Selah Sue: « Je me concentre sur une chose à la fois »

PatrickPar Patrick  •  14 Juin 2016 à 12:47  •  Interviews  •   1 view

Depuis 2009, Selah Sue, de son vrai nom Sanne Putseys, écume les festivals. Très connue en Suisse, elle y est passée à plusieurs reprises, notamment à Paléo, dès 2011, ou Caribana, l’année passée. En 2016, elle pose pour la première fois sa guitare et son son groovy à Festi’neuch.

La Belge, originaire de Louvain, sait ce qu’elle veut. Elle n’y va pas par quatre chemins quand elle évoque ses projets, sa carrière et tout ce qui la porte. Depuis son album « Reason« , sorti en 2015, qui l’a propulsée comme tête d’affiche, elle n’a pas arrêté de tourner. L’avenir? Elle y pensera quand elle sortira du bus. Rencontre avec un caractère bien trempé.

Selah Sue, je t’avais vue l’année passée au Caribana. Tu aimes particulièrement la Suisse pour y revenir tout le temps?
Oh oui, c’est clair! Je m’y suis toujours sentie bien et, bizarrement, c’est aussi ici qu’on fait les plus belles fêtes, à chaque fois. J’aime me retrouver dans la nature et ici elle est spéciale. Ces montagnes, ces lacs… je m’y sens juste bien.

La Belgique est divisée en deux régions linguistiques, la Suisse en trois. Comment tu ressens les différences entre les publics?
Il y a toujours une différence entre les audiences. Même pas besoin de changer de régions, il suffit de passer d’une ville à une autre ou d’un festival à un autre pour le ressentir. Quand je vais assister à un concert, je ne suis pas toujours à fond. Je comprends qu’il y ait chaque fois des énergies différentes entre les publics.

Depuis juin 2015 tu n’as pratiquement pas quitté la route. Comment parviens-tu à faire évoluer ton show?
C’est toujours un mélange de mes deux albums, vu que je n’ai pas d’autres chansons (rires), de ce point de vue-là, ce n’est pas tellement différent. Mais j’ai changé mes backing-singers, cela modifie aussi l’énergie du concert, tout en gardant ce côté black strong women. Suivant les soirs, j’ajoute des chansons qui ne sont pas sur les albums au gré de mes envies.

Mais, est-ce que tu trouves du temps pour travailler sur la suite ou tu ne te concentres que sur le présent?
Je me concentre sur une chose à la fois. Il faut aussi savoir que je n’ai jamais pris de cours de chant, donc j’évite de trop mettre ma voix à contribution. Je ne suis pas non plus le genre de personne à vouloir absolument créer des trucs tous les jours. En ce moment j’aime la scène et je m’y sens bien, la suite on verra après.

Du coup, quand tu en auras marre d’être en tournée, à quoi ressembleras ton processus créatif?
Il me faut différents inputs. Par exemple, je ne peux pas tout faire à la guitare parce que ça m’ennuie tout simplement. Sur quelques chansons ce sera des sons que je reçois de personnes, d’autres à la guitare, parfois j’invite mon groupe chez moi et des jams il y a des morceaux qui ressortent. C’est totalement variable.

J’ai vu qu’au début de ta carrière tu avais tenu à finir tes études. C’était aussi la volonté de finir ce que tu avais commencé?
Non, pas vraiment, simplement que j’adorais mes études en psychologie. A la fin, j’étais tellement débordée entre les examens et les concerts que je me suis dit qu’il fallait me concentrer sur une seule chose à la fois. Cela a été très simple de quitter la musique quelques temps en fait.

En fait, c’est la même chose entre les tournées et la création, tu n’arrives à faire qu’une chose à la fois.
Exactement. C’est une bonne analyse psychologique. Tu devrais peut-être quitter le journalisme pour te mettre à la psycho (rires).

Tu as souvent dit être influencée par des chanteuses comme Lauryn Hill ou Erika Baduh. Qu’est-ce qu’elles apportent dans ta musique?
Les chansons avec une voix forte, très émotionnelle, m’ont toujours attiré. Ces femmes peuvent chanter, rapper, faire de la musique simplement. Je cherche à les égaler ce genre de femmes. Je suis très sensible à ce genre de voix. C’est personnel, mais chaque fois que je les entends chanter je suis juste là : waaoooh!

Est-ce qu’elles ont entendu tes morceaux? As-tu eu un retour?
D’elles personnellement, non (rires). Par contre de leur entourage oui. J’ai eu la chance de collaborer avec Wyclef Jean, par exemple, ou Jerry Wonder qui avait fait «The Score» avec The Fugees. Mais jamais de manière directe.

Ce serait un rêve?
Non, pas vraiment. On dit que ce n’est jamais une bonne chose de rencontrer ses idoles. Je n’ai pas besoin d’être physiquement proche d’elles, j’arrive très bien à les aimer avec la distance (rires).

Tu as collaboré avec Childish Gambino. Comment ça s’est passé?
Sur mon album «Reason» j’ai travaillé avec deux personnes dont Ludwig Goransson qui est aussi le producteur de Childish Gambino. Le lien s’est fait comme ça. Pour un featuring, je tenais à avoir une voix masculine, parce que je trouve que ça fonctionne mieux. Par contre je ne voulais pas un truc du genre gangster hip-hop, sa voix fonctionnait plus. Il a aimé la chanson et en une heure c’était dans la boîte.

Tu as pu chanter avec lui sur scène déjà?
Non, je suis ici, lui fait sa tournée aux USA. Mon album n’est même pas encore sorti là-bas donc nous n’avons pas encore eu l’occasion. Par contre, nous aimerions réitérer l’expérience, car nous nous sommes vraiment bien entendus.

Nous avons parlé de plusieurs artistes durant cette interview, mais quel est ton album du moment?
Jaime XX, «In Colour». C’est très électro, mais tellement bon. Il y en a plein d’autres aussi, mais c’est le premier qui ne vient en tête.

 
Auteur:
Patrick

Un jour je chasserai la marmotte. En attendant j’écris bénévolement des articles sur des groupes obscurs pour me payer l’attirail nécessaire afin de réaliser mon rêve. La vie, c’est pas facile.

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