Gary Clark Jr. – « The Story of Sonny Boy Slim »

StevePar Steve  •  28 Oct 2015 à 18:59  •  Albums  •   4 views

Le titre de l’album invoque le blues, le Mississippi et les esprits de Sonny Boy Williamson et de Memphis Slim… On désenchante rapidement à l’écoute de ses compositions.

Gary Clark Jr avait jusque là sorti trois disques bien différents: un EP prometteur et un album live qui nous ont fait croire à la réincarnation d’Hendrix, puis «Blak and Blu», un premier album studio en demi teinte, trop léché, mêlant maladroitement blues et soupe R&B. Face à cette ambigüité, une question s’imposait dans ma dernière chronique sur le jeune guitariste:

Suivra-t-il les traces géniales d’un Jimi Hendrix ou la carrière commerciale d’un Lenny Kravitz ?

Réponse avec son nouvel album

Dès le premier titre, Gary Clark nous offre ce mélange des genres maladroit dont il en a le secret. On sent le blues dans un enregistrement de gospel en intro et tout au long du morceau à travers les licks guitaristiques délicieux à la BB King. Sa voix, par contre, n’a rien d’un BB King. Alors qu’il nous a prouvé maintes fois qu’elle peut être d’une arrogance jouissive, sa voix est ici plus gentillette que celles d’un boysband des années ’90. Pour couronner le tout, il y ajoute des «yeah yeah» sauce hip hop, un break R&B et un chœur féminin à peine kitsch. C’est mal parti.

La moitié de l’album est constituée de titres naviguant entre funk, hip hop et R&B. La qualité de ceux-ci varie, mais c’est dans l’ensemble sans âme et bien trop consensuel. On notera quand même le très bon groove sur ‘Star’, ‘Hold On’ et ‘Cold Blooded’ ainsi que la facilité avec laquelle il plaque des solos où on ne les attend pas.

Rock, soul, folk et… une soupe inclassable

Gary Clark Jr s’est fait repérer pour son blues-rock dépouillé, alors il fallait bien qu’il nous en offre un peu. On y a droit sur ‘Grinder’, ‘Stay’ et le pur rock’n’roll ‘Shake’. Tous trois souffrent toutefois de la même schizophrénie: d’un côté, un travail à la guitare époustouflant, inventif, puissant et de l’autre, une production léchée et une voix trop passe-partout, souvent doublée ou amplifiée par des voix féminines.

Sur ‘Our Love’, Gary Clark Jr se la joue crooner dans une soul ternaire à l’ancienne, appuyée par quelques notes d’orgue, des cuivres et des «Ouhouu» féminins. Tous les clichés y sont, mais étonnamment, le résultat est plutôt réussi. Il sort ensuite l’harmonica et la gratte acoustique sur ‘Church’, une petite ballade folk sympathique (avec un petit choeur féminin quand même, faut pas déconner, on va pas s’arrêter en si bon chemin). Dans le dernier morceau, notre cher Gary se mue en Prince raté pour une soupe inclassable de 8 minutes, qui couronne un album déconcertant par sa schizophrénie.

Alors, Kravitz ou Hendrix ?

Il faut sûrement se faire une raison : Gary Clark Jr en studio, c’est ça. Un mélange des genres maladroits et une production bien trop léchée. Certains aimeront certainement cette diversité de styles et applaudiront le fait qu’il ne soit pas resté dans un carcan blues-rock hendrixien. L’ouverture, la créativité et le décloisonnement des genres sont effectivement de bonnes choses. On ne peut toutefois pas s’empêcher de penser que cette diversité est calculée pour plaire au plus grand nombre, qu’il y a là-derrière une production qui échappe au contrôle de l’artiste. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les albums studio à son style sur scène, bien plus tranchant et dépouillé.

« The Story of Sonny Boy Slim » est arrivé numéro 1 du classement d’albums blues de Billboard. Est-il vraiment à sa place ? Ce n’est pas parce qu’il joue différents styles que la question se pose. Le blues, ce n’est pas qu’une suite de trois accords sur douze mesures. C’est avant tout un état d’esprit authentique, brut et sincère. Un état d’esprit qu’on peut déceler dans le grunge, le hip hop ou le folk. Un état d’esprit qui manque cruellement au Gary Clark des studios.

Avec cet album, Gary Clark continue donc de se métamorphoser en Lenny Kravitz, roi du rock consensuel. On viendra quand même lui dire coucou sur scène, où se révèle l’esprit du grand Jimi qui est en lui.

Steve

Depuis que j’suis gosse, je suis fan de rock. Toutes les époques, tous les sous-genres mais surtout lorsqu’il « vient de là, il vient du blues ! ». Nom de dieu, je viens de citer du Johnny ?! Shame on me.

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