Guillaume Perret : « Je ne me considère pas comme un jazzman »

MalvinPar Malvin  •  20 Avr 2015 à 16:47  •  Live  •   2 views

Installé au restaurant rigoureusement chic du Cully Jazz Festival, j’attends la venue d’un saxophoniste trop peu conventionnel. Guillaume Perret, l’orfèvre de la nouvelle scène jazz francophone.

Photo par Jean-Baptiste Millot

Ce type, je l’ai vu quelques années en arrière à Lausanne pour un workshop à la Fnac. Alors prof à l’EJMA, installé là entre album et passants inattentifs, c’est le premier choc avec un genre nouveau. Une expérimentation sonore époustouflante. Du jazz et de la disto, couplés avec une lumière rouge vif s’allumant à l’interne de son cuivre.

Et le voici propulsé, par ses recherches musicales et son saxophone rafistolé, sur les devants de la scène contemporaine, en compagnie de son groupe The Electric Epic. Difficile de refuser sa rencontre quand, de nos jours, parler hybridation et expérience sont les fins mots d’un discours rempli de richesses nouvelles. À travers lumières et grésillement, Guillaume Perret décide de se livrer à nous sans grand embarras.

Bonjour. Présente-toi donc !

Salut, je m’appelle Guillaume Perret, j’écris de la zik et je joue du saxophone électrifié.

D’où est née ta passion pour le jazz ?

Elle est née au Conservatoire où je faisais du classique. À l’époque, il y avait les premiers ateliers de jazz. J’ai donc dès mon enfance regardé ça avec un œil envieux. Quelque chose m’attirait dans le jazz. L’improvisation, l’exploration. Le fait de pouvoir se rechercher soi-même à travers la musique.

Comment en arrive-t-on à aimer précisément un style de musique ?

Je pense que ça vient des influences dans lesquelles on baigne. En ce qui me concerne, hormis le monde du Conservatoire, les albums de mes parents m’ont beaucoup influencé. Du rock prog’ aux seventies, Zappa, Crimson, du bon quoi ! Le jazz est venu après dans la pratique, sur le terrain avec les musiciens.

Aucun sentiment d’appartenance ?

Je ne sais pas, je ne me considère pas comme un jazzman, ou un rockeur. J’ai mes fonctions dans chaque style. L’important, c’est qu’il y ait des choses qui parlent, qui ME parlent !

Comment t’est venue l’idée de bidouiller ton saxophone ?

J’ai juste pris deux pédales d’effet que j’ai branché à mon micro sax, et ça m’a vraiment plu. Petit à petit, le système s’est développé. J’me suis mis à travailler avec des ingénieurs, tout en faisant face aux galères que ça engendre ! Car un saxophone de base, c’est pas vraiment conçu pour ça. Mais avec de la lumière et du son, je pense avoir avec cet instrument tout un univers qui m’est propre.

Tu as maintenant combien de saxophones ?

Oh, c’est toujours le même ! Mon bon vieux ténor me suit depuis le début. Et non, il n’a pas de nom !

Peut-on parler de « jeunesse musicale », le fait de vouloir sortir des sentiers battus à travers l’expérimentation ?

Pour moi, il a toujours été très important de se démarquer musicalement, même au sein de mes anciens groupes. Créer la petite étincelle qui interpelle autant le public que les musiciens, ceux qui m’embauchent. Et le plus important, c’est qu’ils le fassent non pour le saxophoniste, mais pour moi, Guillaume Perret. Je suis simplement mes envies.

En parlant de tes envies, n’y aurait-il pas une volonté d’ouvrir les portes du jazz à une plus grande échelle ?

Complètement. La richesse dans le jazz est incroyable, mais c’est une musique avec une mauvaise réputation. Beaucoup de gens trouvent la musique compliquée, intellectuelle, difficile d’accès. On lui reproche de n’être faite que « pour les connaisseurs ». Moi, je désire rendre la richesse de cette musique en utilisant des codes accessibles, comme la simplicité d’un bon gros riff de rock qui va déboucher sur la gestion d’un solo ou d’une rythmique plus jazz. Richesse, recherche et simplicité.

De prof à l’EJMA (Ecole de Jazz et Musique Actuelle) à une certaine renommée d’artiste, qu’est-ce que ça te fait ?

Ça s’est construit ensemble. J’avais déjà à l’EJMA mon petit réseau et une notoriété dans certains endroits. Les choses ont évolué très tranquillement. Le fait que j’étais assez actif sur scène m’a en réalité beaucoup aidé à devenir prof, car le directeur voulait quelque chose de dynamique ! J’espère en tout cas que j’ai pu apporter ma petite pierre à l’édifice (rires).

On a également découvert ton nom sur la prog’ du Paléo. En 40 ans de festival, tu es le seul artiste à être classé sous « Jazz Métal ».

C’est parfait, on ne pouvait pas espérer mieux. De toute manière, les étiquettes sont assez restrictives. Surtout en 2015, c’est pas évident. Beaucoup de projets hybrides voient le jour, mélangeant plein de styles. Et fort heureusement !

Et au Cully Jazz, tu trouves de l’hybridation ?

Ah oui ! Ce n’est pas mon festival préféré pour rien. Typiquement ce soir, il y a du blues amérindien, de la musique klezmer, un orchestre, c’est très très éclectique. On ne peut espérer mieux.

Un rituel avant de monter sur scène ?

Un rituel… J’avais tendance à me faire un petit shot de rhum, mais je commence gentiment à l’abandonner. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il faut juste me laisser tranquille 20 minutes avant. Je ne suis pas un gars très accessible à ce moment.

Dernière question : quel album en premier donnerais-tu à un extraterrestre te rendant visite ?

Je pense du Mozart, histoire de lui passer une belle musique bien écrite. À la Mozart-style.

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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