Abbath: Une bête dans le blizzard

LouisPar Louis  •  9 Fév 2016 à 13:19  •  Magazines  •   8 views

Parmi toutes les légendes du black norvégien, Abbath occupe un des trônes les plus imposants avec une carrière prolifique démarrée en 1988. Rétrospective sur le parcours d’un tyran.

Né le 27 juin 1973, Olve Eikemo, qui allait devenir Abbath, grandit dans les faubourgs de Bergen, à Os, en Norvège. Enfant dissipé à l’école, il se retrouve dans la même classe que Tore Bratseth dès l’âge de huit ans. Grand fan de Kiss et de Motörhead – sa passion pour ces derniers aboutira en 1996 à un tribute band appelé Bömbers – Slayer, avec leur album « Hell Awaits« , l’introduit au metal extrême. S’ensuit une soif de violence qui se poursuivra avec Possessed (« Seven Churches« ), encore du Slayer (« Reign in Blood« ) et nos Helvètes de Celtic Frost (« Morbid Tales« ) grâce aux moyens de Jan Atle Åserød aka Padden, de deux ans son aîné, avec qui il devait fonder plus tard son premier groupe, Old Funeral. On peut rajouter à ses groupes fétiches des 80’s Venom, Bathory, et même les premiers Manowar!

1988 : Old Funeral

À l’instar de ses compatriotes de Darkthrone, Abbath n’est pas né avec du maquillage noir et blanc sur le visage, et son premier groupe, Old Funeral, démarré alors qu’il n’avait que 15 ans, prenait une direction sensiblement death metal. En plus du poste de chanteur, il occupait également le rôle de bassiste. Old Funeral, qui s’est reformé brièvement à l’automne 2015 à l’occasion d’un unique concert à Bergen, a accédé à un semblant de statut ‘culte’ au fil des années grâce aux membres qu’il a comptés dans ses rangs. Tous devenus célèbres a posteriori, on peut y mentionner Harald Naevdal, aka Demonaz, avec qui Abbath fondera Immortal quelques années plus tard ; Kristian Vikernes, aka Varg, unique membre de Burzum, tristement connu pour avoir assassiné Euronymous ; ou Jørn Inge Tunsberg, qui officiera plus tard le groupe Hades et qui accompagna Vikernes lors de l’incendie de l’église de Åsane, ce qui lui vaudra deux ans de prison.

Euronymous x Abbath x Vikernes

Il est de notoriété commune que c’est grâce à Euronymous qu’Abbath a basculé dans le black metal, et que ce dernier a ensuite initié Vikernes, originaire de Bergen lui aussi, au black metal. Abbath et Euronymous entretenaient en effet des contacts réguliers, notamment à propos du dépôt de quelques exemplaires des premières démos de Old Funeral dans le magasin d’Euronymous. Toutefois, leurs relations se limitaient à un respect mutuel ; Abbath a d’ailleurs maintes fois répété que, Euronymous toujours vivant, Mayhem serait devenu un des plus grands groupes du monde. L’histoire en a décidé autrement puisque, à la différence d’Abbath, Vikernes s’est tout de suite énormément impliqué dans la scène black metal qui bourgeonnait autour d’Oslo. Au sujet de Vikernes, Abbath déclarait en 2010 à Revolver Magazine :

« Varg, ou Kristian tel que nous le connaissons avant qu’il ne troque son nom contre celui de Varg, était une excellente personne. Nous n’avons jamais eu de problèmes avec lui. Je me souviens l’inviter au sein d’Old Funeral peu de temps avant que je quitte le groupe. Une chose est certaine, ce n’était pas à cause de lui que j’ai quitté Old Funeral. C’était plutôt les deux autres membres, ils ne partageaient pas la même direction que moi, mentalement, et j’ai rencontré Demonaz et on s’est pour ainsi dire connectés l’un à l’autre. Depuis, on est devenus comme des frères ; on est des damnées âmes sœurs. Varg souhaitait s’impliquer dans ce truc qu’on montait avec Demonaz, mais on ne souhaitait pas introduire d’autres personnes dans notre projet à ce stade, et il a continué dans son propre projet. Il a également commencé à entrer contact avec Olso – le reste, c’est de l’histoire. Maintenant, il est sorti de prison et je lui souhaite une vie heureuse avec sa famille pour le restant de ses jours, vous voyez ce que je veux dire ? Il a tout de même été en prison pendant quoi, 16 ans? 17 ans ?

C’est clair, il avait des idées assez arrêtées sur certains points. Mais, franchement, je ne crois pas qu’il ait envie de retourner à tout ça ; il a une famille et des enfants maintenant. Je lui souhaite une belle vie. Il a fait son chemin, et j’espère qu’il suivra celui qui lui siéra le mieux à présent.

Mais ce qui s’est passé, c’était une tragédie. Euronymous était un bon type et on le connaissait bien. Nous ne nous sommes jamais impliqués dans ses projets ; ni lui dans les nôtres, mais nous avions une forme de respect l’un pour l’autre. Nous l’avons rencontré. Nous nous sommes rendus à Oslo quelques fois ; et il s’est déplacé à Bergen de temps en temps. Mais Varg, lui, s’est beaucoup beaucoup rapproché de lui et les choses lui ont échappé des mains. Ce qui s’est passé, c’est juste tragique, très tragique. Je suis encore très affecté lorsque j’y repense.

Beaucoup de choses se sont passées à cette époque, et au bout du compte, des types y sont mêmes passés. Beaucoup de jeunes personnes, comme Erik, notre ancien batteur (ndlr : il s’est suicidé en 1999). Il avait déjà quitté le groupe, nous avions dû le virer ; pas à cause de sa personnalité, seulement le niveau ne suivait plus. Nous devions avancer et il avait ses problèmes de dépression, il était sous médicament. Sa mort est survenue des années plus tard. Ce que je veux dire, c’est que de nombreuses personnes sont mortes pour de mauvaises raisons. Comme Euronymous. S’il s’était davantage concentré sur Mayhem à l’époque, Mayhem serait devenu le plus grand groupe de cette satanée planète maintenant. Euronymous voulait s’occuper de tout tout seul. Il ne voulait impliquer personne d’autre et il a fini par par impliquer Burzum. Ceci dit, nous étions à Bergen durant toute cette période, nous n’avons rien vu.

Maintenant, je crois que Varg ne dérangera plus personne, et je ne pense pas qu’il veuille que quiconque le dérange. »

1991 : Immortal prend forme

Un soir, la banlieue de Bergen, début des années ’90. Deux amis, Harald et Olve, aka Demonaz et Abbath, boivent du whisky dans les ruines d’un vieux monastère, et entre deux considérations géo-politiques, se disent qu’il est temps de former un nouveau groupe. Ils ont découvert la musique avec le hard rock, ont assisté à l’émergence du thrash, ont officié dans un groupe de death, mais tout ceci ne leur suffit plus : il est temps de passer du côté vraiment obscur du metal, et de mettre un pied dans le black metal. Ils s’entendent à merveille, partagent les mêmes affinités musicales, sont d’accord sur tous les points, et c’est cette alchimie qui les pousse à lancer un projet tous les deux, dont ils écartent, initialement, les autres prétendants. Ce sera leur bébé. Et ils signent leur fraternité en endossant, pour la première fois, les pseudonymes de Abbath Doom Occulta et Demonaz Doom Occulta. Amis dans la vraie vie, frères sur la scène. « Frères de sang« , comme ils se désignaient eux-mêmes autrefois. Pour l’anecdote, Abbath finit même par épouser la sœur de Demonaz, avec qui il a eu un enfant !

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Abbath et Demonaz : encore une bromance sur la couverture de « Battles In The North » (1995)

Prenant leur distance avec la scène émergente à Oslo et sa fascination pour le satanisme et les incendies d’église, les deux cerveaux d’Immortal se rapprochent d’un mysticisme original inspiré par de longues pérégrinations en forêt, qui aboutira à la conception d’un univers imaginaire, le royaume de Blashyrkh (à vos souhaits), qui servira de terreau à la plupart de leurs textes.

Leur line-up connaîtra plusieurs évolutions significatives autour du temps, mais la plupart des membres additionnels s’apparentant toujours à des musiciens de session ou de tournée, le noyau dur se résumant au duo Abbath-Demonaz. À ce titre, Abbath, initialement bassiste et chanteur, n’hésita pas à se charger lui-même de la batterie sur les albums « Pure Holocaust » et « Battles In The North » lorsque leur premier batteur, Armagedda, quitta le groupe lorsque celui-ci confia son intention d’incorporer plus de blastbeats à leurs morceaux. On se souvient également de Grim, qui rejoignit le groupe pour des concerts après la sortie de « Pure Holocaust« . Ce batteur influent de la scène norvégienne, qu’il marqua de sa prestation d’anthologie sur le fantastique album « Under The Sign Of Hell » de Gorgoroth, fut viré du groupe à cause de problèmes personnels mêlant drogues et dépression, lesquels aboutiront à un suicide, des années plus tard, en 1999.

Les débuts d’Immortal ont été marqués par leur collaboration avec le label français Osmose Productions, qui s’était formé pour la sortie du premier album d’un groupe suisse, Samael ! Le partenariat entre le label français et le groupe norvégien profita autant à l’un qu’à l’autre, le premier soignant une distribution et une promotion de qualité au groupe, sans lesquelles Immortal n’aurait peut-être jamais accédé réellement à l’immortalité, tandis que le second contribua, plus encore que Impaled Nazarene ou Samael – deux autres formations des débuts de l’écurie – à doter Osmose du statut culte dont il jouit encore aujourd’hui. Leur collaboration ne se déroula toutefois pas sans heurts du début à la fin, ponctuée notamment par une sombre histoire de photos promotionnelles ratées insérées dans le booklet de l’album « At The Heart Of Winter » en 1999.

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At The Heart Of Winter : le booklet de la honte

1997 : Adieu Demonaz !

La carrière d’Immortal trébucha lorsque Demonaz fut contraint de se retirer en 1997, juste après la sortie de « Blizzard Beasts« , où Horgh avait rejoint le duo au poste de batteur, qu’il devait garder pendant de longues années. La cause du départ du vieil ami de Abbath : une tendinite grave qui l’empêchait de jouer de la guitare – probablement définitivement. Puisqu’Immortal, c’était essentiellement le duo Abbath-Demonaz, certains auraient pu y voir la fin d’une légende. Que nenni ! Plutôt que de mettre un terme à leur parcours, Abbath et Demonaz restèrent liés, le premier passant du poste de bassiste à celui de guitariste, et le second se rabattant sur l’écriture des paroles, laissant à Abbath la lourde charge de composer les morceaux en solo. C’est ainsi à sa seule créativité qu’on doit ce qui reste à ce jour probablement le meilleur album de Immortal : « At The Heart Of Winter« . Cet album marque un tournant significatif, leur son prenant une direction plus épique, plus mélodique, que sur leurs précédents efforts. Le son gagne également en netteté grâce, notamment, au début de leur collaboration avec le producteur suédois Peter Tägtgren, également connu pour être le leader du groupe Hypocrisy. Le changement de logo effectué à ce moment souligne également la métamorphose que le groupe subit suite au départ de Demonaz.

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Le nouveau logo d’Immortal évinça la croix inversée qu’on apercevait dans le premier

À partir de cette sortie, la carrière du groupe explosa. Accompagné d’un batteur solide depuis « Blizzard Beasts » en la personne de Horgh, ils écument les festivals (dont le prestigieux Wacken en 1999) et les salles de concert à la capacité toujours plus importante. Le successeur de « At The Heart Of Winter » ne se fait pas attendre longtemps : un an plus tard, « Damned In Black« , et son titre éponyme destructeur, voient le jour, avec une addition au line-up tandis qu’Iscariah occupe le poste de bassiste, sur le cd également. Ce sera leur dernière sortie chez Osmose, le petit label français n’ayant plus les moyens d’assurer un service à la hauteur de la popularité grandissante du groupe, qui se tourne vers Nuclear Blast (Nightwish, Machine Head, Eluveitie, Blind Guardian, Dimmu Borgir, etc.) où un deal juteux et une carte blanche créative les attende. La cote du groupe grandit encore, un nouvel album débarque sur leur label : « Sons Of The Northern Darkness« . Porté par de véritables tubes de black metal (‘One By One‘, ‘Tyrants‘), il deviendra toutefois un chant du cygne pour Immortal qui devait se séparer après un dernier concert en juillet 2003 à Villarrobledo en Espagne devant près de 20’000 personnes.

2003 : La mort d’Immortal

Peu après la sortie de « Sons Of The Northern Darkness« , alors que la carrière du groupe semblait à son zénith, la nouvelle tombe : Immortal se sépare. Abbath s’est exprimé ainsi dans un interview accordé en 2003 au magazine norvégien Scream Magazine :

Ça n’étais pas quelque chose de prévu de longue date. Dans Immortal, on a jamais été doué pour prévoir les choses à l’avance, mais c’était une idée qui rôdait dans mon inconscient depuis un bout de temps. Je suis quelqu’un de spontané, et lorsque quelque chose émerge, c’est du sérieux. Les autres membres du groupe ont réagi positivement à ce que j’avais à dire. […] Nous n’en avons pas parlé beaucoup, mais j’ai le sentiment qu’ils sentaient d’une manière ou d’une autre que ça allait arriver. […] Je dois passer à autre chose, et je suis enfin capable de le faire, sans avoir à me soucier d’Immortal. Je ne prévois pas de prendre ma retraite en tant que musicien – bien au contraire – mais la musique que j’écris maintenant sera totalement mienne, et ce pourquoi je vis. Mais je ne ferai pas appel aux mêmes personnes – je suis tout seul et dans les ténèbres en ce moment, et c’est aussi un défi, seul le temps déterminera les musiciens et le producteur que j’utiliserai.

Au sujet de l’éventualité d’une pause temporaire pour Immortal, au lieu d’un arrêt définitif, il s’exprime ainsi :

Il n’y a jamais eu de break pour Immortal ! Soit on le fait, soit on ne le fait pas ! Je n’ai jamais envisagé de faire un side-project à côté d’Immortal – je veux me consacrer à 100% à ce que je fais, et je ne comprends pas toutes ces personnes qui multiplient les side-projects. À mes yeux, ça signifie seulement qu’ils ne sont pas totalement dévoués à ce qu’ils font en tant que musicien.

En dépit de leur succès, les membres d’Immortal ne roulaient pas sur l’or à cette époque – mauvais contrats avec les labels ou poisse, difficile à dire – aussi certains ont soupçonné des problèmes d’argent d’être à l’origine de leur séparation :

Non, nous n’arrêtons pas à cause de l’argent, puisque l’argent n’a jamais été une des raisons pour lesquelles nous faisions ça de toute façon. Du reste, c’est ainsi pour tous les groupes ! Les types du business se font toujours plus d’argent que le groupe lui-même. Mais sans l’industrie, nous n’aurions jamais rien eu de tout ça – la partie business est nécessaire. Malgré ça, nous ne partons pas avec le sentiment d’avoir été lésés ni par Osmose, ni par Nuclear Blast. Ou alors nous l’avons été, et on est juste trop stupides pour s’en rendre compte !

L’argent, ça va, ça vient, mais je ne m’en suis jamais préoccupé. Je n’ai jamais laissé l’argent et le côté business interférer avec la musique, mais tandis que nous grandissions, ces choses sont devenues un obstacle. Si la flamme au sein du groupe avait été plus grande, nous aurions pu passer par-dessus, mais au final, ça s’est révélé trop lourd pour nous. Trop de discussions et de négociations avec le management, et j’imagine que c’était la goutte d’eau finale qui m’a fait réaliser qu’il était temps de ranger le groupe au placard.

Le projet personnel auquel il fait référence discrètement dans ces lignes se révéla être I, mais pendant toute l’année 2004, Abbath se planqua sous les radars.

2005 : I

Apparemment fatigué du black metal, le retour de Abbath se fit sous une déclinaison étonnamment plus heavy metal/rock, sans son traditionnel maquillage de panda ! À la surprise générale, il annonça en 2005 via son label revenir avec un nouvel album sous le nom de groupe I, tandis que le CD se titrait « Between Two Worlds« . Au line-up, on retrouvait l’inévitable Demonaz à l’écriture des paroles, tandis qu’ils avaient déterré leur ancien batteur Armagedda. Au trio lié par leur histoire commune au sein d’Immortal s’ajoutaient deux éminents membres de la scène norvégienne en les personnes de Ice Dale aux guitares (Audrey Horne, Enslaved), et le légendaire King à la basse (Gorgoroth et maintenant… Abbath !).

En dépit d’un sens du riffing terriblement heavy, le son diffus du groupe évoquait ostensiblement les dernières productions en date d’Immortal, et ce parallèle n’en était qu’accentué par la voix rocailleuse d’Abbath. Longtemps, la possibilité d’un nouvel album sous ce super-groupe s’agita à l’état de rumeur, mais la reformation d’Immortal (2006), suivie du lancement du groupe Abbath (2014) devaient rendre l’hypothèse de moins en moins crédible, et cet ovni au sein des carrières respectives de ses membres devaient rester une sorte de coup d’un soir.

2006 : Immortal est ressuscité !

Parmi les annonces exclusives que les organisateurs du Wacken laissèrent tomber prématurément en juillet 2006, une fit sensation : Immortal y figurait, or le groupe de black metal était officiellement dissous depuis 2003 ! Abbath expliqua avoir revu Horgh, le batteur au moment de la séparation, et qu’il s’était entendu pour reprendre les répétitions, en prévision d’une tournée articulée autour de quelques concerts méticuleusement sélectionnés pour l’année 2007, au nombre duquel ils s’affichaient en headliner du plus grand festival européen de metal. Si Horgh était déjà plus ou moins compté au moment de leur séparation comme un membre à part entière du groupe qu’il avait rejoint en 1996, le poste du bassiste avait connu une histoire plus houleuse après les semi-échecs successifs de Iscariah (1999-2002), qui ramenait trop sa fraise dans la phase de composition au déplaisir de Abbath, puis de Saroth, (2002-2003), qui ne s’était chargé que des concerts et n’avait jamais été considéré comme un réel membre du groupe. Ce trou fut comblé par Apollyon, originaire d’Oslo, vétéran de la scène puisqu’il avait cofondé le groupe de black thrash Aura Noir en 1993.

Voici qu’Abbath révéla à Revolver Magazine au sujet de ce choix :

Horgh et Demonaz voyaient qui c’était, mais ne l’avaient jamais rencontré en vrai. Ils ne le connaissaient pas vraiment, mais connaissaient les groupes où il jouait. C’est également un grand admirateur de Fenriz et Nocturno Culto de Darkthrone. Il vient de la vieille Oslo old-school.

Et soudain il s’est marié, croyez-le ou non, avec cette femme qui habite à, quoi, huit kilomètres d’où j’habite. Je vis dans la campagne à 30 kilomètres au sud de Bergen, et il m’a appelé et m’a fait : « Hey, je suis dans le coin. Tu veux qu’on aille boire une bière ? » En fait ce type, il a quasiment exactement les mêmes goûts musicaux que moi, et il est hyper détendu. Je veux dire, il ne stresse jamais à cause de rien, il est très dévoué, et en plus d’être Apollyon, il apporte un équilibre dans le groupe.

Donc je l’ai appelé un jour. C’était le premier type auquel j’ai pensé. Il y avait cet autre type avec qui nous avions joué en 2003, ce Suédois [Saroth], il ne nous a même pas contactés. Nous avions essayé de garder contact avec lui [après la dissolution], mais nous n’avons jamais eu de ses nouvelles. Ce n’est que lorsqu’il a entendu qu’on se reformait qu’il nous a contactés. Alors qu’il aille se faire foutre. C’était un bon type, mais s’agissant d’Immortal, qu’il aille voir ailleurs. Vous voyez ce que je veux dire ? Et Saroth, c’était davantage le type qu’on avait rencontré via notre producteur Peter Tägtgren. En fait, il nous a sorti de la merde, mais n’a jamais été vrai membre du groupe, ça aurait été une erreur de se réunir avec lui, surtout lorsqu’il avait coupé les ponts avec nous pendant des années. Ensuite il y avait Iscariah, qui était totalement dévoué, mais qui ressemblait un peu à Erik, notre ancien batteur : il ne s’améliorait pas. Mais tous, c’était des chics types.

Dans tous les cas, lorsque j’ai demandé à Apollyon s’il voulait nous rejoindre, je n’étais pas sûr de sa réponse, parce que son bébé, c’est Aura Noir. Mais il a répondu : « Ouais. » Il voulait aussi donner de plus grands concerts et on lui a offert la bonne occasion. Il pouvait rester avec nous pour toujours s’il le souhaitait, c’est notre frère bordel, c’est plus qu’Apollyon. Nous partageons le même amour pour le Kiss des premières heures et le vieux heavy metal. Peut-être que je suis plus dans Motörhead que lui, mais on adore le vieux Manowar et surtout Venom. Nous partageons vraiment la même affinité pour Venom. Tu peux le voir sur scène avec moi, avec Immortal, et pour moi c’est comme si je me tenais juste à côté de Cronos [de Venom], tu vois ? Je joue de la guitare maintenant. Je ne peux pas faire le sac autant que je le pouvais par le passé lorsque je jouais de la basse, alors c’est super d’avoir un vrai démon à mes côtés sur scène.

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Horgh, Abbath et Apollyon : on croyait à la formule gagnante!

Après une dizaine de concerts donnés en cette année-là, l’inévitable se produit, et comme un toxico qui renoue avec ses vieux démons, les lascars ne résistèrent pas à la tentation de se relancer dans un nouvel album. Ainsi, le 17 janvier 2008, soit le jour de mes quatorze ans très précisément, le groupe annonça être en train de travailler à l’écriture d’un nouvel album, tout en révélant une date d’envergure en ouverture de Judas Priest à Trondheim, en Norvège.

Un an plus tard, sortait, sept années après ‘Sons Of The Northern Darkness‘, ‘All Shall Fall‘. Totalement dans la veine de leurs vieux albums, Demonaz évitait certains sujets traditionnels dans ses paroles, qu’il s’agisse de politique ou de religion ; aux yeux du bonhomme, cette obsession pour le satanisme tombe souvent dans le ridicule qu’il s’agit de black metal. Un accueil enthousiasme par la presse annonçait le retour en force des légendes norvégiennes, et déjà Demonaz confiait, dans des interviews, travailler avec Abbath sur des morceaux pour un prochain album, mais l’histoire en décida autrement.

 

 

2015 : L’éclatement d’Immortal et l’émancipation d’Abbath

Alors qu’Immortal semblait définitivement avoir trouvé sa quatrième roue du carrosse en la personne d’Apollyon, qu’Horgh était considéré comme un membre à part entière du groupe et que l’écriture du successeur à « All Shall Fall » avait déjà commencé, les choses se mirent à dégénérer. L’affaire fut d’abord révélée en 2014 lorsque, sans explications approfondies, le grand public apprit qu’Abbath avait tenté une démarche juridique pour s’approprier le nom d’Immortal, ce à quoi s’étaient opposés Horgh et Demonaz.

On apprit peu après, via une lettre qu’Abbath avait adressée au Norwegian Industrial Property Office, que les troubles avaient débuté six mois auparavant lorsque, à la suite d’une dispute, Horgh et Demonaz avaient annoncé leur intention de faire une longue pause avec Immortal. En particulier, les deux musiciens ne souhaitaient plus contribué à la location du local de répétition, et les frais revinrent en intégralité à Abbath, qui perçut l’attitude des deux autres membres comme un départ du groupe. La lettre rappelait également que Demonaz n’était plus en mesure de jouer de la guitare depuis 1997 – bien qu’il eut continué à être parolier du groupe qu’il continuait à accompagner en tournée – et que Horgh s’était toujours contenté d’assurer les percussions. En tant que compositeur et leader de Immortal, Abbath se présentait comme synonyme de la ‘marque’, et de plus il avait besoin des revenues qu’elle engendrait pour continuer à subsister en tant que musicien professionnel. Il précisait également qu’Immortal était lié par un contrat avec Nuclear Blast à leur délivrer un nouvel album, qui était quasiment terminé grâce à la collaboration avec d’autres musiciens. Il condamnait la réaction de ses anciens amis, qu’il percevait comme une tentative de l’empêcher de continuer à poursuivre avec Immortal, alors qu’eux n’affichaient de toute évidence aucune intention de poursuivre leur engagement au sein du groupe.

Devant l’incapacité des membres d’Immortal de régler leur différent, Abbath prit alors la décision, en mars 2015, de se diriger vers un projet solo baptisé, de manière inattendue, … Abbath. Un premier concert en septembre 2015 à Londres fut annoncé, tandis qu’il signifiait également que c’était la fin pour Immortal.

En juillet, il déclara au Metal Hammer, en parlant des troubles traversés avec les deux autres membres :

Au départ, je ne voulais pas partir en solo. Je ne désirais que le meilleur pour Immortal. Je ne voulais pas que ça se termine de cette manière. Avant tout, je voulais sortir de nouveaux morceaux. Et je voulais enregistrer ce nouvel album parce que ça faisait trop longtemps depuis ‘All Shall Fall’. Et Demonaz comme Horgh ont une famille et des enfants maintenant, ça a atteint un point où je ne pouvais plus travailler de la manière qu’il voulait. Je voulais faire les choses à ma manière, ils voulaient les faire à la leur, c’était très difficile.

Je voulais faire au moins trois répétitions par semaines, mais souvent ça n’arrivait qu’une seule fois par semaine et les choses avançaient si lentement. Je m’asseyais là avec tout ce matériel, je gardais la salle de répétition et enregistrais tout sur click track, mais c’était une atmosphère étouffante et la dernière fois que nous avions travaillé ensemble, c’était début juin l’année passée [2014].

J’ai été contraint de faire les choses ainsi. Je voulais qu’Immortal continue, mais pas sous cette forme. Il n’y avait plus de dialogue, et c’est également ma faute. J’aurais dû faire remonter tout ça il y a longtemps, mais Immortal, depuis que Demonaz avait eu ses soucis aux bras, n’est jamais redevenu un vrai groupe. On était dans une situation particulière : Demonaz n’était pas dans le groupe, mais moi je voulais quand même que tout le monde soit content, que l’esprit du groupe survive, et c’est pour ça qu’on avait décidé de continuer, de retrouver le même esprit, et de l’apporter lors de nos tournées, de partager nos revenus, d’être un groupe et de prendre du bon temps. Mais ça n’a jamais marché. L’alchimie ne règne pas entre les membres d’Immortal et c’est le cas depuis un moment.

Coup de théâtre, les deux autres membres du groupe, Horgh et Demonaz (Apollyon ayant décidé de son côté de quitter ce bourbier pour retourner s’occuper d’Aura Noir), annoncent qu’Immortal n’est pas mort, mais que le groupe a déjà de nouveaux morceaux fins prêts, et qu’il continuera sans Abbath. Difficile d’imaginer le groupe sans le leader qui a porté son image durant des années, mais nous verrons ce que l’avenir nous réserve !

Pendant ce temps, Abbath annonça que le premier album de son nouveau projet devait sortir chez Season of Mist en janvier 2016, et qu’il serait accompagné de King, un vétéran de Gorgoroth avec qui il avait déjà joué dans I, à la basse, et de Creature, à la batterie. Et qui se cache derrière le pseudo et le masque de Creature ?

En fait pendant longtemps, tout le monde crut qu’il s’agissait de Baard Kolstad, du groupe norvégien Borknagar. Mais des mois plus tard, Kevin Foley révéla qu’il était en réalité le démon derrière le mystérieux masque qui s’agitait derrière les fûts lors des prestations scéniques du groupe.Kevin Foley, c’est la pieuvre française qui a joué dans à peu près tous les groupes du monde, parmi lesquels on peut compter nos compatriotes de Mumakil et d’Arkhan, mais aussi Nervecell de Doubaï, Decapitated, Sepultura, Sabaton ou Nightmare, tandis que son projet principal reste le groupe de brutal death français Benighted. Un premier titre fut révélé en septembre, ‘Fenrir Hunts‘, et on y retrouvait le feeling d’Immortal de manière significative :

L’automne arriva avec son lot de nouveaux ragots sur le mélodrame d’Immortal. Les deux ayant récupéré les droits d’Immortal indiquèrent par exemple que c’était de la faute d’Abbath, qui n’avait pas voulu aller en cure de désintoxication pour s’occuper de ses problèmes – dont la nature n’a jamais été précisée, aussi on ne sait s’il s’agit d’alcool ou de drogues. Abbath a déclaré de son côté aux journalistes que c’était absurde, et qu’il avait toujours assuré son rôle avec sérieux, que ce soit en studio ou sur scène. Il répéta qu’il aurait voulu que les choses se passent autrement qu’il aurait désiré qu’Immortal fut en tournée en ce moment-là avec un album dans les pattes (nous étions en octobre 2015), mais que ses deux anciens collègues n’avaient plus la même passion.

Jusque-là, tout porte à la sympathie envers Abbath, mais ça, c’était jusqu’au mois de décembre, où Horgh et Demonaz, jusque-là plutôt silencieux, sont sortis de leur mutisme avec le communiqué suivant :

La dispute ne concernait le départ de personne dans le groupe, contrairement à ce qu’Abbath a déclaré. Il ne s’agissait que de ses problèmes personnels. Il avait annulé de nombreuses répets et a ruiné la progression du groupe durant une longue période. Nous avons été contraints de le mettre face à cette situation. Nous devions replanifier des répets constamment. Et même alors, il ne se pointait pas. Il a déclaré au groupe, à ses amis, et à sa famille, qu’il avait besoin de retourner en cure de désintoxication. Nous lui avons proposé d’attendre qu’il se remette. Malheureusement, il est revenu sur sa décision.

Au lieu de tenter de résoudre ses problèmes, il a œuvré dans notre dos et a secrètement tenté de récupérer les droits sur le logo et le nom du groupe. C’était dur pour nous de croire que ses problèmes pouvaient l’emmener à une telle extrémité. Lorsque nous avons découvert ce qu’il essayait de faire, il a soudainement décidé de partir en solo. Ses accusations contre le groupe ne cessaient de changer au fil des jours. Les fans se sont mis à remettre en doute ses propos et souhaitaient entre notre version des faits. Malheureusement, nous avons dû attendre que l’affaire soit close pour émettre une pareille déclaration.

Sa récupération des droits a été refusée et l’affaire a été classée par le Norway’s Patent Office en novembre 2015. Une des raisons était qu’il avait seulement contribué en tant que co-auteur de la musique au sein d’Immortal. Il n’a d’ailleurs jamais contribué aux paroles, ni aux titres des albums du groupe. C’est un fait que la musique a toujours été le fruit d’un travail commun.

Immortal enregistra un nouvel album en 2016, et il sortira via Nuclear Blast. Nous sommes tous très bien préparés et nous réjouissons de présenter ce nouveau matériel aux fans. Nous ne voulions pas presser les choses, mais prendre le temps de délivrer un nouvel album d’excellente qualité.

Comme si ça ne suffisait pas, Abbath dut essuyer un nouveau revers en décembre 2015 lorsqu’il fut annoncé que son nouveau groupe perdait (déjà !), deux de ses membres, à savoir Creature, batteur sur l’album, et Per Valla, qui secondait le groupe à la guitare sur scène. C’est au moment de son départ que Kevin Foley révéla officiellement être l’homme derrière le masque. À priori, aucun de ses départs n’aurait été considéré suspect, à fortiori lorsque les types en question se bornaient à mettre en cause des ‘motifs personnels’, mais leur rapprochement chronologique – ils sont survenus le même jour ! – a beaucoup fait jaser dans la metallosphère, certains soupçonnant les problèmes d’Abbath (drogue ? alcool ?) de le rendre invivables.

Mais tout ça, c’est du gossip !

Maintenant, le nouvel album de Abbath est sorti, c’est une bombe, il tourne avec un line-up de taré (Behemoth, Entombed A.D., Inquisition), et tout le monde se réjouit de ce que ET Abbath ET Immortal apporteront de beau sous le soleil froid de Blashyrkh à l’avenir. N’est-ce pas ?

 
Auteur:

Louis

Je recherche : une édition originale de l’EP éponyme de Medieval Steel en 12 ». Je propose : deux cannettes un jeudi à la Ruche. Eh ouais, l’expat’ fribourgeois n’a pas perdu ses habitudes langagières arrivé à Lausanne.

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