Worakls : « La critique te permet de rester quelqu’un de simple et d’humain. »

RaffaelePar Raffaele  •  5 Juil 2016 à 11:51  •  Live  •   6 views

À l’occasion du festival « Weekend au bord de l’eau », nous avons rencontré Worakls. Tête d’affiche de la soirée d’ouverture, naviguant entre un registre techno et épique, il a évoqué avec nous l’impact de la critique et son amour pour la musique de film.

Il y a beaucoup d’instruments classiques dans tes morceaux. Quel est ton parcours de musicien classique ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 3 ans par le piano, cours particuliers et conservatoire. Ma transition vers la musique électronique s’est faite naturellement vers 17 ans. Auparavant, j’étais déjà passé par plein de groupes et de styles différents. Lorsque j’ai commencé l’électronique, je faisais des choses plus techno, minimale. Au fur et à mesure, étant pianiste, la mélodie m’a rattrapé. Il fallait que cela revienne, et je suis de plus en plus tombé amoureux de ce que j’appelle le néo-classique, c’est-à-dire la musique de film. J’ai depuis essayé d’associer les deux en ajoutant beaucoup d’instruments classiques comme le piano, la guitare, les violons et les cuivres.

Tu évoques la musique de film, est-ce quelque chose que tu vises ? Si Christopher Nolan te proposait de faire la bande originale de son prochain long métrage, serais-tu un homme heureux ?

Oui, forcément ! Mon but est clairement de faire cela plus tard. Quand ? Je ne sais pas encore, mais c’est l’un de mes objectifs. Peut-être que lorsque je serai plus vieux, j’aurai moins la force de tourner autant qu’aujourd’hui, et je préfèrerai rester avec ma famille et produire en studio. Si Christopher Nolan m’appelait pour son prochain film, ce qui me semble impossible, je serais super heureux. Cela dit, j’aurais de la peine de prendre le job d’Hans Zimmer dont je suis un fan absolu.

Quelle musique écoutes-tu au quotidien, pour le plaisir ou l’inspiration ?

Beaucoup de musique de film, comme John Williams ou Ennio Morricone. C’est ma principale inspiration. Sinon, étant d’origine portugaise, j’écoute beaucoup de fado, mais aussi des musiques brésiliennes.

Depuis une dizaine d’années, de plus en plus de formations électro se tournent vers des live shows. Est-ce l’avenir de la musique électronique ?

Depuis que la musique électronique a été créée, elle a généré des courants comme la techno, la house etc… Aujourd’hui, elle s’est déjà ouverte, c’est la base de toute musique ou presque. Un artiste pop va passer par des moyens de création musicale électronique. « Musique électronique » veut tout et rien dire à la fois, cela devient un nouvel outil qui nous permet de tout faire. Moi, je fais de la musique classique électronique, mais il y a aussi du rock électronique, du jazz électronique, du rap électronique. Ce n’est pas tant la musique électronique qui s’ouvre : elle devient la base de tout.

Au sein de votre label, est-ce que vous partagez une vision commune de la musique électronique ?

Bien sûr ! N’to et Joachim Pastor sont plus des amis que des collègues. Nous avons de grandes différences dans nos styles respectifs, mais nous sommes à peu près tout le temps d’accord lorsqu’on parle d’une musique. On partage le goût de la musique mélodique qui fait voyager. Nous sommes très perfectionnistes, on se rejoint davantage sur ce trait de caractère plutôt que sur des styles en particulier.

Sur ton label, il y a une recherche esthétique non seulement dans vos compositions, mais aussi dans les titres et les illustrations. Dans quelle mesure est-ce important pour vous ?

Honnêtement, nous accordons de l’importance à tout ! Nous sommes des passionnés, nous ne faisons pas cela pour le business. Toutes les cover, nous en parlons 50 fois. C’est pareil pour nos titres, nous ne voulons absolument rien bâcler.

Le clip ‘From now on’ est complètement WTF. Est-ce qu’on peut tendre au perfectionnisme et garder un état d’esprit où l’on ne se prend pas la tête ?

Oui, c’est comme les comiques : ce sont des déconneurs, mais ils travaillent à mort pour réaliser des sketchs marrants. Ce clip est très décalé, on met en scène un super héros portant les couleurs d’Hungry Music. C’est aussi pour refléter notre état d’esprit. Souvent, on entend des compliments du type « vous êtes des génies », comme n’importe quel artiste peut l’entendre de ses fans. C’est pour montrer qu’on fait de la musique, mais que nous sommes avant tout des clowns. Nous sommes là pour faire passer un bon moment aux gens, on ne sauve pas des vies ! Il y a une ambiance de détente et de rigolade au sein du label. On est une famille, pas des collègues.

Quelle est la critique négative qui t’a le plus fait avancer ?

On en reçoit et c’est très dur à accepter. Une fois, j’ai raté une date où j’avais mal joué, cela m’a rendu malade. Avec la critique, il faut savoir se blinder dès le départ. Même si tu sors un morceau que 99% des gens aiment, le 1% restant te crachera dessus comme si tu n’étais moins que rien. Après, toute critique te fait avancer, il faut essayer d’en sortir du positif. Parfois, des gens viennent me voir en concert et espèrent entendre des morceaux que j’ai fait il y a 6-7 ans où j’avais un style très techno-minimal : là, je ne peux que les décevoir. Dans tous les cas, la critique te permet de garder les pieds sur terre, de rester quelqu’un de simple et d’humain. J’y accorde beaucoup d’importance.

Traditionnelle question à la con : quelle est l’artiste ou la chanson pop mainstream que tu aimes secrètement ?

C’est dur ! En fait, il y a des titres que j’aime. Par exemple, j’ai beaucoup aimé celui de Feder qui l’a fait connaître. Sinon, j’adore ‘Lean on’ de Major Lazer. Il marche trop bien, le clip est génial. Quand il passe à la radio, je monte le volume.

 
Auteur:
Raffaele

J’ai grandi dans les années 90, mes influences sont un vrai patchwork musical. J’apprécie selon l’humeur un gros beat electro, un flow hip hop ou l’effervescence d’un concert de rock. ‘Faut que ça groove !

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