Round Table Knights : « On improvise toujours sur place »

MalvinPar Malvin  •  18 Sep 2015 à 16:30  •  Live  •   0 views

Prompts et généreux, ils sont les nouveaux fers de lance de l’électro helvétique. Ils tournent sans cesse, sortent des EPs, des singles, s’occupent d’un club et adorent faire vibrer les murs de notre cher Romandie. Mais le mieux, c’est qu’ils trouvent encore du temps pour nous rencontrer.

Dimanche après-midi, on reporte l’interview. Biru et Marc ne se lèvent pas. Pas étonnant, ils ont dû clôturer Electrosanne en mixant au Romandie jusqu’au petit matin, reprenant les platines après le set de Juan MacLean. Mais tout tranquillement, à la mode « bernoise » (paraît-il), on s’installe et démarre l’entrevue. Ils sont frais, ils sont souriants, et c’est bien pendant une demi-heure que les deux chevaliers suisses se sont dévoilés autour d’une table pas si ronde que ça.

LMDS : Pas tout le monde ne vous connaît encore. Présentez-vous donc!

Biru : Nous sommes Round Table Knights, de Berne, et nous mixons déjà depuis plus de douze ans. Au départ, on a commencé avec un groupe de quatre personnes, autour du hip-hop et du scratching, pour finalement commencer à produire notre propre musique et la labelliser sous notre nom. Après deux ans, nous n’étions plus que trois, et après cinq ans, nous n’étions plus que Marc et moi.

Une transition s’est donc faite, du hip-hop à l’électro.

Biru : On a toujours été imprégnés par énormément de styles de musique, mais la culture du hip-hop et du scratch est celle qui nous a amenés aux platines, qui nous a apporté les compétences de DJing. Sans cela, nous n’en serions pas là.

Finalement, c’est un schéma récurrent dans le monde de l’électro.

Biru : Oui, tu as raison. Je pense que c’est notamment dû à notre âge. Jeunes, on voulait tous faire partie d’un crew de rap, avec des MCs et tout ce qui va avec.

Marc : En effet, quand on avait quinze ans, le hip-hop explosait partout dans le monde. Donc logiquement, on a commencé avec la chose qui rameutait toute la foule, dont tes potes. Et de là, tout est parti.

Qu’est-ce que ça vous a fait de voir Carl Cox jouer ‘Calypso’ durant sa Boiler Room à Ibiza ?

Marc : Je me rappelle encore quand notre manager nous a envoyé le feedback suite à la promotion du morceau. On était à l’aéroport de Genève, juste avant de monter dans l’avion. Je check mes mails, et là, Wahou. Tous les gros noms de la house l’adoraient, c’était un succès international. Mais on ne s’en rendait pas encore vraiment compte. Il faut savoir que ‘Calypso’ a une histoire particulière : de base, c’est un morceau de Bauchamp, DJ lausannois, que nous avons remixé à sa demande. Il est par la suite sorti sur un très petit label de Los Angeles, accompagné d’une cinquantaine de t-shirts, avant d’être repris par Made To Play Records. Et de là, c’est parti. Concernant Carl Cox, je crois qu’il l’aime vraiment beaucoup. À chaque fois qu’un ami se trouvait à un de ses shows, on recevait un message disant : « Mec ! Il joue ton morceau ! ».

Étant deux, comment créez-vous un set ? Y a-t-il un minimum de planification ?

Marc : On prépare individuellement, chacun de notre côté, et ensuite on improvise toujours sur place. On joue sur la spontanéité. La plupart du temps, nous faisons du back-to-back (un qui mixe, l’autre qui cherche le prochain vinyle). Parfois, il nous arrive également de jouer quinze/vingt minutes seuls, car nous avions prévu de mettre une suite de quatre morceaux qui coïncidaient bien. Dans tous les cas, on ne discute pas au préalable.

Biru : On n’a qu’une seule règle : c’est Marc qui inaugure à chaque fois le set (rires) !

Marc : Cependant, hier soir, The Juan MacLean est venu vers mois en me disant que j’avais utilisé exactement le même morceau que lui pour commencer (rires). Concernant nos sets en général, d’autres facteurs les influencent, comme les transitions et la durée du set. Plus c’est long, plus nous aimons expérimenter.

Biru : Et cela, depuis que nous avons commencé les soirées « All Night Long », par exemple au Romandie à Lausanne, au Club Bonsoir à Berne, à l’Hinterhof à Bâle et au Club Zukunft à Zürich. C’est une vraie chance de pouvoir créer le temps d’une nuit. Avec seulement une heure de set, je pense qu’on peut employer le terme de « frustration ».

Parlons du Romandie. Comment a débuté votre histoire d’amour avec ce club ?

Marc : Tout a commencé avec le « vieux » Romandie, quand il se trouvait encore à la Riponne, à la place de l’ancien cinéma. Je me rappelle, j’y avais joué quand j’avais encore un groupe, sept ans auparavant. J’étais à la guitare.

Biru : Et on connaissait déjà pas mal de gens sur Lausanne, notamment chez Two Gentlemen (Sophie Hunger, Puts Marie, The Young Gods, etc.) et Creaked Records (Larytta, Gaspard de la Montagne, Verveine, etc.). On a donc toujours eu de bonnes relations avec la Suisse romande, ce qui n’est pas donné, tout comme les artistes romands avec la Suisse alémanique.

Marc : Ce n’est qu’à partir du déménagement des locaux du Romandie qu’on a pu se permettre de lancer les « All Night Long ». En effet, je pense que le public ici est plus ouvert qu’un public comme celui du D! Club. On ne souhaite pas seulement un public techno, on veut surtout des gens à l’esprit ouvert qui cherchent à danser.

Quel est votre lien avec le Club Bonsoir, à Berne ?

Biru : Je suis le programmateur et copropriétaire des lieux, avec six autres amis. On a ouvert le club sept ans en arrière, au centre de Berne, afin d’y accueillir principalement des DJs électro, voir hip-hop. On y organise également une soirée mensuelle, à laquelle nous prenons part, tout en invitant d’autres artistes. C’est un job génial, mais très contraignant. C’est pour ça que j’aime voir les deux côtés : organisateur et DJ à la fois.

Vous êtes en plein dedans. Pouvez-vous me citer un bon et un mauvais côté concernant la scène musicale suisse ?

Marc : Le fait que tout soit proche est une très bonne chose. En une heure de train, on change facilement de région, passant du français à l’allemand, d’une culture à une autre. Les collaborations peuvent être géniales. D’un autre côté, petit pays signifie grande difficulté financière. Un musicien n’arrive pas à survivre s’il joue seulement en Suisse. Beaucoup de connexions, mais peu de place.

Biru : Je trouve également dingue le nombre d’artistes talentueux qui voient le jour ici. Mais d’après moi, je les trouve toujours trop timides pour se présenter comme il se doit et aller de l’avant. Je généralise, bien sûr, mais on dit souvent qu’il existe peu de bons artistes suisses. Et pourtant, après mûres recherches… J’espère pour eux qu’ils attireront plus grandes attentions. Si c’est leur volonté, bien sûr.

Si un extra-terrestre se présentait à vous, quel album ou artiste lui feriez-vous écouter en premier?

Biru : Si je sors un moment de la scène suisse, je pense Prince ou Queen, ou un truc dans le genre… C’est une bonne question (rires).

Marc : De mon côté, ce sera les Beatles.

Biru : Sérieux ?

Marc : Mais oui, ils définissent à eux seuls toute la culture pop, donc pourquoi pas ! Ou sinon, un grand artiste classique, comme Bach.

Vous voulez donc qu’il reste sur Terre !

Marc et Biru : Ho oui ! Bien sûr !

Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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