Grand Pianoramax – « Quand le leader et fondateur du groupe est pianiste, tu te dois d’ajuster ta mentalité »

LauraPar Laura  •  11 Avr 2016 à 17:07  •  Interviews  •   0 views

Ce samedi 9 avril, alors que la légende cubaine était certaine de raviver les cœurs des petits et de recevoir des lettres d’amour des grands, mon regard s’est amusé à contempler des Vans Mickey, tandis que mes oreilles écoutaient attentivement l’histoire de Léo Tardin, fondateur et pianiste de Grand Pianoramax.

En premier lieu, il y a un homme. Un homme qui, après avoir remporté le premier concours international de piano du Montreux Jazz, aimerait explorer les confins du Jazz et retrouver la qualité sociale du genre. Puis, il y a l’idée. Celle de rassembler les gens, leur faire passer du bon temps, les voir danser; tels sont les aspects sur lesquels se base la formation Grand Pianoramax. Du premier album éponyme à « Soundwave », il y a  plusieurs remises en questions et remaniements qui font du groupe ce qu’il est aujourd’hui. Léo Tardin revient sur son parcours et nous raconte les fondements de cette formation qui le lie à Black Cracker et Dominik Burkhalter.

LMDS: Quand tu as commencé le projet de Grand Pianoramax, tu recherchais de nouveaux sons dans le Jazz. Lesquels étaient-ils ?

Léo Tardin: Je voulais retrouver la qualité sociale du Jazz qui à la base était une musique où les gens venaient, dansaient, s’amusaient. Ce n’était pas une musique savante où les gens s’asseyaient silencieusement et écoutaient comme à un concert de musique classique.

Dès ton deuxième album « The biggest Piano in town », tu as intégré des voix en y invitant des rappeurs, slammeurs à l’image de Black Cracker. Qu’est-ce qui t’as attiré dans cette association ?

Je ne suis pas un show man, je suis un musicien. J’avais besoin d’un chanteur pour qu’il ait cette fonction et Black Cracker le fait magnifiquement bien, en plus qu’il y ait beaucoup de contenu dans ce qu’il fait. Il a des textes originaux et imagés, un  univers propre qui n’est pas du tout superficiel, mais en plus il a du charisme et l’énergie sur scène pour faire rentrer le public dans la musique. L’autre aspect venait du fait que d’avoir juste un clavier et une batterie, c’était un peu austère. Donc on je me suis demandé quel troisième élément on pouvait ajouter. Le plus logique, aurait été d’emmener un bassiste mais ça aurait été vite connoté seulement jazz, tandis qu’avec la voix ça peut basculer dans toute sorte de direction et ça m’intéressait d’avoir un nombre très large de styles que l’on peut aborder.

Ce projet se voulait au départ personnel dans lequel tu invitais différents chanteurs, différents musiciens et finalement ça s’est regroupé en une formation unique. Pourquoi ?

C’est difficile de développer une profondeur ou une esthétique propre au groupe quand c’est à chaque fois une voix différente. Petit à petit Black Cracker est devenu le seul chanteur du groupe, Dom le seul batteur et de plus en plus ils se sont impliqués dans la création artistique. Ce qui est un peu inhabituel, c’est que le leader et fondateur du groupe est pianiste et non pas chanteur, et ça nécessitait des ajustements au niveau des mentalités. Humainement c’est une aventure qui n’est pas toujours simple parce que les artistes ont des ego, des sensibilités. Mais on aime tous suffisamment le projet pour apprendre à faire des efforts, des compromis, tout en ne perdant pas la nature du projet. Et puis on a tous des projets personnels en parallèle. À un moment donné ça devenait inconfortable juste avec le groupe, alors j’ai mis en place un projet solo juste au piano, ce qui m’a permi d’être beaucoup moins impliqué émotionnellement dans le groupe. Ça a finalement été bénéfique au groupe. Il faut apprendre à laisser la place aux autres. C’est un équilibre à trouver.

Comment ça se passe au niveau du processus créatif?

Black Cracker à carte blanche. On s’échange pas mal de sons, des idées sur mp3. J’amène souvent des harmonies, parfois des mélodies. Dom amène le groove et Black Cracker pose sa voix, ses textes.

Evidemment on décide tous de ce qu’on veut changer dans le morceau, la forme, la production. Pour ‘Big easy’ par exemple, à la base c’était un morceau avec une longue série harmonique dont un petit passage harmonique qui faisait partie d’une série beaucoup plus complexe, et Dom a dit:  » je pense que toute cette longue partie n’est pas nécessaire parce que trop compliquée, par contre ce moment-là, c’est la partie forte du morceau et on devrait ne rester que là-dessus ». Parfois j’ai des idées très claires et à ce moment-là, je n’avais pas le recul que lui avait, et c’est finalement avec ses suggestions qu’est né le morceau.

‘Soundwave’ est sorti juste après ‘Big Easy’ un EP de 4 titres. Ce sont deux produits qui se ressemblent énormément. Ils sont plus funky, plus lumineux que les autres. Peux-tu nous en dire plus ?

L’idée était que l’album soit dans le prolongement de l’EP. « Til there’s nothing left » (2013) était un album particulièrement difficile à accoucher parce que c’était la première fois que, dans le groupe, chacun contribuait également artistiquement. Il a fallu qu’on apprenne à retrouver nos marques contrairement aux albums précédents ou j’amenais les idées et ils « exécutaient ». Cette raison a amené toute sorte de remise en question au sein du groupe. On a donc décidé de commencer par un EP est on s’est dit qu’on verrait ensuite.

Et puis notre label venait à bout. Par chance, lorsque nous avons démarché les maisons de disques, la sauce à très vite pris avec Mental Groove Record. On est donc parti sur un EP 4 titres sur vinyle et puis décidé de faire un album en entier qui sortira après.

Enfin, qu’est-ce qui t’attire dans le Jazz ?

A première vue, c’est une musique qui permet une grande liberté qu’on peut prendre.

C’est pourtant très exigeant…

La musique classique est tout aussi exigeante mais on a une marge de manœuvre beaucoup plus restreinte où finalement, c’est surtout un travail d’interprétation. Il y a un aspect dans le Jazz que j’explore beaucoup plus dans mon projet solo qu’avec le groupe. C’est la composition instantanée, cette improvisation sur le moment où tu n’as pas le temps de réfléchir, où plus tu lâches prise et tu prends des risques qui peuvent porter leurs fruits. Ça peut aussi se casser la gueule mais quand ça marche, il y a cette espèce de magie qui prend la relève, qui est une expérience unique est en grande partie due à l’improvisation. Je ne suis pas sûr que dans l’interprétation seulement on peut aller chercher aussi profondément les choses venues de nulle part. Il y a une part d’inconnu qui me stimule énormément dans l’improvisation et il y a ce sentiment de liberté et d’immédiateté grisant et unique que le public ressent.

Grand Pianoramax à découvrir sur Facebook ou leur site web.

Réalisation clip et pochettes de « Big easy » et « Soundwave » par: Collectif Remake

Laura

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