Daniel Fontana: « Laisser pousser des idées, je trouve ça bien. »

ThomPar Thom  •  28 Mai 2015 à 14:37  •  Live  •   10 views

Daniel Fontana est un homme hautement respecté dans le monde de la musique suisse. Depuis 25 ans, le Singinois est un de ceux qui s’intéressent aux tendances actuelles dans la musique indépendante, et qui, chaque année, propose une programmation éclectique et pointue. Rencontre.

LMDS : 25 ans, c’est une sorte de jubilé. Vous l’avez pris comme tel ou vous avez fait comme d’habitude ?

Daniel Fontana (DF) : J’ai préféré programmer comme d’habitude. Je n’aime pas tellement les jubilés, surtout s’ils me concernent. C’est comme un anniversaire. 40, 50, 60 ans… ça me gêne un peu. Et puis j’ai aussi enlevé un peu de pression, parce que même si on a du succès, je sens la pression que je mets sur les choses. C’est plutôt bon signe d’avoir peur que cela ne fonctionne pas pour une raison ou une autre.

LMDS : Tu es tout seul à la programmation ?

DF : Oui. Depuis le début je programme tout, tout seul.

LMDS : Comment est né la/le Kilbi ?

DF : Quand nous sommes arrivés au Bad Bonn, on était deux à tenir le bistrot, sans idée de faire des concerts, sans idée de faire un festival. On a repris l’établissement en février. Et vers mars-avril, des gens qui étaient au service militaire à Berne sont sortis un mercredi soir avec les instruments, puis ils ont demandé s’ils pouvaient jouer. Puis ils ont joué dans le café. Et à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de concerts dans la région. Et d’autres ont demandé à jouer, alors on a commencé à faire des concerts.

Et le Kilbi existait déjà avant, avec les anciens propriétaires des Bains de Bonn, au bord de la Sarine. Il y avait déjà une bénichon. Je connaissais déjà cette fête folklorique avec jambon à l’os et bouffe radicale. Et je me suis dit qu’on pouvait aussi faire une fête. Continuer à faire cette Kilbi, mais sous une autre forme. Donc j’ai invité 3 groupes, 2 locaux et un bluesman américain. On a monté une petite cantine. C’était un peu le bordel au niveau de l’organisation. Mais le nom correspondait bien, et on a relancé cette « Kilbi ». Ça a fait plaisir aux anciens propriétaires qu’on continue cette tradition.

LMDS : Il y a encore des gens du village qui viennent au festival, même s’ils connaissent pas la musique ?

DF : Oui, il y en a pas mal. Et en 25 ans, des personnes ont commencé à s’intéresser parce que ce lieu existe. Ça leur a donné un nouveau hobby. Certains ont découvert la musique avec le Bad Bonn, dont moi. Ça s’est fait en commun. Je n’étais pas dans la musique avant. J’ai aussi découvert le milieu en le faisant.

LMDS : Penses-tu que les artistes qui viennent ici ont plus de plaisir que dans un gros festival où on trouve plus ce côté « usine » ?

DF : Je pense que c’est beaucoup plus simple ici, logistiquement parlant. Même s’ils arrivent en retard, il n’y a pas de souci. On peut toujours sauver le concert en bricolant quelque chose. L’ambiance est plus détendue en Singine.

Au niveau du public, les artistes se rendent compte qu’il y a une sorte de mixité, qu’il n’y a pas que des gens du milieu, mais aussi des personnes du village dont on parlait avant. Il sentent aussi que la programmation est différente, un peu plus risquée. On finit pas toujours avec de l’électro. Des fois c’est avec du black-metal. Et ça c’est un risque que j’aime prendre, rien que pour voir les réactions.

LMDS : Tu mets sur pied d’autres projets artistiques durant la Kilbi, ou tu préfères te concentrer sur la musique ?

DF : Je préfère me concentrer sur la musique. Mais c’est vrai que cette année il y a un projet en collaboration avec Fri-Art, parce qu’on se connaît et qu’on s’apprécie. Et je demande aussi à une équipe de monter un objet. Mais sans contrainte. Je n’aime pas les contraintes, je préfère laisser la liberté aux gens qui ont des idées. J’aime bien quand c’est un peu sauvage. Laisser pousser des idées, je trouve ça bien.

LMDS : Vous avez fait deux Kilbi à Zürich, et une à Saint-Gall. Comment est venue ce projet de sortir des murs du Bad Bonn ?

DF : C’est parce qu’il y a un programmateur à Saint-Gall avec qui nous sommes devenus amis. On programmait souvent les mêmes artistes et des gens en Suisse se disaient : « Ils font leurs programmations ensemble. », mais ce n’était pas le cas. On tombait juste souvent sur les mêmes artistes. Et Damien, le programmateur du Palace, est aussi venu au Kilbi. Il a vraiment aimé le festival et il a eu envie de collaborer avec nous. Pour moi c’était clair que j’avais envie de travailler avec lui.

C’est aussi un bon moyen de promotion. Au lieu de dépenser de l’argent pour faire de la publicité, on organise des concerts, on crée une fête pour les gens. Et même si on prend le risque de perdre un peu d’argent, il y a maintenant des gens qui parlent du Bad Bonn Kilbi à Saint-Gall et à Zürich.

LMDS : Tu sais d’où les gens viennent le plus pour assister au festival ?

DF : Oui, on arrive à voir les statistiques. La majorité vient de Zürich et Lausanne. C’est un peu devenu hype de venir à Guin. Ça permet de savoir où on veut aller avec la programmation, je pense. J’aime quand la musique plaît, mais je n’aime pas quand ça plaît à tout le monde. Je trouve ça très important. Si ça plaît à tout le monde, ça ne peut plus être bien.

LMDS : Revenons un peu sur le Bad Bonn. Tu organises des concerts pendant l’été alors que la plupart des clubs ferment leurs portes. Tu n’aimes pas prendre de vacances ?

DF : On a quand même des vacances. Mais ici c’est aussi plus facile car c’est un petit lieu. On n’a pas besoin d’être beaucoup à travailler pour que la machine tourne. Pour un concert, on a besoin de 3-4 personnes, pas plus. Le lieu est aussi un peu différent, il invite plus à venir. Même si parfois en hiver c’est compliqué de faire venir les gens car ils doivent se motiver. Mais certains adorent marcher le long de la route qui mène au Bad Bonn en hiver.

LMDS : Enfin, si tu devais donner un artiste/groupe par soir de cette Kilbi 2015 ce serait qui ?

DF : C’est très difficile (il réfléchit longuement). Allez, on va dire Tanya Tagaq pour le jeudi, Selda pour le vendredi et Noura Mint Seymali pour le samedi.

 

 

Thom

En 210 caractères, on peut dire de moi que j’aime: mettre du Maggi sur mon pain et les bande-annonces au cinéma. Je n’aime pas me raser et la peau sur le lait. Par contre, pas la place pour parler de musique.

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