Damien Rice – « My Favourite Faded Fantasy »

AlexPar Alex  •  8 Déc 2014 à 12:00  •  Albums  •   1 view

Il y a des chroniques que l’on souhaite offrir comme le plus beau cadeau. Sans objectivité, juste par admiration d’un cheminement artistique et par amour du partage de belles mélodies et de beaux mots.

Le déballer trop vite ferait de la peine. Le découvrir devrait durer le temps d’un sourire d’enfant ; autant dire l’éternité. Le laisser au sol serait trop décevant. Alors, le prendre dans les mains, le contempler de plus près, tâter le brillant de l’emballage, le tourner, le retourner, le secouer doucement pour tenter de deviner ce que le cadeau contient, détacher les lanières dorées qui l’enlacent, apercevoir le vinyle, déposer le cristal et l’écouter, le réécouter, l’épuiser, l’adopter.

Puis arrêter deux jours, deux semaines, deux mois. Peu importe puisqu’il fait partie des albums qui traverseront les décennies. Alors, ne pas hésiter à le mettre de côté en le gardant pour plus tard. Noël approche, peut-être, mais mon intention dans cette chronique est détachée de toute cette agitation et vous propose la contemplation d’un chef-d’œuvre. J’ose le mot et je le pèse. Il s’imposera probablement par lui-même si vous prenez le temps de l’écouter en entier et sans interruption.

Maintenant, je dois trouver les mots à vous murmurer. Les phrases qui feront écho dans vos oreilles. Je m’adresse directement à vous, lectrices, lecteurs, en vous remerciant de votre fidélité, vous souhaitant de belles fêtes de fin d’année et avec l’envie de vous écrire un merveilleux texte.

À vrai dire, je vous invite à la découverte du plus bel album de l’année 2014. Et je vous prie de le déballer progressivement, petit à petit, paragraphe après paragraphe, patiemment.

Huit années pour l’éternité

Huit années se sont écoulées depuis la dernière note de génie d’un busker dans l’âme. On le voyait notamment jouer de la guitare acoustique pour ses admirateurs sur un pont de Prague, ou ailleurs dans la rue, avant ou après ses concerts. Et puis soudain il sort de nouveaux morceaux, fait des concerts, part pour l’Islande, travaille avec Rick Rubin à la production et enregistre un album où apparaissent plus de 50 instruments ! J’ai compté. Ils apparaissent dans les crédits du vinyle.

S’était-il perdu ? S’était-il égaré durant tout ce temps ? Voulait-il vraiment arrêter la musique ? Le poète n’a pas besoin de répondre, il agit et émeut. Voilà la meilleure introduction pour un album de la trempe des légendes. Je me donnerai la peine d’éviter les superlatifs pour ne pas vous ennuyer. Mais je n’hésiterai pas à travailler le verbe pour rendre la beauté à la beauté et vous permettre de déballer morceau après morceau, mot après mot, mon cadeau de cette fin d’année.

Huit fragments de vie, huit trésors d’existence

Venons-en maintenant à la musique, au disque. Je vous le décrirai morceau après morceau. Il commence par le cristallin ‘My Favourite Faded Fantasy’ où l’on entend d’abord des pincements de guitares et une voix fébrile, à la limite de la cassure, au sommet de la fragilité avant de devenir plus discrète et puis exploser dans un mélange de guitare électrique et de cordes.

Et puis vient le plus beau morceau que j’ai eu le privilège d’écouter depuis ‘La Quête’ de Brel ou ‘La Nuit Je Mens’ de Bashung. C’est dire le pouvoir de ‘It Takes A Lot To Know A Man’. Peut-être la démesure. Peut-être l’universalité et la justesse des paroles. Peut-être seulement un génie musical à la manoeuvre. Certainement le mouvement vague de la mélodie, les voix qui s’entremêlent dans le vide au milieu du morceau, où s’isole un piano, avant l’irruption d’un violoncelle doucement jazzy, des gouttes de pluie, et puis des chœurs rayonnants. Près de 9 minutes de pure beauté !

L’atmosphère redescend. L’ambiance redevient plus intimiste sur ‘The Greatest Bastard’ ; la guitare acoustique, les murmures de la voix et les premiers aigus apparaissent. Quelques regrets et beaucoup d’amour qui nous évoquent des situations vécues, nous replongent là où ça fait mal, là où ça fait aussi du bien ; les souvenirs reviennent et brillent par les instruments à cordes, encore et toujours, heureusement.

Le mystique survient ensuite dans ‘Don’t Want To Change You’. Peut-être, il faut le dire, le morceau le moins atypique de l’album, mais qui a le mérite de posséder cette touche dont on se souvient ; une mélodie saccadée, l’assurance de vouloir rester authentique et un texte déclamé avec précision. Et surtout on y entend la harpe. Cet instrument trop sous-estimé et dont le son vous retournera.

Et soudain le battement d’ailes de quelques oiseaux capturés en notes de guitare qui contrastent avec des paroles plus pesantes. Le texte de ‘Colour Me In’ possède une mélodie absolument brillante. Il ressemble à la rengaine qu’on chante et rechante. Il suit parfaitement le rythme des notes de piano qui surgissent avant de retomber dans un silence où seul le violoncelle accompagne la complainte.

Ensuite vient ‘The Box’ que l’on chanterait dans une chambre à une personne qu’on aimerait follement. D’abord la complicité d’un regard, des mots doux, avant l’explosion où la batterie s’impose pour la deuxième fois en réponse aux cordes. Encore une fois, le mélange vous prend par la main et vous invite au plaisir d’être là, présent, vivant.

‘Trusty and True’ appelle le dulcimer pour habiller une mélodie dont la délicatesse se trouve dans l’assemblage presque maladroit de séquences sonores. Comme si vous lâchiez un enfant dans une pièce remplie d’instruments où il s’amuserait seul avant que sa maman ne l’appelle depuis la chambre d’à côté. Nous avons là une utilisation surprenante des voix qui se répondent avant de grandir à la fin du morceau en une puissante harmonie. Le tout se termine dans la fragilité de notes de piano qui disent plus qu’il en faut.

La musique électronique n’est pas mise de côté comme vous l’entendrez dans les samples de ‘Long Long Way’. Cette impression est renforcée par l’orgue Hammond et clôture cet album dans l’éclat d’un ciel étoilé.

Huit morceaux intemporels

C’est une comptine pour bien dormir. Le glockenspiel, l’harmonium, le célesta, les cymbales, les chimes, la Grèce antique et ses crotales, le trombone, le cor d’harmonie, la clarinette et le vibraphone composent ce cadeau musical hors du temps, hors des normes musicales, en plein dans l’émotionnel.

Warner – 2014
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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