Evelinn Trouble: « Le grunge c’est fini »

PatrickPar Patrick  •  11 Juin 2016 à 18:27  •  Interviews  •   3 views

De ce côté-ci de la Sarine, Evelinn Trouble passerait presque inaperçue. Pourtant la Zurichoise a roulé sa bosse tant en Suisse alémanique et romande qu’à l’international. Une multitude de projets depuis dix ans qui ont abouti à « Arrowhead« , son album sorti en septembre dernier.

Crédit photo: Cyril Perregaux / Festi’neuch

Un joli succès à l’échelle Suisse et un clip tourné avec le rappeur Stress l’ont amenée à nouveau sur le devant de la scène. Rencontre avec une ancienne grunge en pleine repentance.

Bonjour Evelinn Trouble, je vais te demander d’abord de te présenter pour les Romands qui ne te connaissent pas encore.
J’espère qu’il n’y a plus de Romands qui ne me connaissent pas (rires). Cela fait un moment que je tourne et ceux qui traînent dans les salles m’ont certainement déjà vu.

T’as déjà fait pas mal de festivals en Romandie, mais c’est la première fois pour toi à Festi’neuch.
Oui, c’est la première fois seule. J’étais avec Stress l’année passée sous le châpiteau, je faisais le clavier pour lui.

Est-ce qu’un lieu comme celui-ci, avec la vue sur le lac, change quelque chose pour un artiste?
L’entourage de la scène est super important. Cela influence la manière dont tu joues, la manière dont tu appréhendes le concert ou simplement ta motivation. J’ai de la peine à me mettre dedans suivant l’endroit. Typiquement dans un club, si quelque chose me dérange je peux ne pas être au top. Samedi dernier, j’ai arrêté une balade parce que la lumière était vraiment pourrie. J’arrivais simplement pas à me mettre dedans.

En 2008, tu as quitté un groupe parce que « it was not loud enough ». Es-tu toujours aussi tranchée sur ta musique, en sachant ce que tu veux et où tu vas?
Oui, clairement. Il y a toujours des conflits dans un groupe, mais l’important reste la discussion. Tant que tu gardes la communication entre les membres, ça va. Je pense qu’il faut une grosse personnalité si tu veux percer dans la musique. Être un peu dure, c’est essentiel dans ce milieu.

Aujourd’hui tu te places dans une frange rock-psychédélique. As-tu toujours cherché cela ou tu sens une évolution?
Il y a toujours un côté fragile, mais avec des guitares très présentes. Avant, Evelinn Trouble, était plus grunge, c’est d’où je viens. La vraie transformation est dans la complexité de l’écriture, aujourd’hui je tends plus vers la simplicité. Peut-être que je vieillis et j’ai, du coup, moins envie de me prendre la tête avec ça. Je ne me repose pas sur mes lauriers, simplement être plus directe dans ma musique.

T’as joué avec Sophie Hunger et Stress, au final, la scène suisse est une grande famille.
Oh, tu sais, la Suisse est toute petite. Même Stress me l’a dit au moment de me demander de jouer avec lui: il n’y a pas beaucoup de gens vraiment talentueux dans ce petit pays. Je ne pense pas qu’il soit dans le vrai, il y a beaucoup de gens talentueux. Par contre, ceux qui arrivent à se focaliser à 100%, il y en a vraiment peu. Quand t’es dans le bain depuis dix ans, tu te retrouves toujours avec les mêmes personnes.

Est-ce qu’en Suisse tu dois plus persévérer pour percer?
C’est tout aussi difficile partout. Ici, c’est plus facile d’avoir un job à côté et de jouer un petit peu. Le problème est que tu n’est jamais à fond dedans. Les Suisses ne font peut-être pas assez de sacrifices pour vraiment arriver sur le devant de la scène. Malgré cela c’est vraiment difficile de vivre de la musique, même avec tous les sacrifices possibles.

Depuis toutes ces années, quel est ton meilleur souvenir?
Je vais commencer par la déception, j’aurais voulu avoir plus de concerts. Par contre, je pense que le meilleur est à venir. Si je pense où j’en étais il y a trois ans, je vois déjà une grosse évolution. Je suis tellement heureuse du groupe que j’ai en ce moment et des gens avec qui je travaille.

Donc, ton futur est totalement dégagé.
J’ai des nouvelles choses qui arrivent, j’aime dire que maintenant je fais de la « hope music » et ai confiance en l’avenir.

La période grunge est totalement finie alors?
Oui, c’est fini les paroles suicidaires et ce genre de conneries (rires)

 

« Arrowhead »

Evelinn Trouble

2016
 
Auteur:
Patrick

Un jour je chasserai la marmotte. En attendant j’écris bénévolement des articles sur des groupes obscurs pour me payer l’attirail nécessaire afin de réaliser mon rêve. La vie, c’est pas facile.

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