Hanni El Khatib – « Moonlight »

StevePar Steve  •  28 Jan 2015 à 17:39  •  Albums  •   2 views

Si l’on devait donner une couleur à Hanni El Khatib, ça serait sûrement… le gris. Pourquoi ? Parce que le Californien peint sa musique essentiellement avec deux couleurs : un blanc « White Stripes » et un noir « Black Keys ». Son nouvel album « Moonlight » reprend la formule, mais nous réserve quelques surprises ! 

Vous aurez de la peine à trouver un article sur Hanni El Khatib qui n’évoque pas les « Bandes Blanches » ou les « Clés Noires ». C’est d’ailleurs un problème récurrent pour bon nombre de groupes associés à un style garage bluesy : comment se démarquer ? Il faut dire qu’avec ses deux albums précédents, Hanni El Khatib ne s’en était pas trop soucié. Son premier essai, crade et spontané, évoquait sans complexe la fougue et le son minimaliste des premiers White Stripes. Lui-même en parlait dans un interview accordé aux Inrocks : « Je reconnais l’importance des White Stripes : ils ont ouvert la voie pour tous les groupes qui font de la musique brute, pas formatée pour la radio. » Le deuxième opus, toujours dans un rock rétro et bluesy, était par contre clairement plus léché, produit par un certain… Dan Auerbach. Le chanteur des Black Keys, producteur à ses heures perdues, a pris comme habitude d’imposer sa patte personnelle à une foule d’artistes. Cela n’a pas manqué avec Hanni El Khatib.

Hanni El Khatib passe en couleur

Après un premier album tirant vers un blanc « White Stripes » et un second vers un noir « Black Keys », Hanni El Khatib prouve enfin qu’il peut puiser dans d’autres couleurs. Son nouvel opus « Moonlight » est plus lent, plus introspectif et surtout plus diversifié. S’il reste encore de gros résidus du passage de Dan Auerbach, il s’éloigne toute de même de l’étiquette qu’on lui colle parfois un peu trop rapidement (moi le premier).

Du rock direct et sans concession de ses débuts, il ne reste que les très bons ‘The Teeth’ ou ‘All Black’. Tout au long de l’album, on retrouve des sonorités plus psychédéliques et un groove plus proche de la soul que du blues-rock pur et dur. La chanson titre, ci-dessus, en est un parfait exemple avec une grosse reverb et un synthé qui m’est personnellement désagréable, mais là n’est pas la question. A l’écoute du morceau, on ne peut s’empêcher d’imaginer un couplet rappé appuyant ce groove qui n’attend que ça. Et c’est chose faite grâce à une version remix avec GZA du Wu-Tang Clan.

‘Melt Me’ est selon moi la pépite de cet album. Structurée autour d’un riff simple et efficace, la chanson arrive tout de même à nous surprendre avec un mélange de gros accords stoner et de mélodies très pop. Dans la même veine, ‘Mexico’ pousse le vice un peu plus loin et se transforme en superbe balade mystique alternant acoustique et électrique. Avec ces deux morceaux, Hanni El Khatib a trouvé le parfait mélange entre la spontanéité de ses débuts et la production léchée de son second album.

On vous met un supplément de disco orientale symphonique avec tout ça ? 

Malheureusement, le choix de structurer ses morceaux de façon plus surprenante et d’intégrer des sonorités plus originales n’est pas toujours heureux. S’il trouve le bon milieu avec ‘Melt Me’ et ‘Mexico’, d’autres titres sont assez plats et artificiels. On risque sérieusement l’overdose d’overdubs et de synthé dans des chansons comme ‘Worship Song’. Dans ‘Two Brothers’, on finit même par se perdre dans un final de 3 minutes instrumentales de… disco orientale symphonique ? Appelons ça comme ça.

Au final, Hanni El Khatib prouve avec cet album qu’il n’est pas uniquement un Jack White wannabe ou un pur produit à la Dan Auerbach. Le Californien n’est plus uniquement en noir et blanc. Et tant mieux ! Mais il risque de se perdre en jouant avec trop de crayons à la fois.

INNOVATIVE LEISURE – 2015

Voici l’album entier en streaming :

Steve

Depuis que j’suis gosse, je suis fan de rock. Toutes les époques, tous les sous-genres mais surtout lorsqu’il « vient de là, il vient du blues ! ». Nom de dieu, je viens de citer du Johnny ?! Shame on me.

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