Phanee de Pool: « Mon projet musical est une suite de hasards qui convergent vers un destin »

AlexPar Alex  •  20 Sep 2017 à 11:48  •  Interviews  •   97 views

Phanee de Pool a sorti son premier album “Hologramme“ le 15 septembre dernier. Nous l’avons rencontré avant son concert du 24 septembre au Théâtre de Poche de Bienne. De quoi en apprendre plus sur sa manière de composer et de dévoiler en partie ce qu’elle proposera en live.

Le verbe est rapide, clair, sincère et précis. Phanee de Pool sait ce qu’elle veut et où elle va. C’est une évidence dès les premières phrases et le constat se précise au fil de notre conversation. C’est finalement à l’image de son premier album “Hologramme“ et c’est tant mieux. Elle crée une musique qu’elle appelle elle-même du slap, mélange entre slam et rap. Inclassable. Fragile, parfois engagé et énergique.

Un album dans lequel ses mots s’entrechoquent à des instrumentaux candides. Un équilibre frais qui balaie toute lourdeur de l’esprit. Un franc-parler qui fait du bien et qui cadence le rythme des boîtes à musique, des loops, des brefs coups de guitare ou des sifflements vifs. Les compositions de Phanee de Pool sonnent comme des bulles d’air qui éclatent à la surface d’une eau pure, sous un rayon de soleil.

À quel moment as-tu décidé de faire de la musique et de créer un premier album ?

J’ai d’abord écrit ‘Louis Mariano’. C’était la première chanson que j’ai « craché » tout en étant à 100 % dans mon job. Je travaillais alors à la police cantonale bernoise et un jour j’ai vu les tours jumelles s’écrouler et je me suis dit : « tu règles déjà les problèmes des gens tous les jours et en rentrant tu t’infliges encore les nouvelles à la télévision. » J’ai alors dit « stop » et j’ai résilié mon abonnement de télévision. C’est à ce moment que je me suis dit : « maintenant tu crées ! » J’ai alors écrit ‘Louis Mariano’, ma toute première chanson.

As-tu d’abord écris le texte ou la mélodie sur ce morceau ?

J’avais la guitare sous la main et le reste s’est « goupillé » naturellement. Cela a été un flow impressionnant puisque j’ai composé ‘Louis Mariano’ en deux heures. Ensuite j’ai tout enregistré sur un logiciel gratuit de mon ordi qui n’arrêtait pas de planter. Le soir tout était écrit. Puis j’ai crée une page Mx3 et j’ai dû choisir un nom. Et paf (elle claque des doigts), Phanee de Pool, c’est bien. Dès le lendemain, le morceau avait déjà fait 1000 écoutes. Et je me suis dit : « il y a quelque chose qui se passe, je vais insisté ! ». C’est à ce moment que j’ai décidé de publier une chanson sur Facebook un dimanche sur deux. C’est devenu un petit rituel. Dès que j’ai arrêté, quelques personnes me demandait ce qu’il se passait. Par la suite des journalistes ont commencé à m’appeler. Le projet prenait donc un peu d’ampleur jusqu’au moment où un producteur m’a approché.

Parle-nous un peu du nouveau label Escales Records sur lequel tu as publié ton premier album.

Ce label est extrêmement lié à mon projet puisque le label est celui de mon père. Il a décidé de le créer pour beaucoup d’autres raisons à l’origine. Comme j’ai un gros problème de confiance avec les gens, je n’aurais pas pu faire confiance à un autre producteur et cette osmose familiale permet un travail en commun idéal. Par ailleurs, je m’y sens complètement libre dans ma créativité. Je fais ce que je veux et j’ai une confiance aveugle en mon père qui gère tout ça (manager et producteur).

Ainsi, mon projet musical est une suite de hasards qui convergent vers un destin. Rien n’est vraiment calculer. Il a pris malgré nous.

As-tu dû choisir entre chanter en français ou en anglais ?

Je parle français et je ne parle pas anglais (Rires). Je sais à peine dire café glacé, hamburger, frites. Je connais la base de la base en anglais. J’aurais voulu apprendre un peu plus cette langue.

J’ai écouté plus attentivement ton chant. Il est très saccadé. C’est du rap et ce n’est pas du rap. Est-ce que ce choix artistique est-il volontaire ?

Voilà encore quelque chose qui s’est imposé tout naturellement. Mais j’avoue que je n’ai pas la plus grande confiance en ma voix. Je peux donc clairement dire que je ne suis pas une chanteuse à voix, mais à texte. Comme je n’arrive pas à me mettre dans une catégorie, je dis généralement que je fais un mélange de rap et de slam qui s’appelle le « slap ». Cela me permet aussi (un sifflement bref et un geste de la main) plus de liberté dans ce que je fais.

As-tu une affection particulière pour le hip hop et pour la langue française ?

Musicalement je ne suis pas focalisé sur le hip hop. J’en écoute assez peu à vrai dire. Ce n’est pas la base de ma musique. J’aime par contre l’idée de mélanger plusieurs styles. J’essaie d’en jouer et je n’hésite pas à inclure dans mes compositions des petites boîtes à musique toute étincelantes avec plein de paillettes.

J’ai une affection très modeste pour la langue française parce que je ne suis pas une intello. Je n’ai jamais fait d’études. Je n’ai jamais lu de la littérature très profonde. Le seul livre de ce type que j’ai lu est Germinal. Et j’ai gerbé Zola. Je n’ai pas la culture qu’il faut pour dire que j’affectionne particulièrement la langue française.

D’ailleurs tu ne trouveras jamais un langage soutenu dans mes textes. C’est très parlé. C’est très candide, enfantin, abordable autant pour des gosses d’une quinzaine d’années que pour des personnes de soixante ans. Je vais assurément conservé cette touche personnelle. Nous avons déjà beaucoup de beau parolier qui utilise des mots que nous ne comprenons pas toujours. C’est pourquoi j’ai envie de faire un truc très abordable.

À quoi ressembleront tes lives ?

Je suis seul sur scène. Je n’ai pas de musiciens. C’est évidemment un choix. Comme je ne pouvais pas forcément m’entourer d’un groupe au moment où je travaillais à la police, j’ai construit une espèce d’usine à gaz. Je travaille notamment avec un loopeur. Disons que c’est la base de Phanee de Pool. En plus Pool à l’envers ça fait loop (rires). Tu vois, tu vois, rien n’arrive par hasard. Je voue donc toute ma confiance en mon ordinateur que j’utilise sur scène et qui est mon acolyte. Je crée mes instrumentaux en temps réel et en solo sous le regard du public.

 

Ses prochains concerts :

24. 09. : Théâtre de Poche, Bienne

29. 09. : La Datcha, Lausanne

06. 10. : Caveau du Coeur d’Or, Chexbres

07. 10. : Café-Théâtre Tour de Rive, La Neuveville

21. 10. : Show Case – FNAC, Lausanne

26. 10. : Panorama Live / RTS (diffusion sur RTS – Option Musique), Lausanne

04. 11. : Miss Ronde Romandie (Théâtre de Nyon), Nyon

10. 11. : L’Echandole, Yverdon

23. 11. : CCL (concert diffusé sur RTS – Option Musique), St-Imier

30. 11. : Only French Festival – La Boule Noire, Paris

02. 12. : Café du Soleil, Saignelégier

07. 02. : La parenthèse, Nyon VD

 

« Hologramme »

Phanee De Pool

Escales Records
15 septembre 2017
 
Auteur:
Alex

De Brel à Fink en passant par Louis Armstrong et Sigur Ros, voilà ceux qui me marquent et touchent. La musique doit être un voyage, un envol et un rêve. Réveiller l’âme. Veiller l’être. Dévoiler le cœur.

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