Lula Pena, des « sources » du fado aux estuaires infinis qu’elle lui invente

KarimPar Karim  •  9 Juin 2017 à 12:47  •  Découvertes  •   14 views

Nous avons déjà parlé de Lula Pena. Parfois, l’affection pour une ou un artiste est tellement grande qu’il semble essentiel de remonter aux sources. Un moyen d’inventer une nouvelle complicité et de saisir un peu mieux la singularité d’une démarche. Nous vous présentons donc le deuxième volet de notre plongée dans l’univers musical de la portugaise.

En 1998 sort le premier disque de Lula Pena, un disque « habité », intitulé « Phados ». La chanteuse décide de modifier légèrement l’écriture du terme fado, mais aussi les sonorités de cette musique traditionnelle portugaise dont les origines restent floues. Arabes, brésiliennes, africaines, … En tous les cas maritimes, qu’elles soient portuaires ou de haute mer. Et plurielles.

« Il est nécessaire de naviguer, pas de vivre », chantait Caetano Veloso, en 1969, puis d’autres musiciens Brésiliens à sa suite. Une formulation en référence à Pessoa, qui, reprenant une phrase attribuée au général romain Pompée, la muait en un manifeste créatif : « Créer est nécessaire, pas vivre ». Caetano, lui, l’a détournée pour inventer une chanson rattachée à la mythologie grecque : les « Argonautes ».

Elle passe donc du latin au portugais, traverse l’Océan pour prendre d’autres inflexions, puis se mue en quête de la Toison d’Or aux côtés de Jason et compagnie. Rien que ça.

Lula Pena s’embarque dans ce flou fascinant et nourricier, livrant sa propre version des Argonautes.

Parler d’eau est d’autant moins anodin, concernant Lula Pena, qu’on entend vraiment, dans sa voix, comme un ressac. De l’eau qui vient lécher quelques galets sur une plage perdue, puis se retire, puis revient, différente et semblable. Apaisante et inquiétante.

« Phados » est rapidement devenu culte pour un petit nombre de mélomanes marqués profondément par cette silhouette dont le jeu et l’expression a quelque chose de chamanique. Le disque est rapidement épuisé. Et le label belge qui l’a publié, Carbon 7 Records, arrête son activité en 2007, trois ans avant la sortie de « Troubadour ».

Alors que « Phados » était directement lié à l’héritage de fadista de Lula Pena, « Troubadour » élargit l’horizon et la singularité de son auteure. Il est composé de fragments de textes qui la hantent, en français, espagnol, anglais et portugais : José Afonso, Chico Buarque, Atahualpa Yupanquí, Otto, Mirah, Dolores Duran, des chansons populaires de l’Alentejo, des Açores ou d’ailleurs, …

Et bien entendu toujours Amália, cette ombre éblouissante.

« Troubadour » est l’instantané d’une longue recherche intérieure, d’un processus organique qu’il fallait bien « arrêter » à un moment donné, même si Lula Pena n’aime rien tant que laisser la musique jaillir comme elle l’entend, seule ou entourée. Sans la figer.

C’est pour ça que les chansons de cet album n’ont pas de titre, parce qu’elle ne veut pas les enfermer. Il s’agit de sept « Actes ». Un ensemble qui est surtout une barque errant dans les limbes de la mémoire et des émotions.

Lula Pena dit qu’elle ne cherche rien, mais qu’elle avance en trouvant, en rencontrant. Elle pense aussi que « la vitesse n’est pas humaine » et aimerait « faire de la poésie la devise de ce monde, rien de plus. »

Rien de plus, et pourtant sans aucun doute la plus belle et impérieuse des ambitions.

 
Auteur:
Karim

Du p’tit pont au sombrero quand un ballon n’est pas loin, en passant par quelques pages humées au café du coin, ou encore un bout de « frome-gomme » avec du pain, tout ça ne vaut la peine que quand y a de la musique, ou bien?!?

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Quand la musique est à la limite de la cassure, nous nous émerveillons devant les moindres détails.

Une première écoute au détour d’une soirée d’hiver, et voilà, j’étais contaminé.

Amoureux de musiques hispaniques et de flamenco, écoutez !