The Algorithm : « Je cherche à faire quelque chose d’unique »

LouisPar Louis  •  29 Mar 2016 à 12:26  •  Interviews  •   1 view

Duo français atypique, The Algorithm évolue dans un univers musical hors du commun, imprégné d’un héritage metal qu’ils mélangent à une direction électronique assez prononcée pour figurer à l’affiche de l’Électron Festival. On a justement rencontré Rémi Gallego, fondateur et âme du projet, avant leur concert vendredi soir.

Avec ton style hybride, entre le metal et la musique électronique, tous les journalistes doivent te poser les mêmes questions sur ce sujet ?
Je crois que la question qui revient tout le temps, c’est « Quelles sont tes influences? » Mais je ne dirais pas que je suis fatigué d’entendre ça, parce que c’est toujours important d’en parler. La réponse, si jamais, c’est Aphex Twin, Venetian Snares, ce genre de trucs. Meshuggah…

Je t’ai aussi entendu citer The Dillinger Escape Plan…
Voilà, l’idée c’est de mélanger deux musiques complexes pour faire un truc assez chiadé.

Et déjà chez Aphex Twin on peut retrouver un côté assez metal, tu es d’accord ?
Oui, je pense ça vient de l’esprit breakcore, qu’on retrouve chez Aphex Twin. Ce côté malsain aussi, un peu creepy, très présent dans sa musique. Au final, on pourrait dire que c’est du metal électronique. À l’époque c’était assez précurseur dans ce style-là.

Quels sont les avantages d’évoluer entre ces deux milieux, en plus de pouvoir être booké à l’Hellfest comme à l’Electron ?
Le principal intérêt, c’est la liberté. Je peux tout créer sur l’ordinateur, je ne dépends pas de musiciens ni d’instruments spécifiques. Ça me permet de toucher à tout et d’aller dans des directions parfois complètement hors-sujet. Je peux m’amuser avec certains sons, risquer des parties dépourvues de batterie, ou sans guitare. Ça ne serait pas évident avec un groupe de metal. Le fait d’évoluer en duo simplifie aussi la logistique et l’organisation. Sans chanteur, sans ampli, etc.

Et concernant les désavantages ?
Il y a régulièrement des problèmes techniques liées à la partie électronique, et on dépend beaucoup de ça. Un petit élément qui ne marche pas, c’est toute la chaîne qui tombe. On essaie de s’améliorer avec le temps, mais il y a toujours des petits soucis. Ça prend du temps pour avoir une configuration solide, c’est parfois aléatoire. Mais on a toujours cette envie de progresser, de rendre notre projet de plus en plus stable.

Avec un troisième album qui approche, vous êtes toujours à la recherche de cette stabilité ? Ne vois-tu pas le bout de cette progression à laquelle tu fais référence ?
Il y aura toujours des nouveaux territoires à explorer. J’ai clairement avancé, mais pas toujours dans la même direction. J’ai testé plusieurs choses différentes, mon second album était par exemple beaucoup plus électronique, avec moins d’éléments metal. C’est peut-être pour ça que, encore aujourd’hui, même si je me sens à l’aise dans ce que je fais, je sais qu’il me reste du chemin à parcourir. Mais concernant ce troisième album, je le sens comme le plus mature, aussi le plus honnête, le plus authentique, le plus recherché. J’en suis très fier, et j’ai hâte de pouvoir le faire entendre à tout le monde.

Tu vas nous en jouer quelques extraits ce soir ?
Oui, on va en montrer cinq morceaux. Il y a dix titres sur l’album, et on aimerait pouvoir en jouer huit sur le long terme.

Entre ces deux scènes, l’électronique et le metal, vers laquelle ton cœur bat-il le plus fort ?
Je sais qu’on est dans un festival de musique électronique, mais je vais devoir dire la scène metal (rires) J’ai grandi avec, et je me suis fait des amis par le biais de cette scène.

Tu avais même un groupe de metal avant de lancer The Algorithm, non ?
Oui, j’avais un groupe de metalcore, j’y jouais de la guitare. Et c’est lorsqu’il s’est séparé que j’ai songé à me lancer dans ce projet.

Et comment tu as trouvé ton batteur ?
Quand j’ai commencé à faire des lives avec The Algorithm, je jouais avec un batteur anglais, Mike Malyan, qui a aussi officié au sein de Monuments. Après deux ans, il a quitté le projet pour se concentrer sur son autre groupe. Il se trouve que maintenant il a quitté Monuments à cause de problèmes de santé malheureusement… Enfin, à son départ, je connaissais déjà Jean (ndlr : son batteur actuel), qui se trouvait à l’époque au sein du groupe de djent Uneven Structure. Pour mes deux premiers albums, j’étais signé sur Basick Records, et ils étaient sur le même label. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés, on avait partagé quelques affiches ensemble en Angleterre et en France. On avait déjà un peu évoqué, dans le cas où Mike (Malyan) était indisponible, de le prendre comme remplaçant. Lorsque le moment est venu, je lui ai proposé, et ça s’est passé assez naturellement.

Comment tu t’entends avec Jean ? On peut parler de symbiose entre vous deux ?
Je m’entends beaucoup mieux avec Jean qu’avec Mike. Pas du tout pour renier le second nommé, mais simplement rien que le fait de parler la même langue aide beaucoup. On vient également de la même région, plus ou moins. On partage certains codes du sud de la France. On a une forte connexion, que ce soit sur scène ou en-dehors de la scène. De ce côté-là, il n’y a absolument rien à redire.

Avec ton style atypique, est-ce que tu te considères comme un pionnier ?
Hum… C’est une bonne question. Dès le début, c’est vrai que je cherchais à faire quelque chose d’unique. Si je tombais dans un truc pour lequel on retrouvait des équivalents ailleurs, je n’étais pas satisfait. J’ai toujours été en quête d’exotisme, de différence. Après, le mot « pionnier » est un peu fort, ça dépend de ce qui arrivera après moi, de l’évolution de ma carrière, etc. L’important, pour moi, c’est d’avoir mon propre style, avec lequel je peux m’amuser, et même si je suis le seul à le faire, ça reste ce qu’il me faut. C’est comme ça que je suis content de moi.

Selon toi, comment t’insères-tu sur une affiche comme celle de l’Électron, aux côtés d’artistes purement techno ?
Bizarrement, je m’y sens assez à l’aise. Les gens ont parfois une perception faussée de la musique électronique, la réduisant à la dance. Mais c’est pas aussi simple que ça, c’est une musique riche en sous-genres. Et ce festival me paraît très ouvert aux expérimentations qui s’y font. En tant qu’artiste électronique, je m’y sens donc complètement à ma place.

Est-ce que tu appréhendes ton live différemment en fonction du public devant lequel tu te produis ? Entre un concert à l’Hellfest et à l’Electron, qu’est-ce qui change ?
Non, je n’en ressens pas forcément le besoin. En ayant voulu créer notre propre identité, ça n’aurait pas de sens que ça change en fonction de qui vient nous voir. On fait notre truc, et on doit s’occuper d’assez de choses sans avoir à se soucier de ce que le public va penser si je suis davantage sur ma guitare ou davantage sur ma console. Je pense que ça n’a pas d’impact. On va voir comment ça se passe ce soir !

Et pour finir, ce sera ta première fois à Genève ?
Non, j’avais déjà joué dans cette même salle en 2013… mais à l’occasion d’un festival metal (ndlr : le Summer Breakdown, avec Sylosis, Promethee et In Arkadia, entre autres) !

 
Auteur:
Louis

Je recherche : une édition originale de l’EP éponyme de Medieval Steel en 12 ». Je propose : deux cannettes un jeudi à la Ruche. Eh ouais, l’expat’ fribourgeois n’a pas perdu ses habitudes langagières arrivé à Lausanne.

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