Still Corners – « Creatures Of An Hour »

AlexPar Alex  •  3 Nov 2011 à 18:25  •  Albums  •   35 views

Parfois, à l’écoute d’un album, on s’engouffre. On s’enfonce. On s’égare dans un univers particulier. On s’y perd pour le plus grand bonheur des oreilles. C’est toute la réussite de « Creatures Of An Hour », premier album du groupe Still Corners.

D’après la fiche de présentation du site de Sub Pop Records, Still Corners est avant tout une collaboration. Deux protagonistes sont effectivement à l’origine du caractère évanescent du projet : le songwriter Greg Hughes et la vocaliste Tessa Murray. Leur rencontre se fait comme dans un film en noir et blanc. C’est en effet lors d’une nuit particulièrement obscure et brumeuse que ces deux destins se rencontrent. Plus précisément, dans un train qui allait vers London Bridge. Greg Hughes est alors sorti à un autre arrêt que d’habitude. Tessa Murray est sortie au même endroit.

Cette situation semble ensuite avoir influencé leur musique si particulière. Tous les morceaux ressemblent ainsi, à mon humble avis, à des couches de brouillard d’un matin d’automne. Mieux, à des rideaux humides qu’il faut délicatement ouvrir les uns après les autres au fil de la journée pour tendre gentiment vers la lumière du soleil. À des instruments qui se superposent peu à peu au fil de la mélodie pour former une mystérieuse substance sonore. La voix planante et hypnotique de Tessa Murray survole dès lors les compositions délicates et cinématographiques de Greg Hughes avec la douceur cottoneuse d’un nuage parfois menaçant mais aussi très clément. Une structure apparemment incertaine qui touche pourtant à l’évidence comme sur le morceau ‘History Of Love’ qui introduit le premier EP, « Remember Peeper ? », autoproduit par le groupe et publié en juin 2008.

 

Greg Hughes, en bon cinéphile, voit enfin les films comme une influence majeure dans ses compositions musicales. Cette approche visuelle des mélodies apporte à la musique de Still Corner, et plus particulièrement à l’album « Creatures Of An Hour », une dimension évocatrice particulièrement efficace. Celle-ci est encore renforcée par la voix de Tessa Murray. Voilà tout l’intérêt de cet album justement ! D’une part, au travers des morceaux tels que ‘Demons’, ‘I Wrote In Blood’ ou ‘The Twilight Hour’, j’ai eu l’impression de me retrouver dans les brumes menaçantes d’une forêt où la peur côtoie la surprise. Les décors semblaient alors sortir tout droit d’un très bon film d’horreur. D’autre part, je me suis perdu dans les lumineuses profondeurs de ‘Cuckoo’, ‘Circulars’ ou ‘Endless Summer’ (ce dernier morceau est téléchargeable gratuitement et légalement ici). Ces trois morceaux se distinguent finalement par une ryhmique construite autour de courts riffs de guitare éléctrique qui pourraient rappeler le balancement d’un train.

L’ensemble de l’album invite par conséquent l’auditeur à se balancer sur les rails d’un univers musical qui oscille entre une intensité mystérieuse et l’art d’évoquer des images simples et évidentes par la musique. À cela se greffent des riffs rythmiques dont le caractère addictif n’est pas à démontrer. Autrement dit, une pépite dorée dont les contours ne brillent pas seulement mais éblouissent carrément les oreilles par leur brillante sensibilité, un tour du monde, de l’être, des mélodies suspendues, venues d’ailleurs, qui touchent, qui caressent affectueusement, qui enlacent intensément et puis partent pour revenir doucement chantonner la fragilité des émotions. Bonne écoute !

 

J’ai hâte de voir ce que la suite proposera. Pourtant, la voix de Tessa Murray mériterait, à mon modeste avis, une utilisation plus importante. Elle pourrait carrément être un instrument à part entière d’une ou plusieurs mélodies. Ce que je veux dire ici est qu’elle devrait carrément faire partie de quelques morceaux, une vibration, un rythme ou la voix au service du mouvement mélodique. Comme le font les Fleet Foxes par exemple.

Au final, je ne trouve pas d’autre chose à redire au sujet de cet album qu’il faut absolument acheter !

Sub Pop Records / 2011

Dans le même genre...

Le duo britannique a gardé la cap pour stimuler l'imaginaire

Un mélange de chants traditionnels sud américains et de modernité délicate

La Beauté, c'est peut-être ça