Quand la France passe la frontière

MalvinPar Malvin  •  27 Jan 2016 à 17:40  •  Live  •   1 view

Les trois DJs de Birdy Nam Nam, alors délaissés par Dj Pone, se sont produits week-end dernier aux Docks de Lausanne. Un retour fracassant dont l’impact est à revoir. Profitons-en pour pointer du doigt ce qui dérange, non seulement par rapport au groupe, mais également chez le public suisse.

Par quoi commencer ? Par l’arrière-goût amer d’un ressenti de plus en plus récurrent, ou par une simple review classique d’un concert ? Dans les deux cas, il y a des choses à redire. Mon coeur trépigne, et en tant que fan du collectif français, je ne peux que me réjouir d’accoucher de ces pensées, révoltantes, tournoyant frénétiquement dans mon esprit à peine sorti de la salle.

Les Docks sous infra-basses

Birdy Nam Nam, on les connaît bien. Vainqueurs de plusieurs contest de DJ, ils sont alors devenus le fleuron du turnablism mondial. Après avoir déposé des cultes de morceaux tels que ‘Defiant Order’ ou ‘Abbesses’, un des points centraux du groupe disparaît en 2014. Sans Dj Pone, ils repartent deux ans plus tard en tournée, plein de vigueurs et de projets en tête. Et nous voilà. Mais la question se pose : Est-ce que la formule à trois fonctionne autant bien ?

Franchement, oui. Loin les appréhensions, la mauvaise passe a laissé reposer les cendres et fait maintenant fleurir de nouvelles volontés toutes fraîches. Après une première partie lourdement funky présentée par Dogg Master et sa talkbox, Birdy Nam Nam réussit son entrée sous maintes clameurs du public. Crazy B, Dj Need et Little Mike, montés sur stéroïdes et talonnettes, n’attendant pas et balancent avec panache. Ils savent s’y faire : le set passe d’une trap bien fournie à de la UK Bass lourde et ronflante. Ils arrivent même à placer une hybride dubstep remise au goût du jour. Et le pire dans tout ça, c’est que j’ai eu mal au cou le lendemain.

Mais malgré cette belle densité de matière, je n’en suis pas ressorti entièrement comblé. Cette place vacante après le souper, réclamant un dessert, mais ne recevant qu’une addition et une tape bourrue à l’épaule, voilà la sensation ressentie. Dogg Master revient au milieu du show pour un featuring qui tourne franchement au mauvais vinaigre. Les choses ont ensuite un peu de peine à reprendre, et la crudité typique de leurs créations ne passent plus aussi bien. Même ‘Defiant Order’ est bâclée, moment alors tant attendu. Est-ce Pone qui manque tout de même à la synergie du groupe ? Ou est-ce mon inconscient qui compare à leur dernière venue tout bonnement incroyable en Suisse, environs quatre ans auparavant ? Une chose est sûre, leur prestation n’a pas été ce qui m’a choqué le plus ce soir-là. De loin pas.

Racisme ou puérilité ? Je ne sais.

Birdy Nam Nam, ils sont français. Et comme à chaque fois qu’un groupe de l’hexagone vient se produire ici en Suisse, je redoute le moment amèrement. Non à cause de l’artiste, mais bien parque que je connais le comportement tant prévisible du public helvétique. Rappelez-vous le concert de Stromae à Paléo et de son évocation du « lac de Genève ». C’est de la même trempe.

La question est simple : arriverons-nous, un beau jour, à éviter médisances et huées de notre part suite à une remarque initialement bon enfant ? Little Mike, qui tenait alors en grande partie la place du micro, s’ose à comparer, sous l’effet de la bonne humeur, le public français à celui suisse. Pire encore, il parle de Paris. Son rire se voit alors très rapidement étouffé par les sifflements d’un public puéril type, voulant faire valoir sa supériorité et sa haine aux petits Français bordant nos frontières. J’emploie les grands mots, car c’est ainsi que l’on appréhende cette réaction sur le coup. Honteux, je regarde ma soeur, les yeux hagards, tous deux blasés par ce genre de comportements on ne peut trop récurrents en ces contrées. Heureusement, le DJ a su riposter avec humour et autodérision.

Alors certes, cela peut être traduit par de la franche camaraderie. Vraiment ? On y pressent pourtant à chaque fois un arrière-fond de vérité, aussi claire que de l’eau de roche, dont les racines remontent bien trop loin. Je me cache le visage. Chaque fois qu’il m’est arrivé de parler de la Suisse à un Français, un profond respect émanait de ses paroles. Et qu’avons-nous à leur répondre en retour ? Un accueil digne d’une compétition sportive aux forts accents identitaires. Je parle là de musique, d’un lieu où la nationalité n’est bonne qu’à figurer dans la paperasse, car elle ne changera rien à ce que l’artiste nous offre. C’est donc avec un coup de gueule que je termine cette critique, comme à chaque fois qu’un trop-plein empli mon coeur.

Dernière question, afin de ponctuer le tout : En pourcentage, parmi les gens qui ont hué ce soir-là, combien ont-elles, suite aux attentats, arborés le drapeau français en guise de photo de profil? Car si un jour on soutient, et le jour suivant on crache dessus, il vaudrait peut-être mieux se la boucler un petit moment.

 

 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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