Victor Jara, la voix du peuple

LauraPar Laura  •  17 Nov 2014 à 18:00  •  Chili, Tour du Monde  •   29 views

Sa guitare était son alliée, sa confidente. Ses doigts le guidaient vers un idéal. Sa voix le rappelait à un peuple qu’il aimait. Il chantait et telle était sa faute.

Ce n’est pas une leçon d’histoire que je vous donne. Je suis bien loin d’en être une experte. Peut-être est-ce un hommage. Peut-être est-ce de l’admiration. Peut-être mon désir est de souligner que la musique, elle aussi, a des choses à dire. Elle n’est pas qu’une suite d’accords. La vraie, la censée, n’est pas qu’une suite de paroles. Celle qu’on scande est ancrée en nous, dans notre histoire, dans celle de notre pays. Celle qu’on censure est celle qui dérange. Celle qu’on pleure est celle qui nous change. Un changement inespéré, attendu, rêvé, souvent inatteignable. Un changement dans notre âme, dans celle de nos semblables.

victor jaraVictor Jara n’avait que 40 ans lorsqu’il fût assassiné. Puni pour avoir critiqué, pour avoir rendu hommages aux figures révolutionnaires. Condamné pour avoir soutenu Salvador Allende.

En septembre 1973, ils n’étaient que trois à son enterrement clandestin. En 2009, ce sont des milliers de Chiliens qui se sont rassemblés pour ses obsèques officielles. Aujourd’hui, Victor Jara reste une icône dans tout le Chili et l’Amérique latine. Celui que l’on nomme encore el Príncipe a mis son oeuvre, sa vie au service de sa cause.

 No canto por cantar, ni por tener buena voz.
Canto porque la guitarra, tiene sentido y razón.

Après une carrière musicale et théâtrale qui lui donna une renommée internationale, Victor Jara, s’engage, en 1970, dans la campagne électorale de l’Unidad Popular, unité de soutien du gouvernement Allende. Son art et sa notoriété lui donnent l’opportunité de s’adresser au pays entier. C’est au travers de la sortie de ses albums engagés « Canto libre », « La Población », mais aussi grâce à son opus « el derecho de vivir en paz » qu’il témoigne de sa ferveur communiste.

Notre artiste ne chante pas que pour chanter, il ose l’affront. Il réalise une tournée en URSS et à Cuba, il chante lors de programmes destinés à la lutte contre le fascisme et contre la guerre civile, il n’hésite pas à s’enrôler parmi les travailleurs volontaires lors de grandes grèves en 1972. Un affront qui lui coûta la vie. 1973 sonne la fin du sacre d’Allende. Pinochet, alors nommé à la tête de l’armée, réussit un coup d’Etat. Victor Jara, se fait enlevé et torturé. Un dernier levé de rideau aussi tragique que célèbre :

« On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur la table. Dans celles de l’officier, une hache apparut. D’un coup sec il coupa les doigts de la main gauche, puis d’un autre coup, ceux de la main droite. […] L’officier se précipita sur le corps du chanteur-guitariste en criant : “ Chante maintenant pour ta putain de mère ”, et il continua à le rouer de coups.

Tout d’un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l’on entendit sa voix qui nous interpellait : “ On va faire plaisir au commandant. ” Levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en choeur.

C’en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant. D’autres rafales se firent entendre, destinées celles-là à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés de balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait pas. Il était mort. »

Témoignage de l’écrivain Miguel Cabezas.

Victor Jara ne chantait pas que pour chanter. Il défendait un idéal, il rejetait un monde irréel dans lequel il ne voulait pas vivre. Sa mort a fait de lui un mythe, un martyr. L’opposition a eu raison de sa vie, mais jamais de son âme. Ses doigts ne jouent plus, sa guitare reste orpheline mais sa voix a atteint une nation. Une ultime raison qui lui laisse enfin le droit de vivre en paix.

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