The War on Drugs – « Lost in the Dream »

StevePar Steve  •  5 Août 2015 à 16:00  •  Albums  •   1 view

La couverture de l’album dit l’essentiel. C’est l’histoire d’un homme, Adam Grandusciel, en pleine introspection. Perdu dans ses rêves. Une introspection intime que sa musique transforme en oeuvre universelle.

J’aurais aimé vous dire que j’ai découvert « Lost in the Dream » chez un petit disquaire du coin, lors d’un concert révélateur ou lors d’un road-trip en Pennsylvanie. La réalité est bien moins romantique. En décembre 2014, les médias et blogs de musique l’ont tant encensé dans leurs listes de fin d’année que j’étais forcé de l’écouter. Unanimement cité parmi les meilleurs albums de 2014, il était même le plus cité, selon un classement regroupant une centaine de listes. Je ne connaissais pas The War on Drugs, l’album était sorti en mars 2014. A côté de quoi étais-je passé? Etait-ce un de ces albums que seule l’élite des critiques peut comprendre? Ou avait-on affaire à un véritable chef-d’oeuvre?

Un album solo joué par un groupe

Tout d’abord, un petit retour en arrière s’impose pour ceux qui, comme moi il y a quelques mois, ne connaissent pas le groupe. The War on Drugs s’est formé en 2005. Porté à l’époque par Kurt Vile et Adam Grandusciel, le groupe se fait rapidement un nom sur la scène indie avec son mélange de folk américain et de rock alternatif. Kurt Vile se penche ensuite sur sa carrière solo et quitte la bande. Aujourd’hui, c’est essentiellement le canevas dans lequel s’exprime Adam Grandusciel. De son propre aveu, « Lost in the Dream » n’est pas un album de groupe, c’est un projet solo. Le sien. Il n’y a qu’à voir les crédits de l’album: deux lignes sont nécessaires pour citer tous les instruments dont il a joué sur chaque morceau.

Une année de gestation et de torture artistique  

Puisqu’il s’agit surtout d’Adam Grandusciel: Qui est-il? Pour cerner le personnage, c’est le genre de mec qui appelle son chat d’après une chanson de Bruce Springsteen et qui a un poster du chef d’oeuvre de Neil Young« Rust Never Sleeps », dans son salon. Un vrai fan de musique, quoi. C’est aussi et surtout le genre d’artiste obsédé par la production de ses chansons. Alors que d’autres composent et enregistrent leurs albums en quelques semaines, il lui a fallu une année entière pour concocter « Lost in the Dream ». Sa manière de travailler: enregistrer des démos chez lui, jouer avec les textures sonores, cumuler d’innombrables pistes en studio, les superposer, les supprimer, les baisser, les monter, parfois tout effacer, tout recommencer. “Le potentiel d’une chanson sera toujours plus grand que ce qu’il est au moment présent. J’ai toujours envie de savoir jusqu’où ça peut aller », confiait-il à Stereogum.

« Lost in the Dream » : une introspection épique

Ce travail énorme, à la limite de l’obsession, se ressent dans chaque morceau. Certains n’aimeront pas le son de cet album, gonflé de reverb, d’overdubs et de textures d’ambiance. Ce genre de sonorités peut en effet rendre indistincts et brouillons les différences entre les instruments et les changements de dynamiques. Mais grâce à une production millimétrée, ce n’est pas le cas. La manière dont l’intro atmosphérique de ‘Under the Pressure’ se fond dans la rythmique du couplet. Ce crescendo subtil et épique à la fin de ‘An Ocean in Between the Waves’. Lorsque, à 1:48, ce roulement de tambour et ce cri libérateur changent tout dans ‘Red Eyes’. Chaque respiration, crescendo ou changement de dynamique est réfléchi, placé au bon endroit, amené parfaitement. Ces subtilités se révèlent au fil des écoutes. C’est ce genre d’album que l’on redécouvre à chaque fois et qui finit par nous obséder.

Au niveau musical, The War on Drugs n’ont rien inventé, il faut l’avouer. Mais bon sang qu’ils le font bien. La voix de Grandusciel est dylanesque, légèrement torturée. Ce phrasé quasi parlé, couplé aux claviers et à la guitare, nous rappelle également Dire Straits. Les sonorités des guitares sont aériennes, tantôt réduites au rôle de son d’ambiance, tantôt propulsées en avant pour un solo épique. Elles planent avec légèreté et pureté au-dessus d’une rythmique toujours très simple, dans la pure tradition rock-folk américaine. Les accords de clavier semblent s’envoler l’un vers l’autre naturellement et l’harmonica n’a jamais été aussi doux et envoûtant.

L’album est empreint de souffrances, de solitude, de doutes. Adam Grandusciel n’était en effet pas au mieux pendant l’enregistrement. On parle d’une rupture, de crises d’angoisses, de troubles du sommeil. Il n’essaie toutefois jamais de nous arracher la larme à l’oeil. Au contraire, on ressent dans ses mélodies des onces d’espoir, de renaissance, d’envol. On a cette étrange envie de sourire face à la tristesse, de danser au son de ses fêlures.

C’est rare que production léchée et honnêteté artistique aillent de pair. Mais c’est ce qui arrive lorsqu’un alchimiste du son et une âme torturée se retrouvent dans la même personne. Merci, Adam Grandusciel.

Secretly Canadian – 2014

Steve

Depuis que j’suis gosse, je suis fan de rock. Toutes les époques, tous les sous-genres mais surtout lorsqu’il « vient de là, il vient du blues ! ». Nom de dieu, je viens de citer du Johnny ?! Shame on me.

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