Rocé, le sniper des rimes

AlexPar Alex  •  18 Mar 2013 à 15:40  •  Interviews  •   6 views

Il a le flow précis, la punchline énervée et l’esprit vif. Rocé nage dans le hip-hop depuis bientôt 20 ans. Il combat ainsi les vices du système et se crée sa liberté à l’aide d’une plume incisive et des beats innovants. Son parcours se fait toujours à contre-courant avec l’art du mot et l’exigence comme deux seuls guides. Il nous a fait l’honneur d’une interview alors que son quatrième album « Gunz N’ Rocé » vient de sortir dans les bacs. Il impose donc à nouveau son style efficace et à part dans le paysage du rap français. C’est pour le plus grand bonheur des oreilles et des neurones !

Propos recueillis le 15 mars 2013

Quand as-tu commencé à rapper ? Pourquoi ?

J’ai commencé à rapper vers 1992. J’étais jeune et j’imitais mon grand frère et ses potes.

D’où vient ton goût pour avancer hors des chemins battus ? Influences ? Livres et musiques.

Je m’ennuie vite s’il n’y a pas de prises de risque. Aussi, j’aime écouter les musiques que je ne comprend pas pour les comprendre. C’est une manière de me surpasser, de me sentir avancer. D’où le côté « spé » qu’on peut attribuer à mon style.

Est-ce que le qualificatif « un des seuls rappeur à rapper comme un adulte » présent dans certains magazines et webzines te correspond ?

Cette phrase est tirée de mon morceau ‘Si peu comprennent‘, donc oui. Même si je trouve qu’on commence à être un peu plus nombreux.

L’indépendance artistique en maison de disque indépendante et en major. Avis.

Peu importe. Ce qui compte c’est la qualité de tes morceaux. Les majors ou les indés ne sont qu’un moyen de diffuser ton art, c’est juste un outil. 100 ans plus tard il ne restera que ton morceau et la seule question qu’on se posera est s’il est magique. Je vois des artiste indés qui sont tellement obnubilés par l’envie de vendre du disque qu’ils n’ont pas besoin qu’une major les bâillonne, ils s’en chargent tous seuls.

Sur « Identité en crescendo », tu arranges tous les morceaux. Tu as également invité le saxophoniste Archie Shepp, le trompettiste Jacques Coursil, le pianiste Gonzales et Antoine Paganotti. Comment es-tu venu sur l’idée de rassembler tant d’univers différents sur un album de hip hop et où les as-tu rencontré ?

L’idée m’est venue en écoutant leur musique. Et j’ai voulu les inviter pour la partager. Comme un DJ partage la musique en la jouant.

L’écriture, c’est quoi pour toi ? Où et quand viennent les rimes ?

L’écriture, c’est du sport. Un mélange entre l’amusement et la rigueur.

L’inspiration vient avec l’émotion, joie, tristesse, mélancolie, révolte. La musique aide beaucoup à écrire.

L’égoïsme, est-il un fléau du monde moderne ?

Comme je le dis dans un texte « laisser les autres dans la merde c’est marcher trop à côté ». L’égoïsme, mais surtout l’individualisme. L’égoïsme n’est pas une organisation de société, alors que l’individualisme est le résultat des directions prises par les sociétés occidentales. L’état sépare le groupe, fragilise les corporations de sa main d’oeuvre, sépare les intérêts Hommes/ Femmes, etc. En faisant cela il met à son avantage le rapport de force. Au lieu de se battre en groupe, tu combats tout seul à côté d’un autre qui combat tout seul à côté d’une autre qui combat toute seule… L’individualisme n’est intéressant qu’à court terme et quand on a pas le choix. D’où le fait qu’on veut nous faire vivre dans une constante ambiance de précarité et d’urgence qui est censée justifier l’individualisme. Comme le statut d’auto-entrepreneur. Tu te défends avec quel syndicat ou corporation quand tu es auto-entrepreneur, donc seul ?

Pourquoi le doute est-il tellement important pour toi comme tu le rappes sur « Des Questions à Vos Réponses » ?

Le doute c’est se questionner, c’est rester en vie. Ne plus se poser de questions est synonyme de fin, de mort de l’esprit. J’espère avoir toujours la force de surmonter les avis faciles et les idées préconçues. Comme écrivait Frantz Fanon : « Oh mon corps, fait de moi toujours quelqu’un qui interroge ».

Que penses-tu des médias actuels ?

Parler des médias actuels c’est aussi large que de parler de n’importe quelle autre corporation. Il y a les médias dominants, chiens de garde du consensus, outils du commerce des clichés et des peurs. Outils du racisme, du sexisme. De tout ce qui peut faire de l’audimat et du débat facile. Puis il y a les médias qui luttent pour qu’existe autre chose, pour rester de vrais relais objectifs et rigoureux. Ils sont moins nombreux et leur voix porte moins loin. Mais ils existent et résistent.

Que cherches-tu dans le hip hop ?

Dans le hip hop je ne cherche rien de plus qu’ailleurs. Je prend plaisir et j’y suis libre.

Que penses-tu de la situation du rap d’aujourd’hui ?

J’aime beaucoup de choses dans le rap actuel. C’est une musique qui existe depuis le début des années 80 et qui est encore celle qu’écoutent les jeunes. On ne se rendra compte de l’importance de cette musique comme phénomène social dans plusieurs années, quand la culture dominante se fera une raison que ce n’est pas grâce au conservatoire.

Il y a autant de rap que de rappeurs aujourd’hui. Il y a des styles, des genres et des régions. Certains ont la fraicheur et l’amateurisme du début, d’autres ont l’ennui, la routine professionnelle et le rôle puriste des anciens. Il y a les rappeurs qui répondent au cliché que demandent les médias tels que tf1, l’express ou le point, d’autres qui sont plus fins et subversifs que les partis politiques de gauche. Il y a Des raps, comme il y a Des médias. Il y a les médias dominants qui parlent du rap qu’ils fantasment et il y a des gens pour ne s’arrêter qu’à ça.

Suffoques-tu toujours d’être libre comme tu le posais déjà dans « De ta haine à ma haine » ?

La liberté ce n’est pas prendre la route, la liberté c’est d’être capable de choisir la route qui nous convient parmi toutes celles qui existent. J’ai pris la liberté de rouler à contre sens.

httpv://www.youtube.com/watch?v=odRUUeHiaxA

 

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