Batida : « Je me sens enfin appartenir à un endroit »

MalvinPar Malvin  •  3 Oct 2015 à 12:00  •  Live  •   0 views

Batida est ce genre de personnalité qui ne laisse pas indifférent. Rencontré aux Eurockéennes cet été, il est également passé au Paléo et c’est à l’occasion du 1066 Festival à Epalinges que nous vous le présentons. Ou plutôt qu’il se présente à vous.

Des rythmes cadencés appelant à la danse, des chants et des couleurs émanant de toute part, voici ce que la musique de Batida nous fait ressentir. Je me remémorerai toujours ce moment de sérénité et d’intimité, assis là sur le ponton, entourés par la forêt, le ciel et le lac, parlant à coeur ouvert de thématiques essentielles. C’est un personnage à l’âme pure que voici, n’hésitant pas en guise d’adieu à me prendre dans ses bras. On inspire, le dictaphone tourne.

Pas trop stressé par tous ces concerts que tu es en train d’enchaîner ?

Non, non, c’est très facile. Les gens t’applaudissent, et rares sont les métiers où l’on t’applaudit. Si tu ne dors qu’une heure, ce n’est pas grave. Il n’y a vraiment aucun mauvais côté là-dedans, à part d’être loin de ses enfants. Mais à part cela, tu rencontres toujours des personnes intéressantes, qui au final s’intéressent beaucoup à ce que tu fais. J’adore. Je me sens vraiment béni avec ce qui m’arrive.

C’est la première fois que tu te lances dans une expérience comme celle-ci ?

C’est une année très chargée, oui. J’ai seulement deux albums, et le dernier vient de paraître. Je suis encore une découverte pour la plupart des gens. J’espère donc que les choses vont avancer petit à petit ! Ce n’est pas toujours le cas, mais en ce moment, les choses vont bon train.

Sous quels aspects te présentes-tu face à nous ?

Comment me définir ? Un moment fort dans ma vie a été quand on a dû déménager de ma terre natale, l’Angola, jusqu’au Portugal. Non par envie, mais à cause de la guerre. Ceci a fortement marqué mon enfance, car j’ai grandi en entendant parler d’une famille que je n’ai jamais rencontrée, d’endroits que je n’ai jamais visités, d’une musique que je ne connais pas, de plats que je n’ai jamais goûtés. En réalité, j’ai grandi en écoutant les histoires des adultes. Ceci est une part de mon background culturel. Lisbonne m’a également beaucoup affecté. Suite aux colonies, cette ville est devenue un centre cosmopolite, passant du Brésil aux pays africains. Et c’est probablement le seul endroit où je me suis senti vraiment proche de l’Angola. Prenant en compte tous ces éléments, le fait de voyager est devenu une belle excuse pour rencontrer de nouvelles personnes et de plonger dans de nouveaux genres. Je me sens enfin appartenir à un endroit.

Comment t’es-tu réellement lancé dans la musique ?

J’ai commencé en premier lieu par la radio. C’était mon premier contact avec la musique et le monde professionnel. En réalité, je n’ai commencé à créer ma propre musique que cinq ans en arrière. Les réactions des DJs et du public angolais furent si positives que j’ai décidé de continuer sur cette voie. Mais je suis encore comme un adolescent, en train de découvrir les différentes possibilités qui s’offrent à lui.

Que cherches-tu réellement dans la création ?

J’essaie à tout prix de ne pas m’accrocher simplement à la musique. En gros, je tente d’apporter dans mes créations tout ce qui me passionne dans la vie : la radio, les documentaires, la photo, les livres, le théâtre, la danse, la poésie… Comme si j’étais au centre du cercle d’une grande famille, et que j’invitais les gens à venir me rejoindre afin de s’exprimer. Je passe beaucoup de temps avec des danseurs et des MCs travaillant de leur côté, mais qui au final identifient ma personnalité à travers leur travail. Au final, mon procédé s’en tient principalement à l’amitié, à la complicité et aux sentiments.

Portes-tu un message ?

En effet, je cherche surtout à créer des histoires afin que les gens soient conscients des sources de cette musique. Mais il est toujours difficile, en seulement une heure, de s’exprimer complétement. Cependant, avec toutes ces infos, j’espère vraiment rapprocher les gens entre eux et créer un lien spécial avec. Mon genre de musique, ce n’est de loin pas le plus répandu sur Terre. Il est donc important d’englober le public le mieux qu’il soit. Mon but est que les personnes rentrent le soir à la maison en positivant, remplis d’une grande chaleur dans le cœur.

D’où le fait de mixer le kuduro avec d’autres genres de musique.

Oui, comme je l’ai dit, le but est vraiment de regrouper les gens entre eux. D’un côté, nous avons le kuduro, qui est la musique de la nouvelle génération en Angola et à Lisbonne, et de l’autre, tout ce qui touche à la semba ou à la musique tribale, dont on ne compte plus les années. Un vrai choc de génération. Mais c’est un peu une erreur de fonctionner ainsi. Surtout si ton public est soit très jeune, soit très vieux. J’aime simplement imaginer tout le monde en train de passer un bon moment. Fume-toi un joints, viens avec ta copine ou ta famille, peu importe. Une personne de seize ans n’est pas forcément à ignorante, et au contraire, une personne de nonante ans ne connait pas forcément tout. En final, ce n’est qu’une histoire de danse, de mélodie et d’émotion.

De ton point de vue, comment se passe, en ce moment, la scène musicale en Afrique ?

Il faudrait avant tout revoir le concept d’Afrique. Il y beaucoup de choses différentes qui s’y passent. Le nord est très différent de l’est, qui est lui-même différent du sud. En ce qui concerne l’ouest de l’Afrique (Angola, Ghana, etc.), il se passe, comme toujours, des choses intéressantes. Mais comme toujours, les gens ont eu cette vision condescendante par rapport à notre musique, en la fichant dans des termes « ethniques » ou « exotiques ». Mais en fin de compte, je trouve qu’elle est tout autant sophistiquée que le reste du monde.

À quel niveau ?

Quand on remarque surtout que la musique et la danse sont intimement liées. Il est très simple de nos jours d’utiliser un laptop, et la plupart des musiques électroniques sont faites pour danser. Beaucoup de jeunes se mettent à créer, et font vivre à l’Angola ou à l’Afrique du Sud cette révolution mondiale de la musique. Johannesburg, Cape Town, Luanda… J’ai des amis qui n’ont pas accès à l’eau courante, mais qui ont sans autre un ordinateur. La liberté, la démocratie et l’accès aux technologies permettent aux gens de s’exprimer bien mieux que dans le passé.

Donne-nous donc trois artistes qui s’inscriraient dans ce mouvement.

Volontiers ! Je pense d’abord à Conjunto Ngonguenha. Ce n’est vraiment pas simple à prononcer, je peux te l’écrire plus tard (rires). C’est un ancien groupe angolais qui n’est plus actif mais qui m’a beaucoup inspiré. Plus simple à écrire, MCK. C’est mon ami et mon frère. Nous avons les mêmes idées. Non par rapport à la musique, mais par rapport à ce que nous voulons en faire. Du côté du Portugal, je pointerais sans hésiter Octa Push ou DJ Nigga Fox, qui sont d’après moi les artistes portugais les plus intéressants en ce moment. Ils mixent également musique électronique et percussions, comme j’aime le faire. Mais j’apprends énormément des différences qui nous séparent.

Malvin
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