Panorama expérimental

MalvinPar Malvin  •  14 Nov 2016 à 15:09  •  Live  •   1 view

Il y a des semaines, c’est comme ça. Sans le vouloir, la programmation de la région nous envoie, de manière disparate, une pépite de concert par-ci, une occasion de danse par-là, et les soirs s’enchaînent, hors du temps, en écho aux heures de travail emmagasinées dans la tronche.

C’est ainsi que mes oreilles ont suivi le rythme de mes pas et m’auront mené à expérimenter différents lives, flirtant avec différents styles, mais trouvant tous, si l’on observe avec distance, un dénominateur commun des plus précieux. Je parle là de cette expérimentation aboutie, cet alliage de cultures et de sonorités que la nouvelle tranche hédoniste du 21ème siècle recherche inlassablement, au confluent des genres et des semaines.

Jeudi – 10 novembre

Une envie se mue en projet, une motivation en concrétisation, et c’est ainsi que par un appel au crowdfunding, la collecte de fond pour le soutien du festival Haute Fréquences à Leysin me mène droit aux pieds des tables électroniques de Buvette. Introduit par un autre jeune artiste veveysan du nom de Flammkuch, traficotant structures numériques et nappes techno-phréatiques, la soirée investit les voutes d’une ancienne cave, en compagnie d’un public restreint de 30 personnes.

Cédric Streuli, alias Buvette, déchaine alors son pad et son micro, seul, sautant de ses anciennes créations aux nouveautés de son dernier album « Elasticity ». Là aussi, des panoramas électroniques s’agencent d’une précision nouvelle à sa voix reconnaissable, au charme palpable. Une expérience intimiste en compagnie d’un artiste de cet incroyable label qu’est Pan European Records, me plaçant comme face à un Flavien Berger helvétique.

Vendredi – 11 novembre

Cette fois-ci, mes attentes se tournent vers Le Bourg, à Lausanne, où deux concerts montent d’un cran le niveau de psychédélisme. C’est entre ces murs vétustes aux arabesques de moquette qu’Ashinoa entame le périple. Ce groupe lyonnais me séduit autant que leur premier album éponyme, disséqué dans une précédente chronique. Du krautrock, des rythmes électromagnétiques, des projections floues et cadencées comme seule source de lumière, c’est une véritable découverte et un retour dans le temps, dans un Berlin des années 60 subtilement baigné à l’acide.

Ensuite prend le relais Horizon Liquide. Dans la même veine qu’un Pandour, couplé au mysticisme d’un Moyen-Orient plus proche qu’on ne le pense, cette nouvelle formation transcende alors mes sens, fait vibrer mon plexus au son de la Terre. Une boîte à rythme et un synthé, une guitare et des percussions réverbérées, j’assiste là à une symbiose parfaite entre un Beyrouth underground et une Suisse rêveuse. Une cosmogonie finement ficelée, placée encore une fois sous le joug de d’une expérimentation parfaitement orchestrée.

Samedi – 12 novembre

La fatigue me gagne, les heures de travail s’enchaînent, mais ce soir, je reste assis, contraint à siroter une énième bière salvatrice. Comme annoncé, l’Octogone de Pully m’ouvre alors ses portes et m’invite à un projet qui n’a plus été joué depuis deux ans. Je nomme « Indiamore », ancienne création magistrale de Chassol, se plaçant aux confins d’une Inde de dialogues et de sonorités. Écrit, filmé et réalisé en 2013, ce projet place dès lors Christophe Chassol comme un véritable avant-gardiste d’une nouvelle musique du réel. Les rues parlent de soi, les discours évoquent une mélodie, une autre âme indienne se cristallise face à nos yeux ébahis.

La soirée se voit ponctuée par une courte jam, entre piano et batterie, et un extrait de son dernier projet « Big Sun », alors joué précédemment à Ebullition et au MEG de Genève. Le marathon prend alors fin. Je rentre chez moi, péniblement, et laisse mes yeux se fermer au rythme d’un son résonnant encore dans ma tête, d’une musique prônant la beauté du vrai, d’une expérience sensorielle alors formée par la continuité de ces derniers jours. Certes éreinté, mais l’esprit agréablement surélevé, au-dessus d’une planète qui ne se porte finalement pas si mal que ça.

 
Auteur:
Malvin

Par une douce nuit de Printemps, je m’engouffrais dans une pénombre magnétique. De là retentissaient de faibles vibrations, profondes, vraies. Dès lors, je n’ai cessé de traquer l’essence de cette musique. La bête me menait de voyages en découvertes, au milieu d’une vibrante atmosphère aux aspects dub, électro, rock psychédélique…

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