Rien n’arrête les Georges

LouisPar Louis  •  17 Juil 2018 à 07:14  •  Festivals  •   89 views

Pas même un orage ni ce qui ressemblait à une coupure de courant au milieu du concert de Son Lux. La 5e édition du festival fribourgeois apparaît comme la plus belle de son histoire.

L’annulation de Asgeir en amont avait porté un petit coup aux Georges, le festival fribourgeois estival qui prend ses quartiers sur la Place Georges-Python. L’artiste islandais confiait être en période d’écriture et préférait annuler sa seule date de l’été – à Fribourg, nice! – pour ne pas mettre sa créativité en pause. Le festival s’est relevé avec la célérité d’un Spartiate aux Thermopyles, remplaçant l’Islandais par Fink, du glorieux label britannique Ninja Tune – un remplacement dont n’aurait pas souffert le festival puisqu’en fin de soirée samedi, les chanceux qui sont en vacances et qui n’ont pas manqué cette première soirée parlent du concert de l’Anglais comme de l’un des meilleurs moments du festoche.

Pas aussi veinard, votre serviteur n’a pu arpenter la place Python que dès mardi, l’occasion d’observer un Temé Tan qui avait l’air parfaitement à l’aise dans la petite ville romande, fédérant un public bigarré par la gratuité de ce deuxième soir. Son show tirait son accessibilité de la langue de Molière de ce chanteur belge, tout en puisant son exotisme dans des rythmiques et des mélodies enracinées en Afrique. Sur le crépuscule de son show, le chanteur demande inévitablement au public : « C’est quoi le score? » – France vs Belgique rassemblant un autre public devant un écran installé au dos de la scène ; on apprécie que les organisateurs n’optent pas pour la solution Gallagher. Les quatre Colombiens de Ghetto Kumbé concluent la soirée sur un son festif partagé entre la house et des percussions tribales encerclant la scène. Pas aussi bluffants que leurs costumes ou leur étiquette l’annonçaient, ça reste une manière couillue de conclure la première soirée gratuite.

Mercredi, je reste au lit.

Jungle concluait le jeudi soir. © Diane Deschenaux

Mais le jeudi me fait accourir pour Jungle, après avoir, un peu honteusement, esquivé un Slowdive qui ne m’apparaissait pas comme ma tasse de thé. Puisqu’on parle de thé, les Anglais de Jungle ont étalé un show à la précision telle qu’on se serait cru en salles. Une installation de lights étonnamment conséquente pour un open air de cette ampleur et le polissage de leur néo-soul ont permis à la foule de se balancer doucement au fil des titres tirés pour leur majorité de leur premier album. Ils n’ont pas manqué de jouer les délicieuses ‘Happy Man‘ et ‘House in LA‘, y ajoutant même des titres inédits de leur prochain album (‘Casio‘?) concluant leur show en beauté avec ‘Busy Earning‘ et ‘Time‘, probablement les deux titres les plus percutants de leur discographie. Malgré les deux chanteuses encadrant la scène en dansant devant les micros des backing qui apportaient une chaleur que la gueule de hooligan de Josh Lloyd-Watson (un des deux leaders) n’aurait jamais permise, quelques avis de personnes attirées par la simple curiosité révèlent une petite déception pour un jeudi soir qu’ils auraient aimé plus endiablé. Mais les fervents de Slowdive et de Jungle ne pourront pas, de toute manière, leur donner raison. Mention au service de bus TPF affrétés pour l’occasion qui permettent, à la fin du concert de Jungle, aux festivaliers de rentrer chez eux sans se fatiguer.

On traverse le vendredi soir avec des yeux et des oreilles plus distraits, appréciant juste honnêtement la pop-rock un peu décallée du General Elektriks, et en se dandinant sur le DJ brésilien dont la présence n’a été rendue possible que par le bicentenaire de Nova Friburgo jusqu’à ce qu’il passe un titre trop racoleur pour nos oreilles devenues difficiles. « Demain on fait la night. » m’adresse mon compagnon de soirée comme pour se convaincre de partir. Je n’ai pas le courage de lui expliquer que plus personne ne dit « la night » – si quelqu’un l’a jamais dit à Fribourg.

À l’image du concert de Jungle qui s’était conclu avec les titres les plus forts, les Georges se terminent avec la soirée la plus solide – mais aussi la plus bigarrée. D’abord le slam festif – quasiment un oxymore – de Gaël Faye, qui mêle dans le public amateurs de hip hop, de pop, et de poésie. Le Français aux racines africaines montre que son antienne ‘Petit Pays‘ n’était pas un coup de génie fugace et déroule un show racoleur qu’on aurait ptet davantage apprécié adolescent. Mais surprise – ma compagne de soirée (le râleur de la veille est finalement resté au lit et n’a pas « fait la night »), suisse allemande, s’avoue conquise alors qu’elle ne comprend un traître mot aux rimes rapides de l’artiste. « Un coup de coeur » , me répétera-t-elle autour du café noir.

C’est peut-être que Son Lux a dû souffrir primo, d’une météo peu clémente, et deuxio, d’une interruption en fin de concerts pour cause de problème technique. Les deux embûches n’ont pas tant saigné le concert puisque la première n’est pas parvenue à disperser un public qui avait déjà payé son billet – on le retrouve écrasé sous le kiosque de la place quand l’orage éclate mais la bruine qui lui succède ne l’intimide pas. Le problème technique, lui, doit son oubli à l’aplomb du trio de Son Lux, qui après une brève disparition de la scène, le temps d’adresser un ou deux ‘What the hell is going on?‘ au staff technique, imagine-t-on, revient devant son public comme désolé – alors que ce n’était pas vraiment de leur faute – et reprend le concert sans broncher, et sans que la température n’ait eu le temps de descendre au sein d’un public qui ne cessait de les rappeler sur toute la durée de l’interruption.

La soirée se finit en session clubbing de qualité avec un Christian Löffler plus habitué aux clubs techno d’Europe qu’aux festivals open air. La bière – un peu chère cela dit, et tristement indisponible au demi-litre, seul dosage que mon ego cautionne – donne le change et on oublie temporairement qu’on est entre le couvent des Ursulines et les travaux perpétuels de la Rue St-Pierre pour s’imaginer dans un obscure sous-sol d’une capitale d’Europe de l’Est. La soirée s’achève dans un brouillard pas tant dû à la météo humide et ce n’est que le lendemain, au réveil, qu’un mal de crâne nous pousse à conclure : les Georges étaient une réussite.

 

LES GEORGES

FRIBOURG

09-14 juillet 2018
 
Auteur:
Louis

Partagé entre Lausanne et Fribourg, mon cœur balance similairement entre Fri-son et le Romandie, entre le Mouton Noir et feu La Ruche. Précocement éprouvés par le metal, mes tympans affaiblis me font aujourd’hui ramper vers des horizons musicaux plus variés.

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