Acid Arab – « Musique de France »

MalvinPar Malvin  •  7 Nov 2016 à 12:05  •  Albums  •   7 views

Un mois après sa sortie, je me décide enfin de mettre à plat le premier bébé d’Acid Arab. Connus pour leurs précédentes sorties en format d’EP sous le label Versatile , ne s’agissant qu’en partie de compilations riches en artistes, les porteurs du projet ont dès lors une création dont ils sont les seuls acteurs.

Mais encore là, je me trompe abruptement, car il serait insensé de ma part d’affirmer qu’Hervé Carvalho et Guido Minisky sont les deux seuls créateurs de l’œuvre. Si l’album se présente bien sous le nom d’Acid Arab, nous nous rendons vite compte qu’au fil de l’écoute, une pléthore d’artistes enrichit considérablement les morceaux, nuançant d’avantage la diversité, la richesse et la qualité de ce petit joyau. Je m’emporte un peu trop vite, reprenons depuis le début.

Un chemin à travers figures et styles

L’album commence fort, puissant, entamant le périple avec un des deux principaux singles ‘Buzq Blues’. Ces quatre premières minutes donnent le ton à la suite, nous rappelant que nous sommes en présence de ceux qui allient à la perfection les vibrations électroniques à l’âme oriental. Mais petit à petit, la danse laisse place à la transe, et là nous trouvons un des points forts de la bête. Si ‘La Hafla’ ou ‘La Disco’, à la limite d’un rythme de rave anglophile, s’inscrivent avec brio dans cette ambiance Souleymanienne du genre, le reste se désarticule et nous laisse pantois.

Ainsi, ‘Stil’ nous plonge dans une techno progressive, se prolongeant à travers les résonances instrumentales et une voix lancinante qui se fait guide dans un monde de volutes mystiques. ‘Gul l’Abi’ rend également la pareille et nous enfonce dans des rythmes lents aux confins de la trap et des chants yéménites. Enfin, ‘Medahat’ et ‘Houria’ pose un dernier socle à cette ambiance agréablement sombre, contrastant à merveille avec les morceaux bien plus dansants mais également d’un genre plus connu par le public.

Vous l’aurez compris, un atout majeur de cet album réside non seulement dans le cheminement subtilement ficelé à travers les genres électroïdes, mais aussi dans l’amas sensationnel de personnalités qui englobent le tout. Ainsi, toujours accompagnés de leur fidèle et talentueux claviériste Kenzi Bourras, les trois sœurs Yéménites d’A-WA prêtent également leur talent dans ‘Gul l’Abi’. La fameuse voix de Rachid Taha se joint notamment à ‘Houria’, tandis que nous reconnaîtrons tout de suite le son de Rizan Said dans ‘La Disco’ et ‘A3ssifa’, claviériste émérite d’Omar Souleyman. Et j’en passe.

Une œuvre magistrale

Il serait bien difficile et mesquin de ma part de vouloir forcément chercher la petite bête noire dans cet album, le détail qui ferait de ma critique le plaisir gourmand des plus épicuriens des lecteurs. Là est le problème, il n’y en a pas. Je vous présente là une création complète, aboutie, se risquant laborieusement à enrichir et complexifier le panorama de la musique électronique actuelle. L’hybridation des genres y est pour quelque chose, mais sans la maîtrise parfaite de la composition et du son, l’œuvre qu’est « Musique de France » passerait à côté du podium.

Vous l’aurez compris, Acid Arab pose à travers cette massive création une pierre colossale, autant à l’édifice universel de la musique qu’à notre mur du son à nous.

N’hésitez pas à revisiter notre interview d’Acid Arab, fait à l’occasion du 1066 Festival à Épalinges.

 

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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