Jedi Mind Tricks : « On a toujours eu cette éthique punk hardcore »

GlennPar Glenn  •  25 Oct 2015 à 19:09  •  Interviews  •   2 views

Jeudi 22 octobre dernier, Jedi Mind Tricks était à la Case-à-Chocs de Neuchâtel pour un concert sold-out. En tournée européenne pour la promotion de leur dernier album « The Thief and The Fallen« , l’occasion a été saisie de s’assoir avec le frontman Vinnie Paz.

Crédit photo: Mesh Photography

LMDS: Vinnie comment se passe ce début de tournée?

Vinnie Paz: On était à Amsterdam et Paris et les deux shows étaient sold-out, apparemment comme ce soir. C’était absolument taré, du coup on commence plutôt bien et ça fait plaisir d’être de retour, car ça fait un moment. Quand t’es jetlagé et que tu vois cette foule, ça te redonne une pêche d’enfer!

Vois-tu une différence entre le public européen et nord-américain?

Je pense que le public européen a clairement plus de respect pour la culture hip-hop, surtout lorsqu’il s’agit du hip-hop boombap traditionnel. Evidemment il y a toujours des endroits comme Philly, New York ou L.A. qui ont gardé cet esprit, mais partout où l’on va en Europe, les gens semblent nous être dédiés dans un certain sens. Je ne sais pas ce qu’il y a avec notre musique, mais les gens semblent être connectés avec ce qu’on fait. C’est une belle chose et je me sens béni par ça.

Peux-tu me dire quelques mots sur le nouvel album de Jedi Mind Tricks, « The Thief and The Fallen« , quel était le processus de sa conception et d’avoir Stoupe à nouveau dans le groupe?

On s’est revu avec Stoupe il y a deux ans et on se s’est dit que si on allait retravailler ensemble, il fallait que ça soit vraiment bon. Car après ses sept années d’absence, quelle était la raison de refaire quelque chose ensemble? Mais on a pris notre temps et les idées ont rapidement émergé. C’était comme quand on était ado. On avait de nouveau faim comme à l’époque où il fallait qu’on prouve quelque chose. C’est pour ça que je suis fier de cet album et c’est notre meilleur travail depuis dix ans. C’était de nouveau fun et ça, c’est vraiment important pour moi.

Comme à l’époque de « Violent By Design« ?

Clairement! C’est vrai qu’on a quelque part tous pris en maturité et que c’est grâce au fait qu’on a chacun eu différents projets à côté, mais ça a fait du bien de revenir sur nos bases, comme lorsqu’on enregistrait un quatre titres dans ma chambre.

Ça me rappelle que sur le titre ‘Before The Great Collapse‘, dans « Legacy of Blood« , tu disais : « Tell Stoupe that I always had his back, ma’, And we was meant to be together on a track, ma« !

Absolument, j’appellerai ça le destin! Je me sens béni que mon producteur préféré soit aussi mon partenaire dans le groupe, tu vois ce que veux dire? Un peu comme Guru avec DJ Premier! J’avais quinze ans quand j’ai rencontré Stoupe, du coup plus de la moitié de ma vie on a été un groupe. C’est une bénédiction que des gens veulent encore nous écouter. Toi en ce moment tu portes un t-shirt de Terror, je te dis Agnostic Front, ça fait trente-et-un ans qu’ils tournent. « Victim in Pain » est sorti en 1984. Ian McKaye de Minor Threat avec Fugazi, il continue de tourner! Pour ça, il faut continuer de sortir des trucs que les gens aiment et d’aimer ce que tu fais!

Jedi Mind Tricks c’est un peu comme un groupe de punk hardcore, non? Il y a une grande loyauté de la part du public.

Complètement d’accord. J’en parlais avec Ill Bill à Amsterdam. On a managé nos carrières comme ces groupes de punk hardcore. Contrairement à ce qui se fait d’habitude dans la scène hip-hop où souvent les gens profitent des uns des autres et arrivent, pour résumer, à te faire payer soixante dollars pour un simple t-shirt ou tout simplement à ne pas en faire, car ils s’en foutent. Pire encore, toi qui fais des interviews, certains te feraient payer cent dollars pour que tu puisses les rencontrer. Quand on a commencé au début des années 90, notre label s’appelait Super Regular et on a sorti de la musique punk hardcore. Pas beaucoup de gens savent ça. On a toujours eu cette éthique punk hardcore dans tout ce qu’on fait surtout lorsqu’il s’agit de nos lives. En somme, dans la scène punk hardcore, les gens mettent véritablement du coeur dans ce qu’ils font. Certains rappeurs sont juste là sur scène sans DJ avec aucune connexion avec le public! Il faut comprendre qu’il y a des gens dans le public qui travaillent dur pour aller te voir à des concerts. Ma mère me l’a martelé dans la tête: « Ces gens ne sont pas plus différents que toi ». Il ne faut jamais prendre les choses pour acquis, surtout que pour ma part je parcours le monde et je n’ai pas à faire un boulot régulier. J’en suis conscient que c’est une bénédiction et j’essaye au mieux d’être accessible auprès de mon public.

Quelle différence y a t’il entre « The Thief and The Fallen » et les autres albums de Jedi Mind Tricks?

Emotionnellement sur cet album, j’étais à une meilleure place, car il y a deux ans, lors de l’enregistrement, je venais d’avoir un fils. On s’est débarrassé de nos problèmes avec le label Babygrande et après ça tout est gentiment rentré dans l’ordre, de plus que Stoupe est revenu parmi nous entre temps. « The Thief and The Fallen« , « Servants in Heaven, Kings in Hell » et « Violent by Design » sont les moments dont je suis le plus fier, mais pour te dire franchement je n’écoute pas ma propre musique, c’est pour ça que j’ai parfois des problèmes à mémoriser mes paroles! (rires).

Et justement concernant l’évolution de tes paroles au fil des années?

C’est vrai que j’ai toujours aimé ces paroles crues sur du gros boombap, mais j’essaye aussi de modérer mes propos. Ce sont des métaphores, du coup il est clair qu’il ne faut pas prendre ce que je dis au premier degré. De plus, je n’ai pas envie non plus de tout le temps rabâcher des paroles politiques, car au bout d’un moment ça devient ennuyeux. J’essaye de trouver une manière créative de dire des choses et d’informer les gens, mais à la fin il faut que ça soit divertissant.

Quels sont les futurs projets de Jedi Mind Tricks ainsi que ceux du reste de la famille Enemy Soil?

On est en train de travailler sur le projet solo de Stoupe. Ça va clairement être différent de ce que Jedi Mind Tricks fait dans la mesure que ça sera clairement plus soul. J’ai déjà quelques titres pour mon prochain album solo. On va les deux terminer nos projets respectifs cette année et ensuite on va bosser sur le prochain album de JMT. Stoupe a déjà pas mal d’idées pour le projet, ça m’a clairement fait plaisir (rires).

Un mot pour la fin?

Il faudra que je n’oublie pas d’amener du chocolat pour mère. A chaque fois que viens en Suisse, je dois lui en ramener parce qu’elle adore ça! (rires).

Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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