Larytta: « On n’est pas des artistes bruts »

MalvinPar Malvin  •  10 Avr 2015 à 13:00  •  Live  •   4 views

Qui dit festival suisse dit groupe suisse. Une logique qui pourtant serait intéressante de questionner. Rencontre avec les Lausannois de Larytta. 

La 12ème édition a pris fin le week-end dernier sous l’acclamation d’un public de plus en plus friand. Electron Festival, un des plus grands rassemblements d’électro indoor d’Europe. L’affiche qu’il propose est d’autant plus grande que le rayon d’action mis en oeuvre à Genève. Un procédé aussi intéressant que nécessaire afin d’accueillir plus de 19’000 festivaliers au sein de 10 salles occupées par les platines. Des conférences, des expos, des performances, le festival marque au fer rouge des promesses qu’il tient depuis déjà plus d’une douzaine d’années.

Des promesses que les Lausannois de Larytta auraient compris, par l’intitulé de leur nouvel album, « Jura ». Cependant, la question se pose: Au milieu de cette flopée incommensurable d’artistes et Djs, comment un groupe d’envergure nationale, voir cantonale, peut-il se démarquer? Et jusqu’où une prestation électro peut-elle être considérée comme un concert live? De jolis questionnements que Guy Meldem et Christian Pahud mettent en avant, notamment par la place du label dans ce monde d’électronique. Larytta, un image phare de la scène suisse à ne pas négliger.

Bonjour. Présentez-vous donc !

Nous sommes Larytta, un groupe suisse lausannois et on fait de la musique populaire à base d’éléments électroniques, voir acoustiques, depuis déjà plus d’une dizaine d’années.

Comment est né votre projet ?

Par hasard, par fainéantise même ! Il faut savoir qu’au début, on faisait chacun de la musique de notre côté. Un soir, on nous a demandé de faire un set chacun. Manque de matière pour tenir un concert entier, on a décidé de se mettre ensemble. Et c’est là qu’on s’est fait remarquer par notre actuel boss de label, Leo, de Creaked Records. Il nous a tout de suite commandé un maxi, de là on a jamais arrêté.

Pourquoi « Larytta »?

C’est ce boss en question qui a trouvé l’idée ! On a simplement contracté nos deux noms de base, Larry Pec et Jetta. Il trouvait ça rigolo.

Et « Jura », votre dernier album paru l’année dernière ?

On a trouvé ça un peu par hasard, on aime bien la région, ça sonne bien. Il y a aussi cette idée de promesse, on aime bien le verbe qui en découle ! On dit quelque chose, alors on le fait.

En parlant de votre label, c’est difficile d’en trouver un de nos jours en Suisse ?

Leo venait de commençer son projet, nous avons donc fait partie de l’aventure du label depuis le début. C’est un gros coup de bol. Mais en règle générale, c’est compliqué, même s’il y en a beaucoup. En vérité, la concurrence est bien plus difficile que 15 ans en arrière. En ce qui nous concerne, des petites structures underground donc, on remonte à un temps où l’accès à ce genre de plateforme était bien plus simple.

Quel est donc le rôle du label dans le succès d’un groupe ?

On peut de plus en plus facilement remettre en question son rôle, notamment suite à la croissance importante d’internet dans le milieu. On voit qu’on peut être indépendant jusqu’à une étape assez élevée du processus. Produire sa musique, la diffuser, la faire connaître, on peut maintenant le faire nous-même. Les structures sont se donc réorientées. Il y a toujours une question d’argent, mais trouver une agence de booking est maintenant bien plus important que mettre en avant la vente de disque. On a affaire à une vraie mutation. En ce qui nous concerne, la concurrence est rude pour trouver des dates à l’étranger. Du moins pour le marché suisse.

Peut-on alors parler d’un rôle dans la musique que vous créez ?

C’est une bonne question. On pourrait dire qu’on le fait d’abord pour nous-même, ensuite pour le public. C’est resté la même ambition depuis le début, le fait de créer un tube selon notre vision des choses tout en innovant. Mais ça reste la réponse universelle que tout le monde donne. Secrètement, au niveau psychologique, c’est bien plus complexe. On n’est pas des artistes bruts, dans le sens où on sort des CDs, donc on fait une action commerçable. Mais on peut se poser la question : pourquoi fait-on des concerts ? D’abord pour nous ? Il y a une très grande question d’ego derrière tout ça. Pour chercher l’amour, les artistes sont quand même les plus maladroits.

Vous êtes passés de deux dans le groupe à quatre. C’est pour pousser l’expérimentation plus loin ?

Pas vraiment. Le dernier album a été produit à deux en studio, mais après on a demandé à des amis de se joindre à nous pour apporter un plus à notre prestation live. On a toujours eu une difficulté avec ce genre de concert où tout est préprogrammé. Ça devient presque une norme. On aimerait donc proposer un projet un peu plus bancal dans le milieu de l’électro.

Ce soir notamment, vous jouez en compagnie des danseuses contemporaines de BudGE, un collectif genevois. Le live prend encore plus d’importance !

En vérité c’est Electron nous a proposé de jouer avec ces performeuses. On a répété quelque fois, mais il y aura également beaucoup d’improvisation ! Pourtant, au niveau visuel, on est assez « protestant » avec ça. On n’aime pas trop tout ce qui touche à la projection, surtout quand les deux tiers sont assez pourris. On fait les vieux réac’, sur le principe c’est super, mais ça n’avance pas ! La musique peut être très visuelle, elle. À ce niveau, on tend alors plus à donner de l’importance à notre présence scénique plutôt à ce qui nous entoure. Sur le papier c’est  assez rêche, c’est écrit « musique ».

À différencier donc « spectacle » et « concert » ?

C’est clair que c’est une autre optique. Ça modifie également l’attente des gens. Certain attendrait plus d’un concert, alors que de base, on est là pour la musique. À méditer !

Dernière question : quel album en premier donneriez-vous à un extraterrestre qui vous rend visite ?

La Messe en Si de Bach (du tac au tac). Pour qu’il reste, bien sûr. Mais si on veut qu’il parte, je pense un album de Dream Theatre (rires).

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

Dans le même genre...

Le groupe de heavy metal américain jouera son meilleur album dans son intégralité vendredi dans la...

Richard Galliano et Ron Carter clôturent avec complicité le succès de l'édition 2017 du festival...

Le Joshua Redman Trio était à la hauteur des attentes au JazzOnze+ Festival de Lausanne.