Schammasch : « Il y a des aspects essentiels au black metal qu’il ne faut pas déformer. »

LouisPar Louis  •  17 Mai 2016 à 16:57  •  Interviews  •   10 views

Encensé par la critique internationale, le dernier album de Schammasch caresse notre fierté nationale en mettant en avant la scène hard de chez nous. Pour marquer le coup, on a rencontré le leader du groupe, Chris.

Alors que de nombreux groupes de black metal optent pour une production brouillonne et une distribution limitée à l’underground, vous vous distinguez par un certain perfectionnisme, qui se retrouve à la fois dans votre son et dans vos visuels. Pourquoi cette différence ?
Nous faisons les choses à notre manière, pour offrir la meilleure forme d’art que nous sommes capables de produire, ce qui nous laisse peu de marge de manœuvre pour s’encombrer de règles tacites de ce genre. Notre musique renferme de nombreux éléments techniques, un détail qui exige une production correcte, pour que ça fonctionne. Ce n’est pas possible d’agencer six distos de guitare différentes avec une production à la Darkthrone. De plus, ce n’est tout simplement pas notre truc. Nous aimons construire les choses d’une manière précise et très attentive, à tous les niveaux.

S’agissant du label, eh bien, ce n’est pas comme si nous n’avions pas d’abord essayé d’approcher toute la cohorte habituelle de labels de metal extrême undergrounds. C’est simplement qu’ils s’en foutaient tous royalement, et finalement, un seul label vit le potentiel de Schammasch, et ça s’est avéré être Prosthetic. Ils nous soutiennent énormément de nombreuses manières et ont également une grande foi en nous. En définitive, nous avons besoin d’un label qui peut nous emmener quelque part, et c’est ce que nous cherchons. Ça ne nous séduit pas de continuer à perdre des milliers d’euros à cause des tournées et de tout le reste au bout de cinq ans. Prosthetic nous a vraiment aidés jusqu’ici.

On vous a cités par le passé comme le « Behemoth suisse » . Bien que vous vous distinguiez des Polonais à de nombreux égards, je voulais savoir ce que vous pensiez vous-mêmes de cette corrélation.
C’est une comparaison extrêmement ridicule. Behemoth a été une grande inspiration à mes tout débuts, oui, et on peut évidemment entendre ces inspirations sur « Sic Lvceat Lvx » (ndlr : leur premier album). Mais depuis ce premier album, ce que nous avons fait et faisons encore est très éloigné de Behemoth. J’ai toujours beaucoup de respect pour ce qu’ils font, mais ça ne m’inspire pas. Malheureusement, la majorité des personnes reste obsédée par le besoin de comparer à tout-va. Nous ne serons jamais le « Behemoth suisse », ou le « groupe X suisse » , nous sommes juste nous-mêmes et il n’y a pas besoin de nous comparer à aucun autre groupe. Nous créons notre propre dimension artistique.

Le chiffre 3 est omniprésent au sein de votre nouvel album : troisième chapitre dans votre discographie, trois disques, une référence évidente à la trinité chrétienne, etc. Mais quelles significations donnez-vous vous-mêmes à ce chiffre et pourquoi avoir choisi de vous y pencher avec « Triangle » ?
Jusqu’à maintenant, il y a un concept numérologique qui se cache derrière chaque album, allant du 1 au 3 et formant, tous ensemble, une trilogie. Le premier album était un symbole de naissance, le second s’articulait autour des aspects de la dualité, et inévitablement le troisième s’occupe maintenant de l’unité, qui est cristallisée par ma propre interprétation du symbole de la sainte trinité.

Trois disques, un album : c’est l’occasion pour Schammasch de présenter trois aspects de son univers artistique. C’est une opération audacieuse, comment cette idée a-t-elle germé ? Avez-vous craint la réaction du public ?
J’ai d’abord songé à simplement séparer ce troisième album en trois chapitres répartis sur un même disque lorsque j’en étais aux premières étapes de son écriture. L’idée de les répartir sur trois différents cds vient en fait de M.A. (ndlr : l’autre guitariste, qui officie également au sein du groupe Blutmond). Cette idée est devenue une obsession pour moi, et je me suis mis à travailler sur un concept.

J’avais cependant de l’appréhension en songeant à la réaction de notre label au moment de presser une triple-sortie. Pourtant, ils ont adoré l’idée dès que nous la leur avons présentée. Je pense que l’un des aspects les plus importants de toute création artistique est le franchissement des frontières. Un art authentique ne devrait en aucun cas être conformiste. Si j’étais effrayé à l’idée d’éprouver nos auditeurs, je ferais mieux de quitter Schammasch sur-le-champ. Je ne doute pas une seule seconde que nous parviendrons à toucher ceux que nous cherchons à toucher. Et pour les autres, nous n’avons pas besoin de nous en préoccuper. Enfin, c’est aussi une simple question de temps, pour les groupes qui sont difficiles à catégoriser, avant qu’ils ne soient acceptés pour ce qu’ils sont, sous leur propre étiquette. Les gens se feront à l’idée que Schammasch ne peut pas être parfaitement rangé dans un des styles habituels.

À chaque album, vous franchissez une étape supplémentaire, explorant de nouveaux territoires avec toujours plus d’expérimentation. Pensez-vous qu’il soit difficile de renouveler un genre aussi codifié que le black metal ? Déplorez-vous sa rigidité ?
Oui et non. Il y a des aspects essentiels au black metal qu’il ne faut pas déformer. Et je pense que nous nous y tenons avec assiduité, même si je n’associe pas Schammasch à l’idéologie du black metal. Mais d’un autre côté, l’art évolue toujours, tout comme le black metal. Je crois que Schammasch est un bon exemple de cette évolution, qui ne viole pas certains aspects essentiels.

Vous êtes le seul groupe suisse de Prosthetic Records. Comment êtes-vous passés du petit label suisse Black Tower Productions à ce monument du metal ?
Démarcher les labels avec « Contradiction » (ndlr : le second album de Schammasch) a été une expérience épuisante et décourageante. La moitié de ceux que nous avons contactés n’ont même pas pris la peine de nous répondre. Après un an d’attente, nous nous sommes trouvés à court d’options. J’en ai alors parlé à mes amis, et un d’eux – Fredy de Zatokrev – m’a conseillé de m’adresser à un petit label britannique appelé Paradigm, géré par Duncan Dinsdale, un véritable gourou de la musique. Je lui ai envoyé « Contradiction » , et, à peu près deux heures plus tard, Duncan m’a répondu, me confiant à quel point il trouvait l’album fantastique. Je lui ai demandé si il voulait le sortir sur son label, et sa réponse a simplement été : « Ouais, mais Paradigm n’est pas assez grand pour ça, on le fera sur Prosthetic » . Je savais qu’il assurait également le rôle de manager européen pour eux, mais je ne connaissais pas bien le label à cette époque. Mais bordel, qu’est-ce que j’étais heureux que, finalement, après des mois et des mois, quelqu’un en ait enfin quelque chose à foutre et finisse par voir le potentiel énorme de cet album. Maintenant, Duncan est devenu un ami pour moi, je l’apprécie comme être humain, ainsi que pour avoir pris du temps à m’aider à compléter mes plans pour Schammasch.

Ça nous amène à avoir Schammasch chez Prosthetic, Zatokrev chez Candlelight, Cold Cell chez Avantgarde… Est-ce que le salut de la scène suisse viendra de l’étranger ?
Franchement, nomme-moi ne serait-ce qu’un seul grand label de metal suisse. Il n’y en a aucun. Le seul label auquel je peux penser, c’est Czar of Crickets (ndlr : géré par Fredy de Zatokrev, précédemment cité), qui se dirige dans la bonne direction. Dès lors, évidemment, la seule manière pour les groupes suisses de s’en sortir, c’est de se tourner vers les labels internationaux. La Suisse ne fait pas de grande différence en l’occurrence. Prosthetic nous a simplement ouvert la voie pour manifester notre nom dans le monde entier, et pour être pris au sérieux par la presse. Et ils ont accompli un travail formidable jusqu’ici.

Si vous êtes autorisés à en parler, quel type de contrat avez-vous signé avec eux ?
Nous nous sommes convenus sur un contrat pour un album, avec les deux suivants en option, donc ouais, la prochaine sortie sera certainement aussi chez Prosthetic, et ce sera un EP, que nous prévoyons pour début 2017. Je suis quasiment certain que notre prochain album sera également chez Prosthetic. Ils ont investi du temps et de l’argent à nous faire monter, ils n’ont donc aucun intérêt à nous perdre. Et nous non plus à changer de label, tant qu’ils nous traitent de cette manière.


TournéePlus d’infos :

Retrouvez notre review de l’album « Triangle » sous ce lien.

Schammasch sera en tournée avec Rotting ChristInquisition et Mystifier du 19 octobre au 14 novembre prochain. Une date en Suisse prévue, le 30 octobre, aux Docks à Lausanne.


Liens :
Prosthetic Records
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Auteur:
Louis

Je recherche : une édition originale de l’EP éponyme de Medieval Steel en 12 ». Je propose : deux cannettes un jeudi à la Ruche. Eh ouais, l’expat’ fribourgeois n’a pas perdu ses habitudes langagières arrivé à Lausanne.

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