Darius: « On fait de la musique sérieuse sans se prendre au sérieux »

LauraPar Laura  •  8 Juin 2015 à 12:00  •  Interviews  •   2 views

On aime dire de Darius que ça tape fort, que les oreilles en prennent plein l’ouïe. J’aime dire de Darius qu’ils m’ont fait apprécier un genre qui n’est que très peu écouté de ma part.

On appelle ça du post-hardcore instrumental. Ça peut faire peur, ça peut faire grimacer. Souvent on y comprend rien parce qu’on se dit « de toute façon, ils ne font que de gueuler » ou alors « c’est pas de la musique, c’est du bruit ». Puis, il y a Darius. Du haut de ses trois guitares, de sa basse, de sa batterie et ses 9 ans d’expérience, ils ont su attirer mon attention. De la douceur dans du hardcore? Oui, c’est possible. Sylvain et Dan nous dévoilent leur univers.

Pour les non-connaisseurs, comment décririez-vous votre musique ? Métal, post-métal, post-rock… ça veut dire quoi tout ça ?

: Quand c’est devenu officiel, on a dû définir notre style pour les tags de l’album. On a téléphoné à des gens qui s’y connaissaient mieux, on leur a demandé leur avis et finalement on s’est arrêté sur du post-hardcore instrumental.

Le post rock c’est un peu plus aérien, plus calme. Il y a des montées d’intensité, mais pas de grosses envolées. Post-hardcore, c’est plus lent, plus violent et souvent il y a une voix. Nous on est entre-deux. Mais comme on a beaucoup d’influences musicales différentes, c’est dur de nous mettre une étiquette. Nous on préfère dire qu’on fait du post-quelque chose.

Pourquoi faire de la musique instrumentale cinématographique ?

S : Ce n’est pas vraiment une décision. Ça s’est fait naturellement. On s’est demandé plusieurs fois si on voulait mettre une voix. Nous, on trouve mieux sans.

 Ça vous permet de vous concentrer davantage sur l’essence même de votre musique, sans devoir par après réfléchir aux paroles ?

D : Ca dépend des sensibilités différentes. Pour moi, la voix c’est un instrument supplémentaire. Je n’attache pas plus d’importance aux paroles.

 La voix comme instrument. C’est pour ça que vous intégrez le chœur féminin Callirhoé dans ‘’Used‘’ ?

D : C’est comme une nappe supplémentaire. Il y a une sensibilité humaine dans la chanson. Quand on a reçu la maquette avec les voix, la première fois que je l’ai écouté, ça m’a foutu des frissons.

S : A nouveau, ce n’était pas une décision de notre part. En écoutant notre morceau, on s’est dit que ça pouvait être intéressant de mettre des voix de femmes. C’était de l’instinct. Et finalement, tous nos morceaux sont comme ça. On n’a pas de ligne directionnelle, on fait beaucoup de choses à l’instinct.

D : Dans ce morceau-là, les voix accentuent une montée qui ajoute du poids au morceau.

 Comment se passe votre création musicale ?

D : On jam beaucoup et comme on se connaît bien on peut souvent partir dans de gros délires. Et de ces délires ressort parfois un riff qui nous plait, qu’on reprend, qu’on travaille, qu’on restructure.

S : Quand on compose, on fonctionne beaucoup par bricolage et collage. A la base, aucun de nous n’est musicien, personne n’a appris la musique. Du coup, on n’a pas de pression, on n’a pas de théorie qui nous empêche de faire quoi que ce soit.

: On a aussi beaucoup de liberté dans la structure du fait qu’il n’y ait pas de voix. On n’est pas obligé de mettre de couplets, de refrains ou un pont. On est libre de faire ce qu’on veut.

 La durée de vos morceaux passe de 2 à 12 minutes, comment vous la déterminez ?

D : C’est du feeling. A un moment donné, on se dit  « faut la finir cette chanson ».

 Avec une introduction qui dure 4 minutes, le risque serait que l’auditeur décroche…

D : A la radio sûrement. En concert, je pense qu’on l’amène dans un état hypnotique avant « d’envoyer la sauce. » C’est un peu comme Mogwai, au début on est dans un roulement qui nous endort et en un rien de temps ça nous esclaffe la figure.

On est cependant conscient qu’on ne plait pas à tout le monde et que notre public est ciblé.

« Grain », c’est le nom de votre album. C’est aussi un phénomène météorologique. Vous vous considérez vous-mêmes comme une tempête ?

D : On revient sur cet élément visuel cinématographique. Quand on nous entend jouer, on peut avoir cette impression de voir une tempête arriver au loin.

S : C’est poétique. Pendant que la tempête se prépare, il y a toujours des changements qui se mettent en place, ça devient de plus en plus gros et d’un coup ça pète. Ça correspond bien à ce qu’on fait.

 Est-ce qu’un réalisateur vous a déjà approché pour utiliser un de morceaux dans son film ?

S: Non, mais on collabore avec Tanasi de HorsForm, la boîte de production fribourgeoise. C’est lui qui a produit notre teaser.

D: Cinématographique ça veut aussi dire qu’on se fait soi-même un film. On peut facilement se créer des images au travers de notre musique. La musique de film ça se prête facilement à l’imagination.

 Et vivre de la musique ?

S : C’est un peu le problème des métiers de passion. On aime le faire en dehors de notre travail ordinaire, parce qu’on n’a pas de pression financière. Le risque, quand tu te lances professionnellement, c’est que ce ne soit plus une passion, mais une obligation.

Évidemment, maintenant que ça devient concret, ça donne envie de plus s’investir.

 Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant d’enregistrer un album ?

: Pour trouver des concerts, il faut avoir de la matière. On avait déjà enregistré 4 titres avant ça et on s’est dit qu’on voulait avoir un enregistrement de qualité. On avait bien assez de morceaux pour faire un album, d’ailleurs on en a giclé pas mal. C’est là qu’on s’est organisé pour prendre une semaine de vacances tous ensemble et on est parti au Bikini Test.

Pourquoi le Bikini Test?

S : Il y a beaucoup d’artistes qui ont enregistré leur album là-bas, parmi lesquels certains qu’on aime bien. La Chaux-de-Fonds; c’est un endroit super pour la musique, c’est la Mecque. Ils ont hyper actifs au niveau de la musique, ils sont hyper créatifs. On avait aussi besoin de sortir des sentiers battus, c’est pour ça qu’on est parti là-bas.

Quel est, selon vous, le meilleur moyen d’apprécier votre musique ?

D : Dans un jacuzzi.

S : Ce n’est pas de la musique d’ascenseur. Il faut prendre le temps de se poser, d’avoir de bonnes enceintes et de mettre assez fort et de se laisser prendre par l’émotion.

D : Je pense qu’en concert on a une dimension supplémentaire, comme la plupart des groupes finalement. Le son est plus brut, plus fort que sur un disque.

S : C’est aussi pour ça qu’on a enregistré en live, ce n’est pas lisse. Aucune prise n’a été parfaite. On ne fait pas de la musique qui doit être super propre.

 Des artistes qui vous ont marqué ?

S : Cult of luna, un groupe suédois. Celui qui nous a fait le mastering, c’est le percussionniste de Cult of Luna. Il y a surtout Envy, un groupe japonais. Quand on a écouté ce groupe, c’était la révélation. Ils font du post-rock screaming. C’était une claque pour moi. Il y a aussi Refused.

D : Mais comme on écoute des choses différentes, chacun amène son oreille, son goût.

 Beaucoup de chansons ont des titres plutôt surprenants, je vous parle de ‘Okkotemasu‘ (qui signifie « non, je ne suis pas content » en japonais – NdR), mais d’autres aussi.

S : On a toujours fait de la musique pour le plaisir. En répétition, on déconne beaucoup. Les titres, c’est surtout pour se rappeler le morceau. Du coup, on se souvenait d’un morceau en chantant « manger des pâtes bolo », par-dessus le riff. Et quand on a fait l’album, on s’est dit qu’il fallait être un peu plus sérieux. On fait de la musique sérieuse, sans se prendre au sérieux.

Quel regard sur votre album ?

S : On est très content. On est passé de rien du tout à du concret. On a travaillé avec des gens super. C’est ce que j’aurai voulu faire, même un peu en mieux.

Vous pourrez découvrir « Grain » de Darius le 3 juillet au Festival du Gibloux et le 26 septembre au Docks à l’occasion du Tribute to Henri Dès, les deux fois en compagnie du chœur féminin Callirhoé.

Laura

Si nous étions censés rester sur place, nous aurions des racines à la place de nos pieds.

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