Bonobo éblouissant à Londres

RaffaelePar Raffaele  •  3 Déc 2014 à 13:00  •  Magazines  •   2 views

Il m’arrive de renoncer à un concert parce qu’il a lieu dans une autre ville suisse. “Trop loin”. Et me voici embarqué pour un weekend à Londres. Au menu, un concert qui promet d’être exceptionnel : le dernier show de la tournée de Bonobo, chez lui en Angleterre, au Alexandra Palace. Une soirée comptant 10000 spectateurs, sold out depuis deux mois, et surtout la conclusion de North Borders tour, une tournée mondiale d’un an et demi prolongée encore et encore.

Photos: Arianna Power

Partir à l’étranger pour assister à un concert, c’est toute une affaire. En ayant réservé les places longtemps à l’avance, une inévitable et inquiétante question s’impose sur le quai du train pour l’aéroport : a-t-on bien pris les billets ? Le doute dissipé, reste le déroulement d’une organisation bien particulière. Se rendre jusqu’au lieu d’hébergement, une modeste guest house, comprendre les subtilités du tube –métro– londonien, puis se rendre jusqu’à la salle tout au nord de cette gigantesque ville. Dans ce type de voyage, il y a toujours une part d’inconnu, même si l’inconnu reste relativement maîtrisé. Jusqu’au moment d’y être, on se demande si tout va se dérouler comme prévu, bien que nous soyons dans une contrée pas si éloignée dont nous maîtrisons la langue.

À mesure que nous approchons d’Alexandra Palace, je confirme quelque-uns de mes doutes sur les Anglais. Oui, certaines filles se vêtissent en hiver comme en été. Oui, comme en Suisse, Bonobo attire une foule de hipsters. Il y en a partout ! Barbe longue, bonnet, cigarette roulée, et le top de la collection hiver 2014 : la chemise à carreaux ou à pois boutonnée jusqu’en haut. À part la faune locale, le français et l’espagnol résonnent fréquemment dans nos oreilles.

Un lieu particulier

Un mot sur l’endroit, Alexandra Palace ou Ally Pally. C’est un énorme édifice victorien de 1856, un palais des expositions sur une colline qui surplombe la capitale. Une fois entrés, des éléments de jungle tropicale accueillent le visiteur. Se trouve ensuite une grande salle foodcorner accueillant de nombreux stands de nourriture ainsi qu’un immense bar. Au moment de commander une pint de bière, c’est un plaisir de s’entendre dire « cheers mate », « santé camarade ». La hauteur au plafond du bâtiment est impressionnante, à tel point que dans la grande salle où se tient le concert, des tentures noires sont disposées au plafond pour régler l’acoustique, rappelant la voilure d’un bateau de pirates. Au fond de cette même salle, une magnifique rosace sert de support aux projecteurs. Vu l’espace disponible, les ingénieurs lumière se sont lâchés : je compte pas moins de 8 structures d’éclairage différentes depuis la scène. Les qualités sonore et lumineuse du concert se révèleront d’ailleurs absolument impeccables. Enfin, le personnel d’accueil, de sécurité et d’encadrement se montre toujours prévenant et poli. D’expérience personnelle, c’est suffisamment rare pour être souligné, surtout dans une soirée accueillant autant de spectateurs.

Simon Green aka Bonobo - Arianna Power

Courte première partie

Venons-en maintenant au coeur du sujet, ce pourquoi nous avons fait le déplacement : le concert. Deux premières parties, tous deux DJ précèdent Bonobo. Darkstar, qui livre une sorte d’électro-ambiant assez sombre aux teintes underground. Pas ma tasse de thé. Puis Gold Panda, artiste du cru qui a déjà une certaine renommée et produit un son aérien, un brin poétique. Pas vraiment du downtempo même si sa musique en a la structure, Gold Panda accélère le rythme jusqu’à le rendre plus rapide que celui de l’électro. Un résultat surprenant et vraiment agréable. Sans s’en rendre compte on commence à danser, mais hélas c’est déjà fini. Les deux premières parties ne durent qu’une demi-heure chacune, ridiculement court pour un DJ set. Peut-être aurait-il mieux valu n’en mettre qu’une seule et la faire durer plus longtemps. Les prestations sont chronométrées telles un coucou suisse, et lorsqu’on nous annonce que Bonobo jouera à 8h55, ce n’est pas une minute plus tard !

Une petite parenthèse : qui est Bonobo ? Simon Green de son vrai nom est un producteur et DJ britannique prolifique et influent qui a acquis ces dernières années une renommée internationale. Ses trois derniers albums ont été adaptés pour le live.  C’est justement l’une des spécificités de Bonobo. Il compose sa musique seul, son après son derrière un ordinateur, puis l’adapte pour être jouée par des instruments non électroniques.

Andreya Triana sur la scène d'Alexandra Palace - Ariana Power

Bonobo à son apogée

Pour le dernier concert de la tournée, Simon a vu grand. Un batteur, une section de cuivres, une douzaine de violonistes professionnels, et lui-même en chef d’orchestre jouant tantôt de ses platines, tantôt de la basse. La succession des titres distille d’agréables surprises : les chanteurs des deux derniers albums sont tous présents ! Bien sûr la délicate et vibrante Szjerdene qui a participé à la tournée, mais aussi la voix soul d’Andreya Triana et la douce Cornelia, petit bout de femme qui interprète magistralement ‘Pieces’ à la fin du concert. Grey Reverend est également de la partie, l’artiste du Bronx a fait le déplacement pour chanter le langoureux et sublime ‘First fires’. La musique de Bonobo est elle-même d’une grande délicatesse, et je comprends en voyant tous ces chanteurs pourquoi il les a choisis individuellement. Chacune de ces voix transmet son lot d’émotions propres : nostalgie, tendresse, regrets, apaisement.

Hormis la trop courte première partie, le seul regret que je peux exprimer est le faible nombre de morceaux de l’album « Days to come ». Quitte à faire venir tous les chanteurs, la voix de Bajka manque à l’appel sur un titre comme ‘Nightlite’, d’autant que les instruments à cordes accompagnent l’enregistrement original. En parlant des instruments justement, ils constituent sur scène le prolongement de la musique de Bonobo. Des productions pensées avec une extrême minutie. Les cuivrent subliment ‘Kiara’, la batterie rend la complexité de ‘Recurring’, les violons donnent vie à la montée finale de ‘Ten tigers’. Au lâcher de ballons, on sent qu’on vient de vivre un grand moment de musique. Simon Green se confond en remerciements, promettant de revenir tôt ou tard. On le croit sur parole, il vient d’annoncer la composition d’un nouvel album début 2015.

Les yeux tournés vers le haut plafond d’Ally Pally, l’esprit vaguement ailleurs et toujours flottant, on se dirige vers la sortie en se disant que ça valait bien le déplacement. Pour le concert, le cadre, le sentiment de prendre part à un bout de la vie musicale londonienne. Et de cette expérience très personnelle, le seul conseil que je pourrais donner est d’aller voir au moins une fois son artiste préféré sur son lieu d’origine. Il y a un petit quelque chose en plus. Quittant les marches d’Alexandra Palace, on croise un groupe de jeunes alcoolisés qui se jettent dans les buissons. Nous poursuivons notre chemin en fredonnant les dernières notes d’une sacré belle soirée.

 

Raffaele

J’ai grandi dans les années 90, mes influences sont un vrai patchwork musical. J’apprécie selon l’humeur un gros beat electro, un flow hip hop ou l’effervescence d’un concert de rock. ‘Faut que ça groove !

Dans le même genre...

Un rappeur, un écrivain et le parcours d'un artiste aux multiples facettes qui fait plaisir.

Nos rédacteurs voyagent. Ils vont même jusqu'à Londres pour une exposition sur Pink Floyd.

Et si la musique classique prenait le virage électronique ? Nous posons la question en évoquant...