Weval : « Le dancefloor a ses propres règles. »

LouisPar Louis  •  1 Déc 2016 à 10:00  •  Interviews  •   6 views

Propulsé par le single ‘Detian‘ de leur premier EP en 2013, Weval écume maintenant l’Europe sans répit, passant en Suisse romande pour la troisième fois depuis le début de l’année. Cette fois, on a décidé de rencontrer les deux Hollandais derrière le projet, Harm Coolen et Merijn Scholte Albers.

Vous souvenez-vous de vos premiers contacts avec la musique électronique?
Merjin : Nous aimons tous les deux le genre depuis… notre naissance (rires) Ou d’aussi loin qu’on s’en souvienne.
Harm : Quand j’étais gosse, je me suis une fois retrouvé dans un magasin, et j’ai choisi un cd au bol, sans savoir ce qu’il contenait. C’était une sorte de dance très eighties. Ensuite mes goûts se sont diversifiés, ils ont toujours évolué. Parfois j’en viens à renier mes anciens coups de cœur.

Vous jouiez d’un instrument quand vous étiez gamins?
Merjin : Mes parents insistaient pour que je joue du piano parce que mon oncle faisait de la guitare, on en avait un grand dans le salon. Mais je ne m’y suis pas mis sérieusement avant de quitter le nid. Là j’ai appris à jouer du piano et de la guitare.
Harm : On avait aussi un piano, je l’avais un peu essayé mais je n’étais pas fameux. Je préférais jouer du football dehors, quand j’avais 10 ans. Ado, je mis à la musique dans la perspective de devenir DJ. Et une chose en entraînant l’autre je me suis intéressé de plus en plus à la composition.

Et comment vous-êtes vous rencontrés?
Merjin : À l’anniversaire d’une connaissance. Harm s’est approché de moi pour savoir si j’étais intéressé à lui filer un coup de main pour un clip musical pour un groupe de potes à lui. Notre batteur live était dans ce groupe, qui n’existe plus maintenant. Deux des membres de ce groupe ont en fait fini par nous rejoindre sur scène : le batteur, déjà évoqué, et lors d’un concert à Istanbul nous avions invité le chanteur.

Comment s’est opérée la transition depuis le label Atomnation vers Kompakt, entre votre premier et votre deuxième EP?
Harm : C’était une coïncidence. Kompakt avait eu vent de notre musique. Ils nous ont appelé alors qu’on bossait sur de nouveaux morceaux, sans même avoir commencé à réfléchir à un label. On pensait bêtement refaire appel à Atomnation. Mais Kompakt est apparu et on était ravis de bosser avec eux. Ils sont plus gros, ça aide à propager notre musique au niveau international. En y repensant, ça a été une étape charnière.

Quand vous travailliez sur votre premier EP, vous attendiez-vous au succès dont vous jouissez maintenant? En particulier votre morceau ‘Detian‘, vous aviez pressenti le tube en puissance?
Merjin : Pas du tout! Le plus amusant, c’est qu’alors que ‘Detian‘ était presque terminée, on se demandait si elle était vraiment appropriée pour « Half Age » (ndlr : leur premier EP), on hésitait à la retirer. C’est grâce à Harm qu’elle y figure, il a insisté pour qu’on la termine parce qu’elle lui plaisait vraiment.
Harm : Il faut comprendre : on a bossé pendant trois ans sur ce premier EP, pas à temps plein mais on y a consacré beaucoup d’énergie. Pour nous, c’était une grande période d’apprentissage du métier. Rien que composer un morceau qu’on était capable d’apprécier après plusieurs écoutes était déjà un exploit pour nous.

Avez-vous parfois le sentiment que le succès de ‘Detian‘ occulte le reste de votre travail?
Merjin : Rarement. C’était le cas à Paris, les deux fois où on y a joué. Le public attendait vraiment la chanson. Mais en général, à mon soulagement, ça ne tourne pas que autour de ‘Detian‘.
Harm : C’est ça, on s’est même dit que rien ne nous empêchait de ne pas l’inclure dans nos sets. On regarde aussi si elle se marierait bien avec les autres tracks prévues.

Vous n’avez jamais caché votre amour du cinéma. Comment pensez-vous que la musique électronique s’allie le mieux à cette autre forme d’art?
Harm : Ça dépend du film et des thèmes qu’il aborde. Qu’il aborde des sujets contemporains et une bande-son électro sied parfaitement – pense à The Social Network.
Merjin : C’est de plus en plus courant que des compositeurs se tournent vers la musique électronique, même pour des productions holllywoodiennes. Souvent ils y mélangent des synthés avec des parties orchestrales. Même Hans Zimmer.

Certains ont justement qualifié votre musique de ‘cinématographique’, assez pour prêter vos talents à la b.o. d’un film, vous pensez?
Harm : Si le film est bon et que le projet est intéressant, ce serait un rêve. Vois-tu, quand tu écris de la musique destinée à se suffire en elle-même, elle doit redoubler d’expressivité pour ne pas relâcher l’attention de l’auditeur. Mais dans le cas d’un film, il y a déjà assez de stimulis pour remplir cette tâche, ce qui ouvre la porte vers des compositions plus minimales, qui se développent lentement, et qui marcheraient moins bien sans appui visuel. Après, j’imagine que la liberté dont on y profiterait dépendrait du réalisateur, peut-être que certains sont extrêmement dirigistes, je ne connais pas assez le milieu.

Juste pour le fun, est-ce qu’il y aurait des réalisateurs avec qui vous voyez travailler dans vos rêves la nuit?
Harm : Oh, je n’y ai jamais réfléchi. Mais peut-être David Fincher, on se rejoint là-dessus.

Votre musique semble se prêter aussi bien aux clubs qu’à une chaîne hi-fi de salon chez soi. Mais quand vous la composez, vers quelle type d’écoute la concevez-vous?
Merjin : Une écoute chez soi, sans aucun doute. On réarrange ensuite nos morceaux pour les lives, en gardant à l’esprit la nécessité de les rendre plus propices à la danse, peut-être en accélérant le tempo ou en mettant davantage l’accent sur le beat. C’est la raison pour laquelle on aime bien amener un batteur avec nous.
Harm : Le dancefloor a ses propres règles, on en est conscient. Les morceaux peuvent se permettre de soigner leur construction, là où une lente progression risque plus facilement de fatiguer l’auditeur sur cd. On apprécie la musique électronique sous ces deux déclinaisons, mais on la destine avant tout à une écoute chez soi.

Ça fait maintenant cinq mois que vous avez sorti votre premier album…
Merjin : Cinq mois déjà?

Oui, j’ai vérifié sur internet avant de venir! Avec ce petit recul, est-ce que vous le considérez d’une autre manière?
Merjin : Je continue à l’écouter. Avec le temps, mes préférences évoluent, mais ma favorite reste ‘I Don’t Need It‘. J’ai le sentiment que nous sommes parvenus à y atteindre un son vraiment unique.
Harm : Je m’en suis un peu lassé de mon côté, mais je suis d’accord pour dire que c’est un des morceaux les plus intéressants qu’on ait écrits jusqu’ici. Nous ne la jouerons pas ce soir, mais on va sûrement l’inclure dans nos sets futurs.

Contrairement à d’autres artistes electro, vous n’hésitez pas à insérer de la voix sur vos morceaux. Pouvez-vous expliquer cette particularité?
Merjin : Même si la musique électronique a une certaine tradition instrumentale, nous n’aimons pas l’idée de nous aligner sur un genre. Nous ne nous dirons jamais : « Ah, là on va faire une piste electro, alors pas de voix » puis « Cette fois on part sur un truc pop, il nous faut un refrain chanté. » La musique est selon moi quelque chose qui ne devrait pas s’encombrer de telles contraintes. D’un autre côté, si nous ne respectons pas ces contraintes, c’est aussi que, dans une certaine mesure, nous n’y sommes pas familiers. Nous n’avons pas de formation rigoureuse, nous y allons surtout au feeling.
Harm : À nos yeux, la voix n’est qu’un élément comme les autres. Elle peut tendre à prendre la direction du mouvement, se montrer cajoleuse, mais ce ne sera jamais dans un sens pop habituel. Dans tous les cas, ce n’est pas prémédité. Lorsqu’on écrit un morceau, il peut s’ériger à partir d’un beat, d’une nappe sonore, d’une mélodie au synthé, ou d’une ligne vocale. Encore une fois, on n’a pas de schémas prédéfinis.
Merjin : Prends le titre ‘Easier‘. À ses balbutiements, on tenait un beat, on y ajouté la voix, puis on en a retiré le beat, on a ensuite ralenti la voix, inséré un beat la Massive Attack, qu’on a retiré également, pour atteindre la forme qu’elle a actuellement. On a fini par lui donner une structure totalement différente de celle qu’elle arborait au début.

À propos de ‘Easier‘ justement, un copain un peu bourré me disait à son sujet : « Ah, tu sais, cette chanson, c’est génial : elle recèle tellement de tristesse, mais aussi tellement d’espoir. » Vous approuvez cette description alcoolisée?
Merjin : C’est le genre de sentiments que j’aime dans tous les morceaux. Un peu euphorique, un peu mélancolique. Des accords joyeux assombris en les faisant sonner légèrement « faux » , ou l’inverse.

 
Auteur:
Louis

Je recherche : une édition originale de l’EP éponyme de Medieval Steel en 12 ». Je propose : deux cannettes un jeudi à la Ruche. Eh ouais, l’expat’ fribourgeois n’a pas perdu ses habitudes langagières arrivé à Lausanne.

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