Šaraka: « Si on fait chier, on le fait bien »

LauraPar Laura  •  9 Juin 2015 à 19:00  •  Interviews  •   11 views

A Fribourg, il nous arrive de les croiser à la sortie de la gare, sur la place du marché, au jardin des betteraves.  Beaucoup ne voit en la rue qu’une zone de passage, un endroit où les regards ne se croisent pas. Eux, ils en font une scène, un endroit de partage où les passants s’arrêtent le temps d’un instant, pour souffler, s’oublier…

Eux? Šaraka, ce groupe fribourgeois formé il y a deux ans par deux Tessinois, Fra Cocero et Pino Scalacane, un Romontois, Tino del Valle et, enfin, Mzellbulle, elle aussi fribourgeoise. Une belle brochette de petits suisses qui nous amène en un rien de temps au-delà de l’Atlantique, là où leur berceau musical est né. Un bébé principalement conçu par leur amour de la musique latine; en plus de leurs nombreuses compositions, le collectif reprend des chansons traditionnelles colombiennes, vénézuéliennes, mexicaines, mais aussi gitanes et tessinoises.

Saraka_album

LMDS: On ne vous connaît que très peu. Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Šaraka: On a commencé à quatre. Fra Cocero et Pino Scalacane sont Tessinois. Pino avait comme but de venir vivre à Fribourg et il avait pris mon numéro parce qu’il m’a entendu chanter dans la rue avec un autre groupe. Une fois, il m’a appelé et m’a demandé si je voulais aller chanter au marché demain. Je lui ai dit « ok » sans savoir qui c’était et le lendemain il pleuvait, mais comme je leur avais dit que je venais, j’y suis quand même allé. On s’est salué et on a directement commencé à jouer. Et c’est comme ça qu’on s’est connu.

On avait ce même amour pour la musique latine. On connaissait quelques chansons en commun et ça a croché. Ça a commencé dans la rue et ça continue dans la rue.

Vous n’êtes pas tous des amis d’enfance, vous vous êtes formés un peu sur le tas…On ne se connaît pas tous très bien, mais la musique nous aide à faire connaissance. Au-delà de ça, on partage beaucoup de choses et on se connaît très bien musicalement parlant.


Le nom vous vient d’où ?
Lors de notre premier concert, il nous fallait un nom pour le flyer. On a beaucoup discuté, on ne trouvait pas, on n’était pas d’accord et finalement le moins mauvais c’était Šaraka, qui signifie « la route » dans un des nombreux dialectes gitans. Finalement, on s’est habitué.


Qu’est-ce qui vous plait dans la musique latine ?
Il y a surtout ce côté festif. Comme on parle espagnol, c’est aussi bien plus facile pour nous de chanter dans une langue qu’on connaît, pour retenir les paroles et comprendre ce qu’on dit. On joue aussi des chansons gitanes, mais là c’est plus difficile pour se souvenir de ce qu’ils disent et pour comprendre. On chante ce qu’on aime surtout. La majeure partie du répertoire constitue les morceaux que l’on jouait pour des fêtes entre amis.

Vous vous produisez dans la rue, mais aussi sur des scènes, qu’elle est la différence ?
Dans la rue, les gens ne sont pas venus pour t’écouter. Tu dois créer une ambiance pour qu’ils s’arrêtent. La rue peut devenir une scène. Mais le plaisir est le même n’importe où.

Votre musique est légère, mais le fond est plutôt sérieux, non ?
Le message sérieux c’est « ne pas prendre trop au sérieux la vie ». Ce sont des banalités qu’on oublie souvent.

Dans les chansons traditionnelles, il y a beaucoup de thèmes qui se retrouvent, l’amour, la révolte qui nous intéresse beaucoup. Mais il est vrai qu’on n’est pas au bon endroit pour faire passer ce message. A par les quelques hymnes en français, les autres chansons ne sont pas forcément comprises par tout le monde. C’est pour ça qu’on essaie de faire passer le message par notre joie de vivre.

Il y a aussi ce message de jouer dans la rue. Il y a ce double sentiment qu’ont les gens : ceux qui disent que c’est magnifique ce que tu fais et d’autres qui pensent que tu n’as pas réussi à percer.

Vous avez aussi le mérite d’oser jouer dans la rue…
Oui, mais c’est surtout qu’on aime créer ces moments.  Rien que le fait que des gens s’arrêtent pour toi, t’as tout gagné. Les gens ils choisissent de donner quelque chose.  C’est une manière de s’approprier l’espace public. La rue c’est un endroit où on est censé pouvoir vivre.

 Une fois, à Berne, il pleuvait. A la fin il y avait un groupe de personnes et un type avait des bières et les distribuait à tout le monde. Et deux personnes se sont échangées les numéros de téléphone : « il faut qu’on se voie, on ira danser ! ».

A Bienne, ils font passer des castings de rue. Vous en pensez quoi ?
C’est un scandale. Mais ce qu’il se passe c’est que la loi dit qu’il est interdit de mendier. Donc il suffit de prendre ton instrument et d’essayer de jouer ton instrument. C’est terrible. Mais si la ville était plus vivante, il y aurait plus facilement des tournus qui se feraient. Et ça tu ne le fais pas en mettant plus de règles, mais en laissant justement plus de liberté.

C’est vrai qu’entre les musiciens il y a une compréhension et un respect parce qu’ils savent ce que tu vis. On discute, on se met d’accord. C’est une famille, une vraie communauté.  Evidemment, il y a un peu de concurrence, mais ce n’est jamais malsain.

Vous jouez tous dans d’autres groupes. Est-ce que ça vous nourrit musicalement de jouer autre part ?
En général, plus tu fais de style, plus t’es riche dans ce que tu fais. C’est un mélange de tout ce que tu fais. Tu développes un autre système de communication, tu ne parles pas, mais il y a un dialogue qui s’installe.  C’est aussi pour ne pas se lasser. Ça te donne de l’énergie pour le reste.

Le choix de la pochette CD, une explication ? Il y a des recettes de cuisine, une publicité pour la constipation…  ?
Quand je travaillais sur la pochette, j’ai mis au hasard saraka sur Google Image.  Et ce qui est sorti de la recherche c’était cette publicité pour le laxatif Saraka, qu’il y avait dans les années 50 aux USA… C’était tellement drôle qu’il fallait utiliser cette pub. Et pour la conception de la pochette, comme on joue souvent sur la place du marché, j’avais l’idée de faire comme le boucher qui te met de la viande dans une page de journal. Et j’avais l’idée de mettre le CD dans une page de journal.

Et l’idée est que si on fait chier, on le fait bien.

Pour vous délecter de leur musique, rendez-vous le 4 juillet au Festival du Gibloux… ou au coin d’une rue, d’un quartier ou d’un marché Suisse!

Laura

Si nous étions censés rester sur place, nous aurions des racines à la place de nos pieds.

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