Une fondue moitié meilleur de 2017 et moitié amitiés

JoséPar José  •  31 Déc 2017 à 17:00  •  Fin d'année  •   172 views

Tout se passait bien jusqu’à ce que nous parlions du meilleur de 2017. La phrase résume notre fondue dans mon carnotzet, là où je m’étais retiré pour récupérer de ma vie mouvementée. C’était un plaisir de revoir tout ce petit monde.

Nous étions tous assis dans mon carnotzet de la forêt jurassienne – espèce de chalet où je m’étais retiré pour méditer – paisible jusqu’à là. C’était une réunion de haute importance : on parlait guggenmusik, fanfare et kiosque à musique. Certains pensaient qu’ils promouvaient tous les trois l’alcoolisme. D’autres estimaient qu’ils étaient autant indispensable qu’une Haute École de Musique dans le chef-lieu.

Un jorat hivernal sifflait entre deux-trois poutres de mélèzes mal fixées, transperçait notre gîte chaleureux et allait s’essouffler vers le lac en contrebas. On humait déjà le bois brûlé et quelques produits du terroir. Trois bûches beutchaient dans la cheminée, elles brûlaient d’une même flamme uniforme et elles crépitaient paisiblement. Nous mangions successivement nos traditionnelles fondues au Bleuchâtel, à la truffe, à la Guiness et à l’échalote – oui, oui, nous aimons dévorer les religieuses. Quand soudain ! le drame ! nous avons évoqué le meilleur de 2017.

Le débat

J’estime que Johnny Cash est la révélation de chaque année depuis ses débuts en 1954. Mes amis, déjà bien installés autour du potager – sorte de fourneau en fonte qui chauffe toute la pièce – ne comprenaient pas. L’homme en noir est mort depuis un petit moment tout de même. Je m’en fous, moi, il vit ! Quel est la meilleure découverte de 2017 ? J’ai balbutié la question en servant un petit Neuchâtel blanc à tout le monde, croyant bon de changer de sujet. Ça devait un peu calmer l’agitation. S’en est suivi un silence momentané, passager. Et c’était reparti !

Jorris, encore avec des étoiles dans les yeux en pensant aux deux concerts de Fishbach, a confessé qu’elle « produisait une musique exaltante et belle », a levé son verre et a fait santé. Il a encore expliqué que ‘Mortel’ de la même chanteuse française était ce qu’il avait entendu de mieux. Un santé sonore et commun a fait trembler le bois du carnotzet et, Jorris, a encore glissé que l’album « New Model » de Perturbator l’avait convaincu plus que d’autres.

Glenn a repris la parole en posant son verre. Il a loué le rappeur de Brooklyn Your Old Droog puisqu’il est ce qu’il a découvert de plus efficace en 2017. Après une bouchée de fondue, il a ajouté, en tapant du plat de la main la poutre au dessus de lui, que ‘On est haut’ de Caballero et JeanJass était « un son qui cogne fort et qui fait son effet pendant les concerts ». La sentence était tombée comme ça, d’un coup et il a aussi affirmé que Wiki avait fait le meilleur album avec « No Mountains in Manhattan ».

C’est à ce moment-là que Claire est intervenue. Il fallait remettre le caquelon au milieu de la table. Elle a été concise et efficace. Quel était le meilleur morceau de 2017 ? C’était évidemment ‘Brave for you’ de The Xx pour l’envie de voler qu’il a su provoqué. Elle a poursuivi avec Tim Dup qu’elle a écouté pour la première fois et qui méritait bien un autre santé. Quand tout le monde s’était déjà remis à parler, elle a encore ajouté que le EP « Rythmes et botaniques » de Gaël Faye était simplement le summum.

Tout le monde a été saisi par la clarté du message. Nous n’entendions plus que le crépitement de la cheminée. Il y a eu un moment de flottement avant que Karim dévoile son meilleur morceau 2017 : ‘Douss’ de Yasmine Hamdam. Celui-ci ouvre l’album « Al Djamilat » – « Les Magnifiques » en français, titre en hommage à un poème de Mahmoud Darwich. Il a ajouté qu’il s’agissait d’une « balade qui vibre d’entrée de la tête aux pieds, faisant courir 1001 sensations dans les doigts et au bout des oreilles ». Même s’il n’était pas autant convaincu par l’album. En revanche, il était plutôt élogieux sur « Archivo Pittoresco » de Lula Pena, « cette voix qui a tous les âges du monde. ». Il a encore glissé discrètement qu’il a découvert Melanie de Biasio avec le plus grand des plaisirs.

Le coup du milieu

J’allais préparé la deuxième fondue, à la truffe, après un débat vif autour de la place des champignons dans le fromage. Quand Yannick a rappelé la qualité du groupe The National et de ‘The System Dreams Only In Total Darkness’ où les « couches apparaissent, disparaissent, puis réapparaissent : un peu de piano par ici, un riff de guitare par là, un solo un peu plus loin. » Il ne tarissait pas d’éloges sur l’album « A Deeper Understanding » de The War On Drugs. Et…croyez moi, ce n’était pas le seul. Même moi, je crois que j’aime bien. Il a conclu par le « garage, punk, frais, intelligent, super » de Ron Gallo. Jamais il n’avait entendu ça avant cette année !

Voilà sur quoi Yannick s’est mis d’accord avec Olivier d’une tape amicale sur l’épaule. Heureusement que ce dernier, notre docteur ès musicalis – ou quelque chose comme ça, a évoqué l’excellent morceau ‘Queen Of Hearts’ d’Offa Rex : « Les chansons traditionnelles anglaises, c’est la classe. Quand elles sont reprises par la meilleure folkeuse du pays et un des groupes les plus propres qui soient, ça l’est encore plus. Fruit de la collaboration entre Olivia Chaney et The Decemberists, le projet Offa Rex nous a pondu une petite pépite d’album en juillet. » Il a dit cela avec son ton présidentiel et nous avons tous hoché la tête par respect devant un fait oratoire pareil. Il a interrompu les hochements d’un geste brusque de la main et a ajouté sa découverte marquante de 2017 : le rappeur Lomepal, cet « allié et non rival du rock » et la « joyeuse dinguerie » de son album « FLIP ».

En entendant cela, Patrick, notre punk à nous, a bondi. Il fallait remettre un peu de poivre dans le carnotzet. J’ai vite filé préparer le coup du milieu, le schlouc de Damassine. Ça devait calmer l’assemblée de passionnés. Je tendais l’oreille et j’entendais que « le gamin du Minnesota a de nouveau frappé cette année ». C’était impossible ! Le mythique « Kid de Minneapolis » était malheureusement mort en 2016. Ah ! Il parlait de P.O.S. et son album « Chill. Dummy. » Au moment de lui servir le verre, il m’a interpellé et m’a dit un peu en aparté : « ‘Paradis’ d’Orelsan, c’est quand même bon ! » Je ne connais pas, mais j’ai hoché la tête. Il a ensuite repris une voix de baryton et a affirmé haut et fort que le punk-rock n’était pas mort grâce à sa redécouverte du groupe Four Year Strong.

Voilà que je servais déjà la troisième fondue, à la Guiness, s’il vous plaît. On pouvait croire que l’odeur de fromage avait déjà infusé dans les rondins de mon café-carnotzet. L’atmosphère en devenait d’autant plus amicale. Steve s’est levé, s’est presque cogné à la poutre au dessus de la table et a porté un toast à… au groupe Warhaus qui était sa meilleure découverte 2017. Il a aussi expliqué ce qui était la recette miracle de ‘Holding On’ de The War On Drugs : « une basse plus présente, des sonorités de synthé plus audacieuses et, à la fin du morceau, de légers effets électroniques dans la voix. » C’était claire comme de l’eau de source verte. Comme lorsqu’il a conclu le toast par ses recommandations au sujet de l’album « Slowdive » de Slowdive.

Je mentirais si je n’avouais pas un coup de fatigue à ce moment de la soirée. Même s’il faisait déjà plus chaud à l’intérieur. Heureusement qu’il y avait Laura et sa voix enthousiaste pour nous redonner de l’énergie. Ses préférences musicales 2017 ? Elle a direct annoncé la couleur : « l’année 2017 aura été celle de la nostalgie, notamment en ce qui concerne les titres que j’ai écouté en boucle : ‘Landslide’ de Fleetwood Mac et la reprise live par Tom Jones de ‘Tower Of Song’ de Leonard Cohen. » Mais, d’un sourire complice, elle a finalement lâché le morceau : l’album « Damn » de Kendrick Lamar. Nous avons tous applaudi joyeusement.

Regain d’enthousiasme

Je servais la quatrième et dernière fondue, aux échalotes – c’était vraiment pas mauvais. À ce moment, Louis a sauté de sa chaise à une vitesse phénoménale : « На здоровье ! » Nous avons presque tous eu une crise cardiaque et avons fait santé. Il a ajouté « Грибы ! Грибы ! ». Là, il nous a perdu ! Nous nous sommes tous regardés, surpris. De quoi parlait-il ? De sa meilleure découverte ! C’était le nom d’un groupe ukrainien. Il a enchaîné immédiatement en louant l’album « A Fever dream » des Anglais d’Everything Everything qui l’ont frappé parce qu’ils sont « une des choses les plus fraîches qui soit arrivée au rock – entendu au sens large – depuis Muse. » Carrément !? Ok ! Il terminait son apologie, s’asseyant tranquillement, apaisé, quand il m’a murmuré son meilleur morceau au milieu des effluves de fromage : ‘Melody X’ de Bonaparte.

Malvin s’était déjà levé et a direct enchaîné. J’ai à peine eu le temps de noter dans mon carnet les préférences de Louis. Sans trop d’hésitation et d’un trait d’humour judicieux, notre vaudois le plus japonais de l’équipe a pointé du doigt le siège Louis XVI vert olive près la fenêtre. Évidemment ! Il a tout particulièrement aimé l’album « Plaza » de Quilt. Quelle est sa meilleure découverte ? C’était Holygram qu’il a vu aux Docks de Lausanne et, je le cite mot pour mot ici, « c’est bien.» Bien sûr, il n’allait pas s’arrêter avec le krautrock allemand. Non, non ! Il a ajouté, en saisissant tout notre attention et en parlant de ‘Roadhouse’ de Gnoomes, que « la structure de ce morceau va chercher au fond de moi une épopée, un voyage pas encore vécu. » Voilà qui est dit !

Il ne restait qu’une religieuse à se partager quand Thom a su une fois de plus nous surprendre par ses conseils musicaux. D’abord, il a rejoint Jorris pour Fishbach en désignant solennellement ‘Un autre que moi’ comme morceau de l’année. Et puis, après une gorgée, il nous a décrit la beauté des compositions de Phoebe Bridgers. Une découverte qu’il caractérise comme « cohérent, intelligent et beau à crever ». Enfin, il a évoqué les « nouvelles pistes » explorées par Timber Timbre. Je lui ai servi l’expresso qu’il avait commandé. Mais oui, celui que j’avais préparé à l’italienne.

C’était au tour de Raffaele de prendre la parole. Il l’a fait avec la plus grande classe. Il a terminé son expresso d’un coup sec, annonçant dans la foulée que Fakear, c’est la base. Plus particulièrement le morceau ‘Out Of Reach’  qui est une « construction propre, un rythme soigné, une harmonie des éléments sonores. » Rien que ça ! Et son album de 2017 ? C’est « Snow » d’Angus & Julia Stone. Il nous a encore présenté la drum’n’bass de Keeno comme une révélation dont il a loué la qualité de production. De quoi se faire du bien aux oreilles !

Nous échangions encore deux trois impressions tandis que je rangeais le dernier caquelon et servait une autre tournée d’expressos. Alex a pris la parole en levant un dernier verre pour conclure la soirée. Il n’a pas hésité pour l’album de l’année : « Endless Summer » de Sóley. « Une caresse musicale dont la délicatesse durera dans le temps », comme il l’a dit lui-même. Je ne cite pas tout le reste, parce que c’était assez long et beaucoup trop imagé. Ensuite, les choix devenaient plus difficiles. Il hésitait entre ‘Bales’ du trio Yorkston Thorne Khan ou ‘Thinking Of A Place’ de The War On Drugs pour le meilleur morceau. Qu’était sa meilleure découverte de 2017 ? Peut-être Blick Bassy ou Maria Bethânia.

J’ai dû remettre deux bûches pour que la musique beutsche aussi en 2018 ! Mais surtout pour que toute l’équipe aie suffisamment chaud durant la nuit. Tout ce petit monde dormait d’un sommeil lourd au galetas quand j’ai écrit un petit billet, le collant au milieu de la table. J’avais écrit: un grand MERCI à tous !

Bonne année !

 
Auteur:

 

José

J’aime les rillettes, le saucisson imbibé d’alcool et lécher les papiers d’alu. J’aime pas les cornichons dans les sandwichs et ta tronche le matin.

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