Cully Jazz : Quand la jeunesse rencontre la sagesse

LauraPar Laura  •  15 Avr 2015 à 17:00  •  Live  •   0 views

Petites, mes parents aimaient nous amener, ma soeur et moi, au bord des rives du Léman. Petite, je me rappelle surtout qu’ils auraient voulu qu’on s’extasie devant la moindre des choses: un oiseau qui construit son nid, le son des feuilles caressées par le vent, le soleil qui change de couleur.

Evidemment, à cet âge-là, les oiseaux ont beau construire tous les nids qu’ils veulent, toi tout ce que tu veux c’est tout obtenir, au plus vite et sans devoir bosser. Tu écoutes de la musique parce que c’est ce qui passe à la radio. Tu t’en fou de savoir qui est cet artiste ou si tu aimes vraiment cette chanson. Tu sais juste que tes potes, eux, ils aiment ça, alors pourquoi pas toi?

Et puis, un jour, tu découvres le jazz. Tu te dis « c’est quoi ce bordel?! », t’y comprends rien, ça t’énerve et tu te dis que c’est pour les vieux. D’ailleurs, tu as raison parce que TES vieux, ils adorent ça. Ils te narguent et te disent « tu vois, ça c’est de la vraie musique, c’est pas comme tes boums boums qui rendent fous ». Alors, sans chercher à savoir qui a raison, tu te dis simplement qu’ils ont rien compris à la vie, que c’est pas beau de devenir vieux.

Arrive un autre jour, tu grandis. Tu passes ta phase d’adolescence boutonneuse sans trop de dégâts, tu arrêtes de faire semblant de danser sur de la Tektonik, que tu n’avais jamais vraiment aimée. Tu ne comprends toujours pas le jazz, tout comme tu ne sais pas ce qu’est un vin « moelleux ». Pourtant, tu es intrigué. Tu fais la fine bouche, mais tu en redemandes. Tu essaies de l’apprivoiser, de te l’approprier. Des fois, tu alternes tes bons vieux sons hip-hop avant de retourner vers cet animal sauvage qu’est le jazz. Ce que tu aimes, dès à présent, c’est jouer les grands.

Des grands… il y en a plusieurs au Cully Jazz.

Autant de découvertes que de classiques, autant de surprises que de sublime. J’y suis allé chercher la surprise. Au moment de décider à quels concerts assister, j’avais le choix de parcourir tous les sons de chaque artiste ou alors d’y aller au feeling. Fidèle à ce bon vieil adage qui dit que « la première impression est souvent la bonne », je me suis naturellement faite confiance dans mes choix.

Des choix qui m’ont guidé vers Zara Macfarlane, ce lundi 13 avrilJamaïquaine d’origine, c’est au rythme du reggae et du hip-hop qu’elle grandit. Au collège, elle découvre le jazz et, ceci, notamment grâce à la comédie musicale. Elle en tombe vite amoureuse, et décide de se dédier à ce genre. Un genre qu’elle maîtrise de façon assez déstabilisante.

Mes premières impressions étaient « ok, belle voix, quelques fois un peu faible », mais tout comme le jazz, ce qui peut ressembler à de la faiblesse est un leurre. Une belle claque qui te donne envie d’apprécier encore plus l’artiste; je me suis donc tue et j’ai apprécié. « Une belle découverte comme on les aime », nous annonce le présentateur de la soirée. J’avoue avoir été un peu réticente au début. Je m’attendais à un jazz moderne, il était plutôt classique. Pourtant, le naturel et le plaisir d’être sur scène de l’Anglaise m’a très rapidement emporté. C’est très simple, j’avais envie de monter sur scène avec elle et de devenir sa meilleure amie.

Non seulement, on assistait à un drôle de spectacle sonore accompli par les scats de la chanteuse, mais c’était sans compter sur ses musiciens qui, malgré une jeunesse apparente, ne faisaient qu’un avec leur instrument.

Mes parents peuvent être fiers d’eux. Il m’en a fallut du temps, mais j’ai enfin appris à m’extasier devant ce batteur qui amuse ses doigts du bout de ses baguettes, ce pianiste qui hausse les sourcils devant un bémol qui ne sonne pas faux, ce bassiste qui tapote ses cordes.

Jouer dans la cour des grands ne signifie pas qu’il faut l’être, ni le prétendre. Jouer parmi les grands, c’est réussir à convaincre le plus réticent, c’est créer un sentier battu sur lequel on peut se promener sans trébucher, c’est acquiescer devant ce morceau et dire « tu vois, ça c’est de la bonne musique ».

 

 

Laura

Si nous étions censés rester sur place, nous aurions des racines à la place de nos pieds.

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