respirer ensemble.

J’étais déjà touché au centre et voilà qu’entrait dans l’intense la voix de Lula Pena, cette voix venue du milieu de la terre pour frissonner dans les branche d’un vieux chêne. Une voix où vibrent les crépuscules de mille visages, une voix qui rappelle que le crépuscule, c’est le soir, mais aussi le matin. Une voix qui fixe le soleil dans les yeux quand il se lève, quand il se couche et qui prend soin de la respiration qu’il étire dans l’intervalle.

Une voix dansant avec une guitare, leur chorégraphie devenant le feu qui accompagnerait aussi bien un camping sauvage qu’une soirée à la montagne.

Une voix avec laquelle faire l’amour, une voix grâce à laquelle saluer la mort. Une voix où les saisons de la vie se touchent l’épaule.

Une voix qui est de la peau qui est du vent qui est du bleu qui est la première et la dernière histoire des 1001 nuits.

Après le morceau, j’avais envie d’aller marcher pour laisser tout ce qui m’avait traversé continuer de me secouer en douceur. Je voulais que les minutes après Lula Pena soient encore du Lula Pena.

Et c’est ce qu’elles ont été, la nuit reprenant le beau sentier d’amitiés nouvelles et de rencontres précieuses qu’elle nous imaginait.

La grâce et le mystère existent, c’est aussi cela que rappelle Lula Pena.

Je suis reparti avec le CD et n’ai plus jamais senti le froid lisboète de la même manière. Sa chaleur non plus. J’ai désormais les deux plantés dans la poitrine ; parfois ça chatouille, parfois ça fait mal.

Toujours ça me remue. Trouble précieux.

 

« Troubadour »

Lula Pena

Mbari Records
2010
 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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