Kikagaku Moyo: « La J-Pop, c’est vraiment mauvais »

MalvinPar Malvin  •  31 Août 2016 à 17:46  •  Interviews  •   3 views

Ayant accouché cette année de leur dernière pépite psychédélique « House in the Tall Grass », les Tokyoïtes surprennent encore et toujours à travers des compositions plus précises, plus aériennes. Plus abouties. Grâce à la Nox Orae, leur venue à la Tour-de-Peilz est une somptueuse aubaine pour nos oreilles d’épicuriens grincheux.

Photographie: ©Mathias Kerninon

Le contexte est trop beau pour se rendre compte de l’opportunité qui m’est offerte. Au bord de l’eau, baigné dans les lueurs lacustres du crépuscule estival, je rencontre un des membres fondateurs de Kikagaku Moyo, Go Kurosawa, batteur et chanteur de ce groupe aux confins d’un psychédélisme nippon. Les portes s’ouvrent alors sur un archipel plus alternatif qu’on ne le pense.

LMDS : Pas beaucoup de monde ici en Suisse ne parle japonais. Dis-m’en plus sur votre nom de groupe, « Kikagaku Moyo ».

Go Kurosawa : Cela signifie “Figure géométrique” en japonais. Ce nom est venu à mon esprit lors de nos premières jam, quand le groupe n’existait pas encore. On commençait à 23h dans notre studio et on finissait vers 7h du matin. On le faisait presque tous les jours. Fatigués comme nous étions, on continuait tout de même, et c’est dans ce contexte que j’ai commencé à voire, tôt le matin, ces figures géométriques dans mon esprit. Comme une transe.

Vous êtes tous tombés dans ce monde du rock psychédélique. Quel genre de musique écoutais-tu plus jeune ?

On a tous grandi en écoutant de la musique occidentale, de la Western Music. La J-Pop (musique commerciale japonaise), c’est vraiment mauvais. Côté Japon, on écoute cependant des vieux groupes, des années soixante et septante. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui s’est fait aux States ou en Angleterre.

Parle-moi de la scène « psychédélique » japonaise.

Elle n’est pas très grande. Pour perdurer, nous devons voyager vers des scènes plus grandes, en Europe ou aux États-Unis. C’est cette idée de la « culture psychédélique » et de ces drogues qui n’est pas du tout commune au Japon. Les gens n’en prennent pas et imaginent simplement ce que tu peux voir ou entendre sous acide. Tu ne peux pas vraiment partager, simplement car les gens au Japon n’expérimentent pas.

Cela me fait penser à votre label japonais, « Guruguru Brain ». Il est assez unique dans son genre, n’est-ce pas ?

Avec notre label, nous prenons des groupes asiatiques et tentons de les mener sur différentes scènes. Mais pour un Européen, c’est très compliqué de nous trouver, à cause notamment du langage. Nous essayons donc de faciliter cela à travers le label. D’ailleurs, il y a deux groupes japonais, dont Minami Deutsch, qui viennent en septembre en Europe pour la première fois.

Quand on parle du Japon, la notion et l’univers de la « musique traditionnelle » ressort souvent. Qu’en est-il de vous ?

Pour être honnête, je ne pense pas que nous sommes influencés par cet univers. Mais le fait que nous ayons toujours vécu au Japon, baigné dans la culture du pays, a certainement influencé notre musique. Quand on parle de « rock psychédélique », une certaine idée du genre nous vient en tête. Mais le fait que nous puissions prendre différents éléments de différentes musiques, il est clair que cela élargit le genre et mène à d’autres expérimentations.

Par pure curiosité, véhiculez-vous un message à travers vos chansons ?

Nous n’avons pas vraiment de message. Nous tentons simplement d’exprimer et d’expliciter une idée de scène ou d’image à travers notre musique. Comment des notes peuvent visuellement représenter quelque chose. Comme un tableau (il pointe du doigt le lac Léman et ses montagnes).

Dernière question : on t’envoie sur une île déserte, et tu n’as le droit de prendre qu’un seul album avec toi. Lequel choisirais-tu ?

(Après mûre réflexion) Il existe un album, d’un groupe seventies anglais, qui est une œuvre complète du début à la fin, mélangeant le monde folk au psychédélisme. C’est « On the Shore » du groupe Trees.

 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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