GR! x Muthoni x Hook: « Notre aventure est un peu comme le film Madagascar »

GlennPar Glenn  •  25 Mar 2015 à 11:01  •  Interviews  •   4 views

C’est par un dimanche après-midi pluvieux mais avec une attitude de charbon que Hook m’a donné rendez-vous dans son studio ‘la 39ème chambre’ à Neuchâtel pour une interview avec l’artiste kenyane Muthoni the Drummer Queen ainsi que son colistier GR! Notons également la présence d’Olga Lacroix, choriste et guitariste sur le projet MDQ. 

(Interview donnée en anglais et en français)

Hello merci de me recevoir !

Muthoni the Drummer Queen : Merci à toi

Bienvenue en Suisse !

MDQ : Merci

Comment aimes-tu la Suisse jusqu’à présent ?

MDQ : mmmh… Votre printemps est une arnaque !

(rires)

MDQ : Quoi d’autre… mmmh… Ces gars n’ont plus de sucre… Donc on fait en quelque sorte un régime sans sucre !

Tout le monde : (rires)

MDQ : Que se passe t-il d’autre… Ouais jusqu’à présent pas mal ! Hahaha c’est tout ! Non vraiment c’est cool d’être en studio avec ces gars.

Peux-tu te présenter et dire d’où viens-tu pour les lecteurs de lemurduson.ch

MDQ : Est-ce que les gens savent réellement qui ils sont ? (rires) c’est une question philosophique ! Pour l’instant je suis une chanteuse, une rappeuse, je joue de la batterie et je suis de Nairobi au Kenya. Mon nom est Muthoni the Drummer Queen, je suis fun, énergique, positive, créative et on va s’arrêter là car on peut continuer pendant un moment…

Comment vous êtes vous tous rencontré ?

MDQ : A vrai dire nous avons un ami en commun. Un de mes bons amis est aussi un très bon ami à GR ! Ils ont grandi ensemble. Et une fois il était en train de se vanter du fait qu’il venait de la capitale du hip-hop, un endroit appelé Marsh… Donc, du coup, je lui dit Ok cool et il m’a fait écouté des beats que GR ! et Hook ont produit… Ok pas mal ! « Pas maaaaal ! » (en français). Peut-être qu’on peut faire quelque chose, on a échangé des idées, une chose après une autre et en juin 2013 j’atterris ici !

GR! : En fait on s’est rencontré au moment du projet, on ne s’était pas vu avant d’avoir fait le projet !

Comment est la scène musicale au Kenya ? J’imagine que la musique traditionnelle est très présente mais autrement ?

MDQ : (Elle réfléchit) Comment faire ça court ? D’abord, il y a bien sûr la musique traditionnelle. Il y a environ 42 communautés avec différents langages au Kenya. Chaque communauté à sa propre musique et des dizaines de différentes stations radio qui émettent dans une langue particulière. Il y a un aussi mix avec la musique contemporaine. Dans les grandes villes, on écoute beaucoup de trucs venant des Etats-Unis et du reste de l’Afrique. Nairobi est super vibrante, elle l’a toujours été. Depuis les années 60, c’est la capitale du disque en Afrique de l’Est, les gens viennent du Congo et de l’Ouganda pour enregistrer à Nairobi. Du coup, on a toujours eu une bonne scène live et les musiciens de toute la région y viennent. Il y a une essence, tout le monde essaye de créer quelque chose d’organique empruntant des sonorités des vieilles musiques traditionnelles, quelque chose de la vieille musique kenyane… On est gentiment en train de résoudre la crise identitaire en ce qui nous concerne (rires). C’est un espace intéressant qui ne cesse de croître. Il y a de plus en plus de gens intéressés par les groupes kenyans qui sont focus et qui arrivent à vivre de leur musique. Par contre, très peu ont pu faire de la scène internationale. Mais ils sont là, et c’est cool. Il y a beaucoup de boulot à faire, mais il y a définitivement quelque chose qui se passe ! Et pas seulement la musique dite urbaine mais aussi d’autres styles différents.

Et vous messieurs comment est-ce que vous vous connaissez ?

Hook : On s’est connu sur Internet ! (rires) A l’époque de MySpace ! Donc ça commence à dater. C’est GR ! Qui est entré en contact avec moi en 2010 à cause d’un morceau que j’avais produit pour Sim’s. Il avait entendu le morceau et il s’est dit que c’était cool. Et on s’est chopé !

Là j’ai une question plus générale, comment définir la musique que vous produisez ? Sans mettre des étiquettes et expliquer avec des mots votre musique voyez ?

MDQ : A vrai dire c’est plutôt facile avec le projet particulier qu’on vient de faire. Tout d’abord, c’est un album hip-hop avec beaucoup de samples allant de la musique ethnique du Kenya à la World music en général. Il y a du chant qui était plutôt expérimental. On a une chanson qui est assez blues-funk bien rock et une autre qui a une vibe bien reggae. Mais c’est essentiellement un album hip-hop. Après on va voir pour la suite, on risque très de rester dans le genre hip-hop mais on va épicer tout ça ! (rires)

H : Avant qu’elle arrive, on a fait une sélection de beats sans savoir dans quelle direction on allait partir. On a préparé des choses qu’on pensait faire mais on n’a pas spécifiquement travaillé des beats pour ce projet. On s’est dit: « on fait des trucs qui pourraient lui plaire… » Mais après c’était des palettes de beats.

GR : Si tu veux, pour nous, le gros challenge sur ce projet c’était d’avoir un répertoire assez varié. Ça peut passer d’un sample ethnique, à un sample de rock, un truc avec une vibe clairement plus reggae, ça, tout en gardant une sorte de cohérence tu vois ? L’objectif premier c’est d’être varié mais en même temps quand t’écoutes tu te dis pas que ça saute du coq à l’âne. Il y a quand même une sorte de logique.

J’ai senti pas mal une vibe de musique électronique dans ce projet. Je sais que tu en es assez friand Hook non ?

H : C’est pas le coté que je ressortirai le plus, mais plutôt le côté plus organique. Après c’est vrai qu’au niveau des batteries c’est les trucs assez actuels, c’est clair qu’on ne voulait pas faire du rap de 94 ! On voulait garder ce côté traditionnel, ethnique et faire un truc qui ne soit pas has been de base.

Vous allez défendre votre projet jeudi au M4Music à Lausanne. Vous l’avez déjà fait samedi au Bikini Test de la Chaux-de-Fonds. Est-ce que vous allez collaborer encore plus intensément pour un nouveau projet dans le futur ? Avec d’autres personnes ?

GR : Dans les grandes lignes, Hook et moi on fait des beats ensemble régulièrement et puis avec Muthoni on aimerait bien aller vers un nouveau projet, peu importe la forme. L’idée c’est de continuer l’aventure et essayer de voir jusqu’à où on peut aller. Essayer de faire grossir son nom au Kenya et parallèlement essayer de développer le possible en Suisse.

Il y a un morceau avec Wyclef Jean sur votre projet, comment ça s’est passé ?

H : Elle va te le raconter !

MDQ : L’été passé, le copain d’Olga (choriste et guitariste sur le projet) mettait toujours dans sa voiture du Wyclef Jean et je me suis dit : Yo ce gars est cool ! ça serait bien de faire une chanson avec lui ! Tu y penses, mais c’est pas comme si t’allais faire une chanson avec Beyoncé tu vois comment ? Et en fait, Wyclef venait à Nairobi pour travailler sur un projet pour Coca-Cola. Le gars qui était le manager des artistes, et qui est un ami qui m’aide à me booker des shows, me dit : « je vais te connecter avec Wyclef » et je me suis dit ouais ouais c’est ça… Et quand Wyclef est venu, il lui a montré un de mes clips et Wyclef a dit: « ok, j’aime bien cette fille amène la au studio ! » Du coup, je vais au studio et il est là. D’abord, j’ai simplement cru qu’on allait juste se rencontrer, je n’ai pas pensé genre… Qu’on allait travailler sur un morceau ! On a causé et on a eu une bonne connexion, là il me dit de jouer quelque chose et je lui ai interprété ‘Nai Ni Ya Who ?’ Vraiment il était genre : Woaaaaaaw !! Ensuite il me demande si j’ai l’instrumentale, je lui réponds que oui. J’y croyais pas trop… En fait il l’a demandé au moins 5 fois avant que je ne comprenne. Il me dit : « Si t’as l’instrumentale je peux te faire un couplet ». Et je lui fais : « Tu veux faire un couplet sur ce morceau ? » Et il me dit : « C’est pour ça que je te le demande ! » (rires) A ce moment, il entre dans la cabine d’enregistrement et tadaaaa ! C’était complétement fou, comme de la magie car dans la même session Arunga, le trompettiste de Macklemore, était aussi à Nairobi pour le même projet. Arunga débarque au studio avec sa trompette et il a commencé à jouer et j’étais : « Woooooooooaw ! » (rires). Je me dis que c’est le destin car il nous fallait de grosses collaborations sur ce projet simplement pour lui donner de la vie. J’ai aussi aimé le fait qu’il ait fait de la batterie sur le morceau. Avec GR ! et Hook ça va être la chanson avec laquelle on sera soudé pour toujours, parce qu’à 100 ans on va continuer à chanter ‘Nai Ni Ya Who ?’ C’est une chanson pour l’éternité. C’est vraiment génial que Wyclef et Arunga soient sur ce morceau.

Un dernier mot ? C’est déjà la fin de l’interview.

GR : Ah je passe mon tour, je suis sûr que Muthoni aura un bon dernier mot (rires)

H : Pareil ! (rires)

MDQ : Je trouve que c’est une aventure intéressante. As-tu déjà vu le film Madagascar ? (rires) Notre aventure est comme celle du film Madagascar ! On va au Madagascar sauf que ce n’est pas du tout à quoi on s’attendait. Parfois il y des chutes, parfois on est sur une île, on n’a pas d’eau… C’est vraiment comme dans Madagascar ! (rires) Lequel es-tu ? (en regardant Hook)

H : Peut-être la girafe !

Tout le monde : (rires)

C’est la fin de cette interview. Merci à tous et bonne continuation !

http://muthonimusic.com

https://39emechambre.bandcamp.com

Glenn

N’aimant pas particulièrement la musique, j’ai été catapulté ici par hasard et au-delà de ma volonté. Préférant l’austérité à la frivolité du spectacle de la débauche auditive, je compte les jours qui me permettront à long terme de devenir sourd. Le vacarme m’étant insupportable.

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