Electron : Discussion avec Joh Erba (Couleur3)

MalvinPar Malvin  •  9 Avr 2015 à 12:33  •  Live  •   7 views

À l’occasion de l’Electron Festival, j’ai pu passer derrière les coulisses et poser mon dictaphone dans la loge de celui qui ouvrira le bal de ce samedi soir : Joh Erba de Couleur 3.

Joh, c’est le fameux programmateur de l’émission Métissage et Électro Libre. Il est également DJ à ses heures perdues et farfouilleur émérite de sonorités bariolées. À une heure du début de son show, on ouvre une bière et on se cale sur le canapé, histoire de discuter librement de ce qui nous rallie lui et moi, la musique. C’est peut-être une première, et sûrement pas la dernière. Voici une rencontre entre Couleur3 et LeMurDuSon.

Salut, tout va bien ?

Ouais, plutôt pas mal, on vient de m’opérer du pied ça fait un mal de chien, mais ça va. J’espère que j’pourrais aller voir DJ Krush après !

T’aimes bien ?

Clairement ! Ça fait des années que je le suis, j’ai déjà mixé avec lui deux ou trois fois. Il ne me reconnaît jamais, mais c’est pas grave. C’est un dieu vivant au Japon.

En parlant de musique japonaise, c’est dingue comme on distingue une frontière nette entre le monde de la pop (j-pop, k-pop) et le monde underground.

Grave, ça doit être lié à leur histoire de manga et la musique qui va avec, très électro-pop, électro-punk. Mais à côté de ça y’a un mouvement hip-hop très prononcé. Ce n’est pas par hasard si les champions du monde de break-dance sont japonais ! Mais dans tous les cas, c’est un ensemble : leur culture jazz est aussi énorme. Tu vas au resto et t’écoutes du Miles Davis ! Et c’est pas un MP3 qui tourne, ils mettent des vinyles ! Bien la moitié des Japonais sont très friands de musique. Comme les autres pays tu vas me dire, mais au Japon, quand ils le font, c’est jamais à moitié.

Ça m’en met l’eau à la bouche…

Ah, tu vas planer si t’y vas un jour. Les Sound Systems là-bas, ils se foutent pas de ta gueule. Y’avait un club qui maintenant a fermé, le Yellow, dans le genre Zukunft à Zürich, mais d’une puissance ! Tu rentrais dedans, c’était la claque dans la gueule direct. J’ai plus jamais revu ça.

Toujours dans le Sound System, j’ai fait la découverte hier de Cutkachi, un DJ bernois de dub et dubstep, qui m’a littéralement laissé bouche bée. Très sombre, très propre, un vrai artisan des basses !

J’ai raté ça ! Mais avec Couleur3 on enregistre la plupart des concerts, on pourra la réentendre à l’occasion. Tu fais bien d’y penser.

Du coup, Couleur3 a une place importante dans Electron ?

On a toujours enregistré des sets DJ et des concerts, mais faut savoir que c’est de plus en plus difficile. Les artistes donnent de moins en moins l’autorisation de le faire ! À cause de la crise du disque, les mecs refusent tout. Avant, ça se faisait comme de rien, on partageait la musique sur tous les fronts ! Maintenant, les artistes ne veulent plus dévoiler leur secret. C’est dommage, ça pourrait leur faire une super bonne promo, à savoir que nous, on diffusera jamais leur set en entier. Prenons DJ Krush, on peut capter que 20 minutes du set. Mais là c’est différent, y’aura de la nouveauté !

En ce qui nous concerne, c’est la première fois qu’on couvre ce festival. Entre le rock, le hip-hop, la musique du monde, il manquait peut-être une petite touche électro au site ! Dans tous les cas, on aime passer du punk aux m**** du samedi, tout en s’intéressant au local.

Excellent, respect les gars ! C’est vachement bien que vous touchiez à ce créneau, parce que y’en a des évènements à couvrir ! Et niveau musique suisse, on est servi. On vient de sortir une compil’ avec Electro Libre, afin de montrer à quel point ça bouge. Plein de producteurs électro voient le jour, mais également l’émergence de scènes à droite à gauche. À Neuchâtel par exemple, on voit FlexFab, avec Jean Hook et toute la clique du Michigang, ça, c’est de la bombe a-to-mique.

En effet, j’ai vu FlexFab à la Case à Choc, ça mérite le coup d’œil ! J’ai connu ça grâce à vos repérages, merci !

Ah, mais des artistes, t’en découvres tous les jours. Et pourtant ça fait vingt-cinq ans que je fais ce job. Il n’est jamais trop tard. Il faut vraiment être dans tout, écouter du rock et trois mois après, s’intéresser plus à l’électro. C’est méga important.

Mon kiff pour l’instant, c’est le métissage entre la musique du monde et la musique électronique, genre du dub oriental ou trip-hop japonais. J’ai même entendu de la cumbia en break-beat !

C’est de plus en plus comme ça tu sais ! Si tu regardes bien, tout le monde écoute et fait de la musique avec ce foutu Mac et son logiciel, Live. Du coup, que tu sois à New-York, au fin fond de l’Afrique de l’Ouest ou en Asie, t’utilises ça. Donc les mecs, ils utilisent leurs vibes, celles de leur pays, tout en utilisant le même matos, ça donne de toute façon un truc de dingue.

D’où la richesse de ton émission, Métissage !

Merci ! J’essaie vraiment de chiner partout. Je cherche dans tous les continents, sans copier l’émission de Kalakuta, qui eux sont déjà plus « traditionnels », ni celle de La Planète Bleue. J’essaie de passer de la musique qui me semble bien sans me mettre de barrières. Du mainstream au peu connu, en passant par un culte d’il y a 3-4 ans, de la bonne musique, il y en a partout !

Un choix très subjectif en fin de compte…

Exactement. Mais ce choix est facile, ça passe du dub au mid-tempo. Je peux aller jusqu’à la house, mais je dois rester en dessous. Ma seule ligne directrice : le groove. Faut que ça bouge.

En ce qui me concerne, je cherche aussi énormément de musique, mais principalement par YouTube ! Les contacts pro, c’est ce qui manque.

Oh, mais faut se les fabriquer ! Faut pas hésiter à avertir les artistes quand tu passes une de leur musique. Parfois, tu te fais remballer, parfois on te remercie et on t’envoie des disques. Faut se faire un réseau. Au bout de vingt-cinq ans, j’achète des disques encore !

Vingt-cinq ans d’émission… C’est quoi votre élixir de longévité ?

Alors, c’est pas moi qui l’ai créée. J’ai repris en cours de route l’émission de Mister Mike, un vieux de la vieille DJ jamaïcain. Mais si l’émission est encore en activité, c’est grâce aux découvertes et son authenticité. On parle de l’émission en premier, et non du présentateur. Elle a une vraie personnalité.

Ce métier de programmateur, ça fait rêver ! Je termine mes études de japonais et de journalisme, et on verra par la suite ce que ça peut donner.

Japonais… On a peut-être un futur Georges Baumgartner (rires) ! Je viens de faire une émission spécialement sur lui, en plaçant quelques-unes de ses archives en mots-clés durant l’émission. C’est un tueur. Tu connais son histoire un peu? Ici, c’est Georges, mais en France, il s’appelle Frédéric Charles. Il fait les mêmes reportages, mais sous un autre pseudonyme. Comme quoi, se payer un autre envoyé spécial, c’est pas dû à tout le monde !

Par contre t’aurais l’heure ?

20h24.

Ah ouais. Faut encore que je fasse le sound-check moi. Désolé, on continuera notre conversation une autre fois, passe quand tu veux !

Je l’ai regardé partir, clopin-clopant, en songeant à l’univers musical qu’une personne comme lui peut bouffer durant toutes ces années. Ça donne le vertige. J’ai fini ma bière et l’ai suivi vers la sortie.

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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