Chassol: « Le passage d’un accord à l’autre m’émeut »

AlexPar Alex  •  13 Avr 2016 à 12:00  •  Interviews  •   1 view

Le premier week-end du Cully Jazz Festival est terminé. Nous avons eu le plaisir d’assister au concert de Chassol au Next Step et de pouvoir l’interviewer. Il nous en a dit plus sur l’art de combiner images et sons.

Les interviews sont parfois victimes du mauvais timing. Cela est justement arrivé le 10 avril 2016 au Cully Jazz Festival. J’aurais d’abord dû voir Chassol en concert et ensuite lui poser des questions et non le contraire. Ainsi j’aurais eu un point de vue tout à fait différent sur son projet « Big Sun ».

Ce pianiste combine en effet avec un batteur l’image et le son comme aucun autre artiste à ma connaissance. J’ai ainsi manqué un élément essentiel pour bien comprendre sa démarche artistique à l’heure de préparer l’interview : les sons de l’image peuvent être des instruments et l’image peut compléter des sons.

J’ai écouté ses albums et regardé quelques vidéos avant de l’interviewer sans imaginer un instant la dimension que pouvait prendre son projet « Big Sun » en live. Et je m’attendais à tout sauf ce que j’ai ensuite vu lors du concert, ce qui est plutôt bon signe et synonyme de surprise généralement.

L’image au service de la musique, et inversement

Un pianiste et un batteur se font face tandis que deux spots les éclairent. Christophe Chassol, l’écharpe élégante autour du coup, se tient entre un piano à queue et un synthétiseur alors que Mathieu Edouard, le bonnet vissé nonchalamment sur la tête, est assis derrière un grand nombre de cymbales et ses caisses de résonances diverses. Un grand écran est tendu au fond de la scène et deux merles répondent aux notes du piano dès la première partie du voyage.

Chassol nous offre effectivement un voyage audiovisuel en Martinique. Le public regarde ainsi des images parfois banales ou poétiques. Des joueurs de domino – le son des pièces blanches et noires sur la table sert de percussions – côtoient notamment des enfants dansant follement au rythme du carnaval. Un flûtiste s’invite aussi dans le dialogue évident entre les deux musiciens et sort de l’écran pour surgir presque physiquement sur scène en faisant entièrement partie de la musique. Il faut vraiment voir pour ressentir la présence étonnante des intervenants martiniquais du film et saisir toute la richesse de ce projet à la frontière entre art cinématographique et musical.

Ce n’est qu’un aperçu de ce qui se passe réellement durant le concert. L’image dialogue ainsi avec la musique, les musiciens discutent entre eux et le public communique autant avec les images, et les protagonistes qui s’y succèdent, qu’avec les harmonies de sons. Ces quatre dimensions forment dès lors un ensemble difficilement descriptible par les mots. Tout cela semble abstrait mais c’est tout le contraire. Et vous comprendrez mieux lorsque vous verrez Chassol en live. En attendant je vous laisse découvrir l’interview pour vous faire une idée.

Penses-tu à l’image quand tu composes une musique ?

Oui, évidemment. J’y ai particulièrement pensé dans le cas de « Big Sun ». Lorsque j’ai composé le projet, j’ai pris les images comme elles sont et je me suis arrêté sur quelques bruits en particulier. Il s’agit généralement de l’essence sonore de l’image ou le premier son qui s’en dégage. Au final j’essaie surtout de faire en sorte que l’image se mêle au son de manière inextricable.

Quelle était ton intention lorsque tu as commencé tes projets artistiques ?

Mon intention était clairement de vouloir faire un objet audiovisuel. Au début, je m’intéressais à 90% aux sons qui étaient dans l’image. Je répétais cette dernière, je la manipulais comme une boucle musicale, je l’étirais, je la superposais à d’autres sonorités ou je la ralentissais. Cette manière de fonctionner donnait ensuite de la musique.

Tu parles d’écriture synchronisée dans certains interviews. Qu’est-ce que c’est plus concrètement ?

C’est simple. Prenons les dessins animés de Tex Avery pour te l’expliquer. L’écriture synchronisée concerne les scènes où tu as par exemple un chat qui dégringole dans un escalier. Tu as cette image en mouvement qui est accompagnée par une glissade de piano. Lorsque le même chat tombe finalement au bas des escaliers alors tu as un son de timbales au même moment, un « bong » (Il imite le son). En gros, la synchronisation est lorsque le son accompagne l’image, ou inversement. Je m’intéresse à cela parce que je trouve magique lorsque deux sens se lient comme lors d’une fusion de matières dans la nature.

Quelle est l’importance de l’écoute avant d’associer le son et l’image ?

Je te donne à nouveau un exemple concret. Dans « Big Sun », la première séquence vidéo est avec des oiseaux. Il y a deux merles que l’on peut voir à l’écran. Il y a une colombe qui fait « hou-hou » (Il imite le son). On entend à peine cette dernière et les deux merles répondent « fufufufu » (Il siffle). Je voulais harmoniser ces oiseaux et je voulais qu’on les voie en train de chanter. Bien plus tard, après plusieurs concerts, je me suis rendu compte que dans cette même séquence vidéo il y avait des aboiements de chiens que je n’avais pas entendu auparavant.

Enfin, quel est le fil conducteur de tes projets artistiques ?

C’est l’harmonie. Mais c’est encore plus particulièrement le passage d’un accord à l’autre qui m’émeut.

 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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